L'édito

Et ça fait pop!

La pop-culture comme un miroir de notre société, le reflet de nos travers, le réceptacle de nos rêves. La pop-culture comme un écho à la grande culture, frère et sœur qui se frôlent, s’enlacent, se quittent et se retrouvent.

Pop, comme dans pop-culture. Culture populaire. Culture qui séduit les masses et attire les foules. Culture qui parle de qui nous sommes et de ce que nous voulons. La pop-culture comme un miroir de notre société, le reflet de nos travers, le réceptacle de nos rêves. La pop-culture comme un écho à la grande culture, frère et sœur qui se frôlent, s’enlacent, se quittent et se retrouvent.

Je suis une folle finie de culture populaire. J’aime les artistes, ceux de la marge et ceux du centre. Je veux tout connaître de leur processus de création. Je suis de ceux qui croient que la culture nous aide à vivre, à mieux nous comprendre, à devenir de meilleurs êtres humains. Un film qui secoue les idées, un livre qui remue notre monde intérieur, une musique qui fait voyager. Mon quotidien serait bien fade sans les lu­mières des artistes pour éclairer mes jours et bercer mes nuits.

Quand j’étais petite, la télévision régnait au centre du salon, allumée en permanence. J’ai grandi en fredonnant des chansons thèmes de téléroman et en mémorisant des répliques de film que je lançais à la volée pour faire rire l’assemblée. La télévision m’a permis de comprendre comment on vivait hors de mon village, m’a mise en contact avec la différence, m’a sensibilisée à des enjeux sociaux dont je ne soupçonnais pas l’existence. Puis, le cinéma et les livres, surtout, ont pris le relais, m’invitant à un voyage dont je ne suis toujours pas revenue. Sans la culture populaire, cette fenêtre sur l’ailleurs, je ne me serais pas permis de rêver aussi loin et aussi grand. Je ne serais pas devenue celle que je suis, tout simplement.

Le Programme des Nations Unies pour le développement définit la culture comme « la base sociale qui permet de stimuler la créativité, l’innovation, le progrès et le bien-être humain ». Sabrer la culture comme l’a fait Stephen Harper depuis le début de son mandat majoritaire, en 2011, constitue un geste dangereux qui peut accentuer l’isolement. En limitant les productions de qualité diffusées à la télé aux heures de grande écoute (le budget de Radio-Canada sera amputé de 115 millions d’ici 2014-2015), en coupant les vivres à Bibliothèque et Archives Canada, en réduisant le financement des productions cinématographiques d’ici (-10 % à l’ONF, -10 % à Téléfilm Canada…), on force des voix à se taire. On contraint au silence. On nie notre identité.

Au cours de la campagne électorale qui s’achève, les sujets chauds ont été aussi nombreux que complexes, laissant peu d’espace médiatique aux candidats pour énoncer clairement leurs positions en matière de culture. Bien entendu, quand les affaires de corruption se multiplient et que les listes d’attente en chirurgie s’allongent depuis des années, parler culture peut sembler futile aux yeux de certains. Mais un chef d’État n’est pas qu’un simple gestionnaire qui administre des budgets et répare des routes. J’attends de lui qu’il agisse, tel un visionnaire, en se portant à la défense de ce qui constitue l’essence de son peuple. Et qu’il joue les garde-fous face au premier ministre du pays, qui réduit les budgets de la culture comme une peau de chagrin, pour des raisons en apparence purement idéologiques. Avec son immense pouvoir fédérateur, la culture populaire devrait loger au cœur même de notre projet de société.