Santé

Santé sexuelle des femmes : le laser à la rescousse

Rien à faire, parler de sécheresse vaginale, ça ne fait pas sexy. Pourtant, plus de la moitié des femmes ménopausées et de nombreuses survivantes d’un cancer en souffrent. Ce qui a trop souvent pour effet de couper court aux ébats sous la couette. Heureusement, des solutions existent, dont un intrigant nouveau venu : le traitement au laser.

La ménopause s’annonçait difficile pour Julie St-Pierre. En plus des classiques bouffées de chaleur et des sautes d’humeur, cette gestionnaire d’une grande pharmaceutique a commencé à éprouver d’autres symptômes incommodants. Sensation de tiraillement dans le bas-ventre à l’effort, fuites urinaires et inconfort pendant les relations sexuelles… « Ce n’était pas la façon dont je voulais vivre ma ménopause », lance avec aplomb la sportive de 53 ans.

Son premier réflexe : courir à la pharmacie. Mais la gamme de gels hydratants et lubrifiants offerts en vente libre ne lui procure pas le soulagement espéré. Elle aborde donc le sujet avec son médecin. Pas de chance là non plus. L’hormonothérapie, qui peut venir à bout des soucis qui l’affligent, est contre indiquée dans son cas puisque sa mère avait eu un cancer du sein.

Son médecin lui recommande donc de consulter la Dre Lorraine Dontigny. C’est l’une des quelques gynécologues au Québec à offrir le MonaLisa Touch, l’un des traitements au laser du syndrome génito-urinaire lié à la ménopause. Julie décide de tenter le coup. Et cinq ans plus tard, elle s’en félicite toujours. « La différence entre avant et après le traitement, c’est le jour et la nuit ! » résume-t-elle avec un grand sourire.

Les promesses du traitement au laser

Pour comprendre comment un laser peut être utile contre ce syndrome, rien de tel qu’un petit cours de bio ! À la ménopause, les ovaires cessent peu à peu de fonctionner et le taux d’œstrogène décline. Les parois du vagin s’amincissent, perdent de leur souplesse, le débit sanguin diminue et, du même coup, la lubrification. C’est ce qu’on appelle l’atrophie vaginale. D’où l’inconfort ainsi que les douleurs que les femmes peuvent ressentir au moment de la pénétration.

Et le laser dans tout ça ? Son fonctionnement est simple : une sonde est introduite dans le vagin, où le laser induit de minuscules brûlures. Il agit avec précision sur une très mince couche de tissus (0,2 mm de profondeur). Cela force le corps à enclencher ses mécanismes de réparation qui améliorent la circulation du sang et stimulent la production de collagène. La paroi vaginale s’épaissit, s’assouplit et s’humidifie de nouveau.

Quelques traitements au laser ont été mis au point au cours des dernières années, dont le MonaLisa Touch, qu’a expérimenté Julie. D’origine italienne – tout comme la muse de Léonard de Vinci à qui il doit son nom –, il a été lancé il y a près de 10 ans, et est offert au pays depuis 2015.

Se faire brûler les parois vaginales au laser ? Beaucoup serreront les cuisses à cette idée ! Les médecins qui proposent ce traitement – et celles qui le reçoivent – se font toutefois rassurants : on est loin de la torture. Même pas besoin d’anesthésie. Durant la séance, d’à peine 15 minutes, les patientes peuvent ressentir une légère vibration ainsi qu’une sensation de brûlure semblable à un coup de soleil. Celle-ci peut persister dans les heures ou les jours suivant le rendez-vous, surtout au moment d’uriner. Cela dit, aucune convalescence n’est nécessaire… quoiqu’il vaille tout de même mieux attendre un peu avant de « tester les résultats » avec chéri.

Pour retrouver un vagin de jeune femme, on conseille trois séances espacées de six semaines, ainsi qu’un rappel chaque année. Celui-ci peut même être reporté tous les deux ou trois ans. À ce jour, plus de 2,5 millions de femmes dans le monde auraient eu recours à ce traitement de rajeunissement vaginal, selon le fabricant du MonaLisa Touch, DEKA.

Dans sa chic clinique du centre-ville de Montréal, la gynécologue Lorraine Dontigny voit défiler des femmes pour qui la ménopause est synonyme de souffrance. Physique, mais aussi psychologique en raison de la brutale interruption des rapports intimes. Pour ces patientes, le traitement au laser permet de retrouver une qualité de vie. Elle constate que 90 % d’entre elles auraient remarqué une nette amélioration de leurs symptômes. « Les 10% qui ont moins bien répondu au traitement avaient en général développé d’autres problèmes, comme des tensions du plancher pelvien », précise la gynécologue. En général, elle leur conseille de consulter une physiothérapeute du plancher pelvien.

Retrouver une sexualité après le cancer

Les femmes ménopausées ne sont pas les seules à vanter les qualités des traitements au laser. C’est un sujet encore peu discuté, mais les femmes atteintes d’un cancer lié aux hormones sont susceptibles de souffrir de symptômes génito-urinaires. Pourquoi ? Parce que les traitements qu’elles subissent visent justement à réduire la production d’hormones. Cette dernière chute alors de façon plus abrupte que dans le processus naturel de vieillissement.

« Ça correspond à une ménopause à la puissance un million », illustre Rose, qui a préféré taire son identité en raison de la sensibilité du sujet. À la suite de son cancer du sein, en 2013, elle est frappée de plein fouet par une foule d’effets indésirables pénibles. Sautes d’humeur, bouffées de chaleur, dépression et… atrophie vaginale. Sous la couette, c’est la panne sèche. Ses symptômes génito-urinaires l’affectent au point où elle cesse toute relation sexuelle avec pénétration. « Ça brûlait énormément, et comme c’était atrophié et très sec, mon partenaire aussi avait mal, donc ni lui ni moi n’avions de plaisir ! J’ai pensé que je n’aurais plus jamais de relation complète ! »

Rose désespère de voir sa vie sexuelle à jamais mise au rancart. Car pour elle, impossible d’avoir recours à l’hormonothérapie, le traitement étant contreindiqué après un cancer du sein lié aux hormones. Elle se tourne donc vers le MonaLisa Touch et s’offre les trois séances requises… et n’a visiblement aucun regret. « Maintenant, je ne rate aucune occasion de sauter sur mon chum ! » lance-t-elle en riant.

Traitement miracle ?

Ces interventions au laser semblent redonner le sourire à de nombreuses femmes. Mais leurs effets sont-ils durables ?

Pour la gynécologue-obstétricienne Josianne Paré, spécialisée en dermatologie vulvaire et en douleur sexuelle, quelques questions restent en suspens. Bien que le MonaLisa Touch ait été approuvé par Santé Canada, son utilisation pour l’atrophie vaginale ne fait pas encore partie des indications officielles de l’agence.

Il y a peu d’études sur ce laser pour le moment en raison de sa nouveauté, observe la Dre Paré. « On ne peut donc pas encore le comparer aux autres traitements du syndrome génito-urinaire de la ménopause ni se prononcer sur son efficacité à long terme. Par contre, selon les études qui ont porté sur les effets après 12 semaines, il semble apporter une solution efficace. »

Avis aux intéressées, il faut avoir le portefeuille assez garni pour se tourner vers ce type de traitement, offert uniquement en clinique privée : plus de 2000 dollars la première année, puis 750 dollars pour chaque rappel. Comment expliquer cette note salée ? L’appareil est coûteux et il ne peut être utilisé que par du personnel médical spécialement formé.

Et comme ces traitements sont pour le moment seulement offerts en clinique privée, ils ne peuvent être remboursés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), contrairement aux traitements de la sécheresse vaginale par hormonothérapie (de 200 à 300 dollars par année). Cela dit, si le traitement au laser était médicalement requis par un médecin et pratiqué par un médecin participant au régime public d’assurance maladie, il pourrait être couvert, fait-on savoir à la RAMQ.

Double tabou

En réalité, l’obstacle n’est pas que financier. Il est aussi – et peut-être surtout – psychologique. La gêne et l’impression qu’il n’existe aucun remède empêchent encore bien des femmes d’obtenir de l’aide. À peine une patiente sur quatre souffrant d’atrophie vaginale oserait en discuter avec son médecin, selon une étude américaine.

Et le malaise est aussi ressenti du côté du corps médical. Certains médecins de famille ne se voient pas questionner leurs patientes plus âgées à propos de leur vie sexuelle. La faute revient notamment à cette fausse croyance voulant que la sexualité féminine s’arrête avec l’âge, selon Amélie Bleau, sexologue et directrice de Sexplique, un organisme de service en éducation et en santé sexuelle. « Cela nuit beaucoup aux femmes en contexte de ménopause, parce qu’elles ne se sentent pas normales ou, à la limite, elles se sentent perverses », dit-elle.

La solution ? En parler, tout simplement, pour faire tomber les tabous. « Si on les rassure sur leur droit d’avoir envie d’une vie sexuelle, sur le fait qu’il n’y a pas d’âge limite, ça leur redonne la légitimité de poser des questions à leur médecin sur les difficultés qu’elles éprouvent », explique Amélie Bleau.

Et quand on sait qu’aujourd’hui, plus du tiers de la vie d’une femme se déroule après la ménopause, aussi bien agir vite pour régler les bobos qui pourraient survenir. On devrait toutes pouvoir se sentir bien dans son corps, peu importe son âge. Y compris dans la chambre à coucher…


Couverture numéro Septembre-octobreCet article est paru dans notre numéro de septembre/octobre.
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