L'édito

Où sont passés nos héros?

Notre rédactrice en chef, Crystelle Crépeau, nous parle de notre manque cruel de héros et d'idoles inspirants vers lesquels se tourner.

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Pour Noël, j’avais demandé quelque chose qui ne coûte rien, qui ne prend pas de place dans la maison et que j’aurais pu partager avec la province entière : un héros. Un personnage grandiose – homme ou femme, qui possède un talent extraordinaire, mais surtout l’envie de redonner à sa société.

Qu’ai-je trouvé sous le sapin, le 25 décembre au matin ? Cette petite note : « En rupture de stock ». Pff ! J’étais pourtant prête à adopter un politicien, une chimiste, un chanteur, une athlète… Serions-nous si nombreux à chercher une idole ? C’est ce que semble croire le sociologue et historien Gérard Bouchard. « Au vu des adieux extravagants entourant le décès de Jean Béliveau, on peut penser que les Québécois éprouvent un étonnant besoin de héros présentement », dit le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs. 

Mais où trouver un tel personnage ? Plein de gens réalisent des exploits ou se battent dans l’ombre pour améliorer la vie des autres. Des David qui narguent Goliath. Je voudrais bien qu’on les mette plus souvent sous les projecteurs. Toutefois, je rêve aussi d’un modèle public qui rallie les générations. D’une grande leader ou d’un homme remarquable qui suscite l’admiration autant par son humilité que par son talent. 

J’en suis à me demander s’il est encore possible de décrocher un tel titre en 2015. Le Québec n’a connu aucun politicien assez charismatique pour galvaniser les foules depuis des décennies. Et je ne parle pas du cynisme des électeurs, boosté par la corruption et les « chicanes » entre souverainistes et fédéralistes.  

Même en sport, les idoles s’essoufflent. La performance a atteint un tel niveau qu’un exploit n’attend pas l’autre. Les détenteurs de record se succèdent tellement vite qu’ils ne peuvent que tomber dans l’oubli… à moins d’être soupçonnés de dopage.

À la défense des aspirants héros, il faut dire que l’être humain est beaucoup moins laissé à lui-même – et à son talent brut – qu’auparavant. Scientifiques, artistes, athlètes de haut niveau sont accompagnés par des équipes, des institutions, par une technologie de pointe… Disons que ça laisse moins de place au rêve. Peu de chance que le p’tit gars de Sept-Îles atteigne la Grande Ligue s’il a patiné seulement sur un étang ou que la jeune voisine suive les traces de Joseph-Armand Bombardier avec une cinquième secondaire.

D’autant que ne devient pas « plus grand que nature » qui le veut. La fascination que la population ressent pour une personnalité dépend en grande partie du rêve auquel elle aspire. « Ce qui importe surtout dans le choix des héros, ce sont les valeurs que la société y trouve ou y investit. C’est très révélateur de la façon dont elle se perçoit et se projette, ou de ce qu’elle voudrait être », dit Gérard Bouchard.

Alors, qui célébrerons-nous demain ?

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