28 jours sans alcool : une expérience pas si facile…

Enfin! Le 1er mars est arrivé! Mon premier gin tonic, bien mérité après quatre longues semaines d’abstinence. Jamais je n’aurais imaginé que ce mois sans alcool serait un tel calvaire. Pourtant, je ne suis pas une si grande buveuse. Que s’est-il passé?

 
Photo: iStock.com / AaronAmat

Mon Défi 28 jours sans alcool est terminé. Dans ma cuisine, je danse, je chante, je roucoule presque de bonheur en préparant mon traditionnel drink du vendredi. Glaçons, tonic, une bouteille de gin achetée spécialement pour l’occasion, je vais apprécier chaque gorgée. Je renoue avec l’alcool, après un mois de régime sec, mais alors que je m’attendais à des retrouvailles torrides, le rendez-vous ressemble davantage à une rencontre avec un ex devenu un ami. La conversation est agréable, on est contents de se revoir, mais je sais maintenant que je peux vivre sans lui. Cependant, il y a trois semaines, j’étais en pleine peine d’amour, bien étonnée de constater à quel point l’alcool me manquait.

Question d’habitude

Le plus difficile? Les vendredis soir. Depuis mon enfance, cette soirée est imprégnée d’une ambiance de fête, d’exception. «La semaine est finie, on décroche», clamait ma mère. Il y avait souvent une bière (pour les adultes), un bol de chips, un souper tardif, de longues discussions autour de la table et une ou deux de ses amies qui se joignaient à la famille. J’adorais cette ambiance que j’ai toujours cherché à reproduire, une fois adulte. Pour mes enfants, les «vendredis cochonneries» riment avec un arrêt au dépanneur pour quelques bonbons. Pour moi et mon conjoint, c’est un ou deux drinks.

Puis, le samedi, c’est une bouteille choisie avec soin et partagée avec mon conjoint devant un bon repas. Le dimanche, à l’occasion, un dernier petit verre avant de commencer la semaine.

Perdre ces moments de bonheur et de détente a eu un effet inattendu. Je suis fatiguée. En fait, je me sens comme si je n’avais pas eu de weekend, comme si je travaillais sans arrêt depuis le 1er février.

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Prendre conscience du manque

J’ai le moral dans les talons. Face à de petites embûches, je me mets à ruminer et à douter de moi. Les mauvaises nouvelles semblent s’accumuler et me tirer vers le bas, comme des boulets dont je n’arrive pas à me défaire.

Moi qui croyais relever ce défi haut la main quand on me l’a proposé à la fin janvier. «Bah, ça va être facile. C’est seulement quatre semaines! Je l’ai fait pendant neuf mois quand j’étais enceinte», me suis-je dit.

Pourquoi ce sevrage me fait-il un tel effet? Je bois peu, surtout depuis que j’ai écrit un article sur les femmes et l’alcool qui m’a fait découvrir les effets nocifs d’une consommation excessive sur la santé. Deux ou trois verres, deux ou trois soirs par semaine. C’est tout. Je ne suis pas alcoolique, non?

«Bien sûr que non, me rassure la directrice de la Maison Jean Lapointe, Anne Élizabeth Lapointe. Il n’y a rien de mauvais à prendre un verre pour décrocher, tant que ça ne devient pas une habitude quotidienne.»

J’ai tout de même vérifié ce qu’en disent les experts du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. Selon le site de l’organisme, la dépendance à l’alcool serait liée à une incapacité à respecter les limites, à une tolérance accrue, au grand nombre d’heures passées à penser à boire ou à s’en remettre… et à différents symptômes de sevrage si on arrête de consommer. Je parcours la liste, un peu inquiète d’y trouver une description de ce que je vis, mais non. Je n’ai pas eu de tremblements, de sueurs nocturnes, de nausée ou d’insomnie. Fiou!

Mes symptômes ne sont donc que psychologiques. Je les ressens parce que j’apprécie l’alcool, comme la bonne bouffe, mais pas parce que mon système est devenu dépendant.

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Photo: Unsplash / Tanialee Gonzalez

Les placebos, pourquoi pas?

Deuxième semaine. Si je veux survivre à février, je dois trouver un placebo, ne serait-ce que pour les vendredis soir. Bières sans alcool, mocktails, eau pétillante aromatisée, toutes les solutions sont bonnes pour tenter de faire comprendre à mon cerveau qu’on peut se reposer, que mon petit hamster peut arrêter de faire tourner sa roue. Et ça fonctionne! Je parviens à décrocher et à mieux me reposer. Bien sûr, l’alcool restera un plaisir pour moi, mais c’est bon de savoir que ce n’est plus un besoin, que je peux très bien me débrouiller sans cela.

Et puis, j’ai découvert d’excellentes solutions de rechange, comme une IPA sans alcool que je pourrai déguster sur mon patio cet été. Je me promets aussi de refaire une recette de mocktail que j’ai adorée. Ce mélange de kombucha aux mûres (un thé sucré fermenté), d’un sirop tonic et de jus de pamplemousse me sera bien utile pour les prochaines soirées où je serai conductrice désignée.

Bon pour la santé?

J’ai remarqué quelques bienfaits de mon mois sans alcool. J’ai perdu du poids, et ce, même si je me suis vautrée dans le chocolat pour compenser. Je suis plus en forme, ce que je constate chaque matin en m’entraînant.

Mais dès le début de février, j’ai entendu quelques commentaires sceptiques – pour ne pas dire cyniques – au sujet des bienfaits potentiels d’une abstinence d’un mois. «Ça ne change rien si tu recommences à boire comme avant tout de suite après.»

Effectivement, même si plusieurs universitaires ont étudié les bienfaits du Dry January, l’équivalent britannique du Défi 28 jours sans alcool, aucun n’a encore trouvé de bénéfices à long terme. Un mois d’abstinence a de nombreux bienfaits immédiats pour ceux qui ont une consommation d’alcool modérée ou élevée. Perte de poids, baisse de la tension artérielle, moins de risque de diabète… Mais rien n’indique que ceux-ci se maintiennent quand on recommence à boire.

Le plus grand bénéfice d’un mois d’abstinence serait en fait de permettre aux gens de remettre le compteur à zéro dans leur relation avec l’alcool, selon Anne Élizabeth Lapointe. Appuyer sur «Redémarrer» pour régler les bogues, en quelque sorte. Et c’est exactement la conclusion que je tire de cette expérience. Je recommence cette relation sur des bases plus prudentes, en me concentrant sur le plaisir et le bon goût et en m’assurant qu’elle ne se transforme pas en besoin ou en excès.

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