Forme

Maudite tendinite

C’est un mal courant, mais pas moins douloureux pour autant. Des solutions simples peuvent heureusement empêcher les tendons de se rebeller.


 

Dix mois par année, de 30 à 50 fois par jour, Suzanne Lévesque écrit des formules mathématiques au tableau, les efface, puis recommence. Du haut de son 1,58 mètre, l’enseignante doit parfois étirer le bras pour atteindre la partie supérieure du tableau. Résultat : ce travail musculaire pourtant léger a fini par lui valoir une douloureuse tendinite à l’épaule.

Malheureusement, une autre douleur l’attendait, d’ordre psychologique celle-là : son employeur, la commission scolaire, ne croyait pas qu’écrire au tableau puisse engendrer une telle blessure.

Il a fallu à l’enseignante trois années de bataille pour convaincre la CSST que sa tendinite était causée par son travail et qu’elle avait donc droit aux prestations prévues par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Le cas de Suzanne Lévesque n’est pas unique. Des coiffeuses, des secrétaires, des bibliothécaires, des emballeurs, des gestionnaires et quantité d’autres travailleurs, hommes ou femmes, ont développé des tendinites à l’épaule, mais aussi aux poignets ou aux coudes, comme les joueurs de tennis… mais sans avoir frappé de balle ! Certains ont même dû faire appel aux tribunaux pour que leur tendinite soit reconnue officiellement comme une lésion professionnelle.

Qu’est-ce qui provoque une tendinite ? Deux choses principalement : une tâche répétitive et un poste de travail qui oblige à adopter une mauvaise posture. Prenons, par exemple, le cas classique de la souris d’ordinateur, qui impose à la main un véritable supplice. À force de cliquer et de double-cliquer sur le dos de la petite chose, on risque une tendinite au poignet.

Dans le magazine en ligne MCI (Magazine circuit industriel), Claude Giguère explique pourquoi la souris traditionnelle à deux boutons inflige une torture aux tendons de la main et du bras : « Le pouce, appuyé sur le côté gauche de la souris, pousse vers la droite pour la tenir. Du côté opposé, le petit doigt pousse du côté gauche pour compenser. Sur le dessus, le doigt appelé à cliquer le plus souvent pousse vers le bas, sur le bouton gauche de la souris, alors que son voisin force pour demeurer à un centimètre au-dessus du bouton droit, au cas où on ferait appel à lui. On se retrouve ainsi avec quatre doigts qui poussent ou tirent dans quatre directions opposées… »

Quand ce n’est pas la souris qui maltraite les tendons, c’est la chaise qui n’a pas d’appuie-bras, le clavier ou l’écran de l’ordi qui sont placés trop haut ou trop bas sur le bureau, ou encore la chaîne de production à l’usine qui exige une cadence de travail trop rapide. Le tendon, aussi fort soit-il, tolère mal les mouvements répétitifs ou le maintien prolongé d’une position statique, surtout quand elle est mauvaise – avoir la tête inclinée vers l’arrière, par exemple. Dans ces cas, le tendon est toujours sous tension, même si celle-ci est minime.

C’est quoi une tendinite ?
Les 570 muscles du corps sont fixés aux os par des tendons. Il y a deux types de tendons : ceux qui sont entourés d’une gaine synoviale (par exemple, les tendons des fléchisseurs des doigts) et ceux qui ne le sont pas (par exemple, les tendons du biceps). Lorsque le tendon sans gaine enfle, on parle de « tendinite » et, s’il s’agit d’un tendon avec gaine, de « ténosynovite ». Les données (très prudentes) de la CSST indiquent que les tendinites représentent quelque 10 % de l’ensemble des accidents du travail. Le Comité des travailleurs et travailleuses accidentés de l’Estrie, lui, estime plutôt cette proportion à 20 %.

Au bout d’un moment, dont la durée varie d’une personne à l’autre (ça peut être une semaine ou trois mois), le tendon devient irrité et une douleur localisée se fait sentir aux extrémités d’un muscle (ou sur les longs tendons des doigts) pendant et après un effort physique, même léger. Si on ressent de la douleur à la palpation ou quand on contracte volontairement le muscle impliqué, il y a probablement un début de tendinite. À ce stade, le problème se règle rapidement si on applique sans tarder de la glace sur le tendon irrité, de 15 à 20 minutes, deux fois par jour, et si on prend des analgésiques (AAS, acétaminophène). On poursuit ce traitement jusqu’à ce que la douleur disparaisse.

Mais ces soins n’enrayent pas le mal à la source. Si on répète le geste ou maintient la position qui cause la blessure – on a toujours une idée du mouvement ou de la posture à l’origine du problème –, la tendinite s’aggravera. On finira même par ne plus pouvoir taper sur le dos de la souris ou tenir le séchoir à cheveux. Le traitement : un repos forcé qui devra peut-être se prolonger plusieurs semaines. En cas de tendinite grave, la physiothérapie fait du bien. La chirurgie est utilisée en dernier recours pour éviter l’affaiblissement permanent d’un tendon sérieusement blessé. À noter qu’une tendinite grave peut affaiblir le tendon définitivement.

Bref, il faut agir avant que la tendinite naissante ne dégénère en un mal plus sérieux. Conseils : faire des pauses fréquentes (au moins toutes les heures) si on répète les mêmes gestes, et en profiter pour se relaxer et étirer les muscles sollicités. Cliquez ici pour des suggestions d’exercices antitendinite.

Que faire si c’est la position de travail qui se révèle à l’origine de la tendinite ? Dans ce cas, des changements s’imposent : on ajuste l’écran de l’ordinateur, on change de chaise de bureau, de modèle de clavier ou de souris. Les coiffeuses peuvent baisser la chaise du client, ce qui leur évite de toujours travailler avec le coude plus haut que l’épaule. Les bibliothécaires, elles, gagneront à se servir d’un tabouret pour atteindre les livres haut perchés.

Dans les usines, les employeurs ont l’obligation de s’assurer que les travailleurs ne sont pas inutilement exposés à des lésions professionnelles dues à un rythme de travail excessif. Idéalement, ils devraient voir à ce que les tâches soient variées autant que possible et prévoir à l’horaire des exercices de relaxation.

Saviez-vous que…
Selon une étude récente réalisée à Vancouver, les personnes peu actives durant leur temps libre risquent davantage de développer des lésions articulaires, comme les tendinites, lorsqu’elles sont au travail. Pourquoi ? Passer 40 heures ou plus par semaine assis à un bureau conduit à une faiblesse et à une rigidité musculaires, ce qui ouvrirait la porte aux lésions causées par les mouvements répétitifs.