Ma parole!

La compétition entre parents

S’aider, se conseiller, discuter sainement : et si on arrêtait de se « bitcher » entre parents? Geneviève Pettersen veut en finir avec la compétition parentale sur les médias sociaux.

Ma page Facebook est un peu un laboratoire social. Surtout depuis que j’ai publié des photos de ma maison en bordel et vous ai demandé de partager les vôtres avec le mot-clic #lavraievie. Mais depuis, la situation a pris une nouvelle tournure.

La semaine dernière, j’ai écrit sur Facebook que j’avais essayé la méthode du 5-10-15. Déjà, dans ma série de textes sur le doute, je vous avouais que je l’avais appliquée une journée où j’étais particulièrement écœurée d’endormir mon enfant du milieu dans mes bras. La situation s’est bien entendu répétée avec mon petit dernier. À bout qu’il ne s’endorme que sur moi ou mon amoureux, j’ai aussi essayé avec lui la méthode du 5-10-15. Mon fils a pleuré environ deux heures et ne s’est jamais endormi. J’ai décidé de ne plus recommencer et d’y aller plus en douceur dans son apprentissage du sommeil. Je le savais que je n’étais pas confortable avec cette façon de faire et je ne juge pas ceux qui l’utilisent. Point barre.

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Si je vous parle de ça, c’est pour vous dire que je suis à nouveau assez surprise des réactions que ma publication sur le 5-10-15 a suscitées. Même si je suis parfaitement consciente que les méthodes pour dormir sont parmi les sujets les plus controversés sur les médias sociaux, j’ai été étonnée de lire tous ces « coming out » sur ma page.

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Photo: Geneviève Pettersen

« J’applique le 5-10-15 depuis que mon enfant a 2 mois » et « Tu vas voir, c’est la seule façon pour qu’un bébé dorme », ou « Enfin, tu lui apprends l’autonomie ». Ceci n’est qu’un maigre échantillon de tous les commentaires que vous pouvez lire sur mon mur. Le chat est sorti du sac, comme on dit. Rapidement, l’escouade des parents en mal d’approbation est débarquée pour me faire comprendre que je faisais la bonne chose en essayant le 5-10-15. Comme si en ne laissant pas pleurer mon enfant, je démontrais un signe de faiblesse, ou en d’autres mots, la voie royale pour en faire un bébé gâté incapable de se passer de ses parents. Mais n’entrons pas dans un énième débat portant sur les pleurs des bébés. Réfléchissons seulement à notre fâcheuse tendance à critiquer, même si c’est en douce, la façon de faire des autres parents. Songeons à notre propension à croire que nous détenons LA vérité, mais aussi à la façon dont nos commentaires négatifs peuvent affecter certaines personnes qui n’oseront pas commenter publiquement les mêmes sujets.

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Je reçois depuis le #ménagegate (j’ironise, ici) des tonnes de courriels de femmes et d’hommes qui me confient que chez eux, c’est à l’envers comme chez nous. Et depuis que j’ai avoué avoir fait le 5-10-15, c’est la même chose : ma boîte de courriel se remplit de témoignages de mères et de pères qui confessent leur incapacité à laisser pleurer leurs enfants, mais qui, je les cite, n’ont pas le la force d’en parler publiquement. Pourquoi ? De peur de se faire juger par les autres parents. On le sait, le tribunal populaire exerce son hégémonie partout, surtout sur les médias sociaux. J’aurais vraiment envie, même si c’est utopique, que tous ces jugements sur autrui cessent.

Est-ce qu’on pourrait s’encourager entre parents au lieu de tout transformer en compétition ? Peut-on arrêter de se battre pour savoir qui fait la meilleure affaire pour ses enfants ? Quand est-ce qu’on se donne un petit break de bitchage, de parlage dans le dos et de pensage meilleur ? Il me semble que tout le monde se sentirait beaucoup mieux et que cela donnerait lieu à de vraies discussions, des discussions qui aideraient des familles à faire des choix avec lesquels ils se sentent confortables pour vrai. Des choix de cœur et pas pour être dans la gang de ceux qui ont raison, ou encore par peur de recevoir des roches. On serait bien, non ?

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Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)