L'édito

Noël simplement

Entre la machine commerciale et l'enfilade de partys, faire de la place aux petits bonheurs qui ne coûtent rien.

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Photo: Maude Chauvin

Mi-novembre. Le Québec se débat encore avec le dossier de la Charte, il s’interroge sur l’avenir de ses villes au lendemain des élections, frissonne en suivant les audiences de la commission Charbonneau et en voyant tomber les premiers flocons. Soudain, un son strident retentit dans l’actualité. C’est le « bip ! bip ! » du semi-remorque de Noël qui déverse, avec sa subtilité habituelle, son chargement de jouets clinquants, de « nouveaux » disques aux classiques trop souvent revisités, de décorations criardes, de courses folles.

Et moi, qu’est-ce que je fais ? Je souris comme une idiote ! En moins de temps qu’il n’en faut aux commerçants pour remplacer les pauvres sorcières par des pères Noël chantant Feliz Navidad, je bascule dans l’ambiance des fêtes et perds sans crier gare cinq points de quotient intellectuel.

« Hooooon, les belles lumières qui apparaissent partout ! Que c’est beau, ce cantique ! » Non, mais, que m’arrive-t-il ?

Il serait de bon ton, ici, d’asseoir ce moment d’égarement sur une savante étude qui attribue des bienfaits à l’esprit des fêtes, de citer un chercheur norvégien sur notre besoin de vivre collectivement un boost de féerie pour gang blasée. Mais je n’en ferai rien. D’abord, parce que je viens de perdre cinq points de Q.I. – l’ai-je déjà dit ? Ensuite, parce que je n’en ai pas envie. Je suis trop occupée à bricoler avec mes enfants une ribambelle de sapins – qui finira probablement en tas de confettis, puisque j’ai échoué mon Évangile en papier. À mettre plus de chocolats que de petits pois dans les sacs destinés à la guignolée. À planifier des cadeaux gourmands pour les amis. Que je ne prendrai probablement pas le temps de concocter, je l’admets. Mais j’aime penser que je le pourrai, bon. Après tout, le plaisir est dans l’anticipation.

Il me reste assez de lucidité pour me rappeler que j’arriverai au 24 décembre cernée jusqu’aux genoux après avoir sprinté pour tout boucler au boulot, cherché des présents originaux pour mes proches dans des magasins bondés, assisté à huit spectacles de Noël des enfants (qui ont toujours lieu à des heures impossibles). Mais aucun de ces irritants ne vient à bout de mon enthousiasme.

Pourquoi ? Parce que entre la machine commerciale de Noël et l’enfilade de partys, il y a encore de la place pour des petits bonheurs qui ne coûtent rien et pour paresser, tout simplement.

Lire enfin ce roman qui prenait racine sur ma table de chevet depuis des mois. Me retrouver en famille devant le téléviseur pour revoir pour la centième fois Sophie dire à Luc : « T’as un trou dans ta mitaine », et Cléopâtre réclamer son goûteur. Faire la tournée des patinoires. Ne penser à rien d’autre qu’à l’instant présent.

Combien y a-t-il de parenthèses comme celle-ci dans l’année ? De moments où l’on accepte que tout fonctionne au ralenti ? On peut trouver bien des défauts à la période des fêtes ; reste qu’elle est l’un des derniers bastions de l’inefficacité assumée.

Joyeuse paresse !

Photo : Istockphoto

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