Société

Argent : 7 règles d'or

L’argent, c’est une assurance autonomie. Aussi bien alors savoir le gérer. Difficile ? Pas si on respecte les sept règles qui suivent.


 

1. Distinguer émotion et raison
Avant d’apprendre à gérer ses finances, il est impératif de prendre conscience de son véritable rapport à l’argent, estime Isabelle Thibeault, conseillère budgétaire de l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) du Sud-Ouest de Montréal. « Parce qu’il s’agit de chiffres, on croit que notre rapport à l’argent est rationnel. Au contraire, il est très émotif ! Or, nous ne sommes pas outillées pour gérer cette émotivité face à l’argent parce que nous n’en parlons tout simplement pas. Nous croyons d’emblée la publicité ? « Les autres peuvent tout se payer, mais pas moi ! » Mais c’est faux.

Isabelle Thibeault fait remarquer combien il est rare d’entendre, par exemple : « Je ne pourrai pas aller à ce restaurant-là parce que c’est au-dessus de mes moyens. » Il faut cesser d’avoir honte de ses ressources limitées, affirme-t-elle, puisqu’il s’agit de la réalité de la majorité ! C’est aussi une étape essentielle pour mieux gérer ses finances personnelles.

2. Limiter l’achat à crédit
Avec les offres d’achat à crédit qui pleuvent de nos jours, on finit par se méprendre sur sa capacité financière réelle. Pour Gilles Galipeault, président fondateur du Programme d’aide financière (PAF) ? rétablissement financier avec suivi thérapeutique ?, l’endettement n’est rien de moins que « l’esclavage moderne ». Selon lui, l’utilisation acceptable du crédit se résume à une hypothèque et à un paiement automobile raisonnables, auxquels on peut ajouter une carte de crédit d’une limite de 500 $ ou de 1000 $. Se servir du crédit au-delà de sa capacité d’achat réelle équivaut à « dépenser l’argent des autres en ayant l’impression que c’est le sien ». Il suggère donc de payer comptant chaque fois que c’est possible pour éviter de laisser l’émotion contrôler son portefeuille.

Comme Gilles Galipeault, Isabelle Thibeault préconise un recours limité au crédit. « Le crédit, rappelle-t-elle, a été mis en place non pour répondre à une société de consommation, mais à une société de surconsommation. » Tous deux prônent l’établissement d’un budget, méthode payante et gratifiante à long terme.

3. Faire son budget
En théorie, tout le monde sait faire un budget, mais en pratique, ça ne fonctionne jamais. Pourquoi ? « Parce que c’est un exercice qui demande de l’introspection, explique Isabelle Thibeault. Il faut accepter de faire face à celle qu’on est vraiment, à ses valeurs, à ses perceptions, à ses contradictions. Ce n’est pas toujours agréable. On doit se poser des questions et prendre des décisions. » Ai-je besoin de rouler dans une si grosse voiture ? En ai-je les moyens ? Comment puis-je me lamenter sur mes difficultés à épargner alors que j’achète un vêtement neuf toutes les semaines ? Etc.

Toutefois, affirme la conseillère, la réalité que révèle le budget est souvent moins brutale que ce qu’on appréhendait ; à force de volonté et de patience ? parce qu’il est possible que notre démarche ne fonctionne pas du premier coup ?, l’exercice s’avère libérateur. Cliquez ici pour consulter notre article sur l’abc du budget et pour télécharger notre grille de budget mensuel.

4. Planifier
Contrairement au crédit, qui nous place en « mode réaction » face aux événements de la vie, le budget permet de prendre les devants, de voir venir. « Une planification, c’est une projection dans le temps, souligne Isabelle Thibeault. Il faut donc étudier la façon dont on dépense, prendre des notes. » Elle conseille fortement la planification budgétaire annuelle pour prévoir les dépenses qui nous donnent l’impression d’être imprévisibles. Des exemples ? Les anniversaires, les vacances d’été, la rentrée des classes, Noël, le permis de conduire, les assurances : « Ces dépenses chamboulent le budget mensuel. Donc, avant même de faire un budget mensuel, il faut établir une planification annuelle. » Même s’il nous manque des chiffres, Isabelle Thibeault suggère de faire l’exercice en y allant d’estimations. Cela nous permet de vérifier si nous sommes vraiment la consommatrice que nous croyons… Documenter la réalité ne devrait pas être si compliqué, puisque nos habitudes de dépense se répètent. Surtout, n’oublions pas de nous garder un montant d’argent pour nos petits plaisirs !

5. Partager équitablement
Pour celles qui vivent en couple, Suzanne Bonneau, assureure-vie agréée (AVA) et planificatrice financière pour Clarica, insiste sur l’importance de négocier le partage des dépenses au prorata des revenus : « Bien des couples partagent les dépenses communes moitié-moitié. Or, souvent, monsieur gagne plus que madame ; pendant qu’il cotise un maximum à ses REER, madame peine à épargner. » Elle conseille de limiter les dépenses communes à ce qui a trait à la maison et à la maisonnée : hypothèque, assurances, électricité, épicerie et tous les achats liés aux enfants. Ensuite, à chacun d’organiser son propre budget. Les femmes, ajoute Suzanne Bonneau, ont intérêt à s’intéresser à leurs finances personnelles. « On doit être conscientes qu’on peut toutes se retrouver seules demain matin. »

6. Ouvrir des sous-comptes
Les sous-comptes aident à s’organiser. Et le coût lié à leur ouverture est dérisoire à côté de l’argent et des tracas qu’ils permettent d’épargner. Isabelle Thibeault propose la répartition suivante : un compte courant, conjoint ou non, qui ne devrait servir qu’aux paiements du mois, un compte de dépenses annuelles, un compte personnel (auquel on est seule à avoir accès) et un compte projets.

Dans le compte de dépenses annuelles, on dépose chaque mois le douzième de ses dépenses annuelles. Par exemple : « Les plaques d’immatriculation, c’est 21 $ par mois. Ça passe inaperçu à côté du 255 $ à débourser d’un coup. »

7. Savoir épargner
Suzanne Bonneau recommande de mettre de côté au moins 10 % de ses revenus nets et de ne pas laisser dormir ces épargnes dans un compte classique. Pour les faire fructifier de façon sûre tout en ayant accès à de l’argent liquide en tout temps, elle recommande les placements sur le marché monétaire ou un compte d’épargne à taux d’intérêt élevé comme en offre ING, cette banque « virtuelle » avec laquelle on ne peut faire affaire que par l’entremise d’Internet.

On peut aussi se faire aider. Il ne faut pas hésiter à consulter un comptable, un avocat ou le conseiller financier de sa banque ou de sa caisse. Si on ne connaît personne qui puisse recommander un professionnel, on peut s’informer auprès de l’Autorité des marchés financiers. Puisque tous les planificateurs financiers n’y sont pas inscrits, mieux vaut vérifier que le conseiller choisi possède la formation nécessaire auprès de l’Institut québécois de la planification financière.

Mais la personne qui conviendra à l’une ne fera pas nécessairement l’affaire de l’autre : « Comme vous devrez travailler ensemble pour bâtir votre plan d’action à long terme, dit Suzanne Bonneau, allez voir quelqu’un d’autre si vous ne vous sentez pas à l’aise de lui poser des questions. »