Lâchée lousse

Devenir riche? Bof…

Mars. Ce joyeux mois de l’année où, souvent, on a le solde de la carte de crédit dans le plafond et le moral dans les bas-fond. La saison où un petit héritage ou un gain à la loto serait bienvenu. Moment parfait pour parler fric. On veut devenir riche ou pas?

Ces années-ci, la mode est d’en vouloir, de le dire et de l’assumer. Surtout pour les femmes. Il était à peu près temps.

Une femme lance son entreprise ou devient PDG ? Applaudissons. D’autres gagnent beaucoup, beaucoup de sous ? Bravo. Plus nombreuses elles seront, mieux se porteront les entreprises, l’économie et la société tout entière.

Mais on dirait que ça crée une certaine pression… Rassurez-moi, quelqu’un. Allez-vous m’aimer quand même si je ne fonde pas ma boîte ou si je ne grimpe pas tous les échelons de la société pour laquelle je travaille ?

Parce que, bien franchement, je n’ai pas tellement envie de devenir riche. La seule idée d’une virée shopping à New York m’épuise et les bagnoles de luxe me laissent indifférente. Remarquez, je ne cours pas grand risque. Je cherche encore ma bosse des affaires, je n’achète pas de billets de loterie et j’ai déjà reçu mon unique ­héritage : le diplôme qui me permet de gagner correctement et joyeusement ma vie. C’est déjà beaucoup.

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Bien sûr, je n’aurais rien contre des vacances à Bora Bora et je ne cracherais pas sur une villa à Capri. Mais je n’y tiens pas assez pour y consacrer mon temps et mon énergie.

« Le prix de toute chose, c’est le bout de vie que vous échangez pour l’obtenir. » C’est l’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau qui a dit ça. Autre­ment dit, la valeur du chemisier qui me fait de l’œil dans la vitrine ne se calcule pas en dollars mais en heures de travail. Vu comme ça, on dirait qu’il me tente moins… Et que la richesse, finalement, ça coûte bien cher.

Photo: BonninStudio/Stocksy

 

Je manque d’ambition ? Probablement. En tout cas, de cette sorte-là. Suis-je la seule ? La mienne se situe ailleurs. J’ai davantage envie de m’initier au portugais ou au djembé qu’aux stratégies d’investissement. De cultiver plein d’amitiés, de faire du sport toute ma vie, d’avoir du temps pour jouer avec des enfants.

On peut être à la fois riche ET heureux ? Je sais bien. Mais je revendique le droit de choisir mon bonheur.

Et les jours où, malgré tout, je pleure sur mon sort parce que je n’ai pas les moyens d’acheter ceci ou d’aller là, je ­réécoute Bill Gates parler de la fondation philanthropique qu’il a créée. Il a déjà prévenu ses trois enfants que 95 % de son immense fortune ira à la Fondation Gates. Celle-ci est la plus importante du monde, grâce aux 120 multimillionnaires (dont le richissime Warren Buffett) qui ont accepté de lui léguer 50 % de leurs biens. Comment s’y prend-il pour les convaincre ? « Je leur dis la vérité, a-t-il expliqué au journaliste américain Chris Anderson, lors d’une conférence TED. J’éprouve beaucoup plus de satisfaction à donner mon argent que j’en ai eu à le gagner. En réalité, c’est la chose la plus satisfaisante que j’ai faite de toute ma vie. »

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