Société

6 décembre 1989 – La parole aux 25 ans

Ils n’étaient pas nés (ou tout juste) au moment de la tuerie à Polytechnique. Aujourd’hui, à 25 ans, 14 jeunes de tous horizons réfléchissent sur la place des femmes, l’égalité des sexes et le féminisme.

Selfie-Marie-Heppell-Cayouette1) Marie Heppell Cayouette, infirmière clinicienne et chef de services des soins ambulatoires et oncologiques du CSSS de la Haute-Côte-Nord-Manicouagan, Baie-Comeau.

« Les Québécoises prennent de plus en plus leur place – en politique, en science, en médecine. C’est à nous de défoncer les portes et de nous faire valoir. J’occupe déjà à mon âge un poste de gestion. Je manquais un peu de confiance en moi, mais j’étais déterminée. Il faut oser, saisir les chances et se donner le droit à l’erreur. Au fond, nous sommes toutes féministes par notre façon d’être et nos actions. »

 

 

Selfie-Genevieve-Schoeb2) Geneviève Schoeb, étudiante au doctorat en recherches et interventions en psychologie organisationnelle à l’Université de Sherbrooke, Montréal.

« Je crois qu’on a encore besoin du féminisme. J’entends par-là l’égalité homme-femme, et non partir en guerre contre l’autre sexe. Le féminisme doit s’adapter aux nouvelles réalités et choisir ses batailles – l’iniquité salariale, les stéréotypes. »

 

 

Selfie-Roxane-Labonte3) Roxane Labonté, infographiste et musicienne, Montréal.

« Je joue de la musique métal avec d’autres filles depuis bientôt 7 ans . Notre crédibilité est sans cesse remise en cause. En spectacle, on entend souvent qu’on est « pas pires pour des filles », ou alors on nous demande si c’est vraiment nous qui composons notre musique. C’est inacceptable ! »

 

 

Selfie-Benjamin-Picard-Dube4) Benjamin Picard-Dubé, conseiller en ressources humaines, Boucherville.

« Selon moi, le Québec a la volonté d’être égalitaire et met en place des outils pour y arriver. Mais on a beau voter des lois, dénoncer publiquement l’hypersexualisation des jeunes filles et les vidéoclips sexistes, c’est d’abord dans les foyers que l’égalité des sexes se construit et se discute. »

 

 

Selfie-Vanessa-Majeau5) Vanessa Majeau, candidate à la maîtrise en anthropologie à l’Université d’Ottawa, Gatineau.

« Prendre sa place en tant que femme, c’est choisir la place qu’on veut. On n’a pas à juger celles qui s’affirment et veulent changer le monde, pas plus que celles qui aspirent à être mères au foyer. »

 

 

Selfie-Remi-Houde6) Rémi Houde, bachelier en gestion des ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, Québec.

« Ça ne fait pas 100 ans que les femmes occupent une place active dans la société et il y a encore des combats à mener – iniquités salariales, plafond de verre… Le féminisme a toute sa raison d’être. Même si la société devenait égalitaire, on aurait encore besoin de ce mouvement pour rester aux aguets. »

 

 

Selfie-Jessica-Boutin-Dorion7) Jessica Boutin-Dorion, couturière-designer, propriétaire de l’atelier-boutique NARCISSE, Saint-Hyacinthe.

« Comme entrepreneure, je n’ai jamais senti qu’on me traitait différemment des hommes. Mais si on prend plus notre place, on se met aussi nos propres freins pour fonder une famille et s’occuper des enfants. Il y a une forme d’éducation à faire dans le couple : moi aussi j’ai droit à une carrière. Le modèle traditionnel tend à changer, les rôles se redéfinissent. »

 

 

Selfie-Marika-Ouellet8) Marika Ouellet, étudiante au baccalauréat en adaptation scolaire et sociale à l’Université de Sherbrooke, Sherbrooke.

« Les hommes qui optent pour un métier traditionnellement féminin (exemple, l’enseignement) ne sont pas mis de côté par les femmes. Au contraire, ils sont bienvenus et considérés comme des atouts importants. Je n’ai pas l’impression que l’inverse est aussi vrai. »

 

 

Selfie-Mathieu-Nadeau9) Mathieu Nadeau, soudeur-monteur, Saint-Basile-le-Grand.

« Dans mon domaine, il y a très peu de femmes. Pourtant, je n’ai jamais été témoin de discrimination. Au contraire, j’ai l’impression que les employeurs et les employés vont rendre la vie facile aux filles. C’est une forme de galanterie, il n’y a rien de mal. J’encourage toutes celles intéressées à la soudure à venir travailler avec nous ! »

 

 

Selfie-Isabelle-Carrière10) Isabelle Carrière, cofondatrice de la communauté FemmeAlpha et étudiante en administration des affaires à l’Université Laval, Québec.

« Sur le plan social, notre opinion est aussi valorisée que celle des hommes. Mais pas toujours sur le plan professionnel. Il faut travailler plus fort pour maintenir notre crédibilité. Le moindre écart – exemple, lever le ton dans une réunion – est mal perçu. Une femme qui a du leadership passe pour une « boss des bécosses », une autre qui s’emporte a ses SPM ! Mais on ne peut pas juste blâmer les hommes pour ça, c’est à nous de s’imposer. On doit négocier son salaire, demander une promotion, une augmentation, viser des postes de direction. Bref, être fières de qui nous sommes. »

 

 

Selfie-Julien-Bergeron11) Julien Bergeron, programmeur, Varennes.

« J’ai l’impression que certaines femmes qui se réclament du féminisme souhaitent être supérieures aux hommes, alors qu’elles devraient viser l’égalité. Au Québec, ce mouvement est moins pertinent aujourd’hui, mais à l’international, il a toute son importance. Le combat se trouve là où les enjeux sont grands. »

 

 

Selfie-Eve-Jenkins12) Ève Jenkins, infirmière, maman d’un petit garçon de deux mois, Jonquière.

« Plus rien aujourd’hui n’empêche les femmes de faire ce qu’elles veulent (hormis la force physique dans certains domaines). Les milieux de travail sont de plus en plus mixtes – comme en soins infirmiers. Le congé de maternité nous donne la chance d’avoir à la fois une carrière et du temps pour s’occuper de nos enfants. »

 

 

Selfie-Mathieu-Jodoin13) Mathieu Jodoin, conseiller en gestion de changement, Blainville.

« La haute direction est souvent perçue comme un boys club. Mais il y a de plus en plus de règles pour équilibrer les choses. Donc sur papier tout est beau. Dans les faits, les postes de gestion sont occupés à 75% par des hommes. Même si je n’ai jamais été témoin de sexisme en milieu professionnel, je remarque que ce sont souvent des hommes qui obtiennent les promotions. Ça va changer avec le temps, mais il y aura toujours deux ou trois nonos qui vont mettre des bâtons dans les roues aux femmes qui veulent monter. »

 

 

Selfie-Catherine-Boivin14) Catherine Boivin, étudiante en génie logiciel à l’École de technologie supérieure (ÉTS), Montréal.

« J’étudie dans un milieu d’hommes et je n’ai pas l’impression d’être sous-estimée. Mais dans trois ans, quand je serai sur le marché du travail, je crois qu’à compétences égales, les employeurs pourraient préférer un homme à moi – une jeune femme peut tomber enceinte et prendre un congé de maternité. Les mentalités doivent évoluer en entreprise. »