Qu’est-ce qu’un «divorce alpin»?

Photo: Unsplash
Non, il ne s’agit pas d’une audience de divorce au sommet d’une montagne. L’expression « divorce alpin » désigne plutôt un phénomène malheureux (et apparemment bien trop courant) qui se produit en pleine nature, lorsque des femmes partent en randonnée avec leur compagnon, pour finalement être abandonnées sur le sentier parce qu’elles sont jugées trop lentes ou à la suite d’une dispute. L’origine du terme remonterait à une nouvelle du XIXe siècle intitulée An Alpine Divorce, qui raconte une randonnée conjugale avec un rebondissement lugubre.
L’expression a gagné en popularité en mars 2025 lorsqu’une publication TikTok est devenue virale. Dans la vidéo, qui a jusqu’à présent recueilli plus de 30 millions de vues, une femme se fraye un chemin seule à travers un paysage rocheux après avoir été abandonnée par son partenaire.
« Vous partez en randonnée avec lui dans les montagnes, mais il vous laisse seule et vous réalisez qu’il ne vous a jamais aimée », pouvait-on lire dans la légende de la vidéo partagée sur le réseau social par une photographe de Las Vegas.
Sa publication a trouvé un large écho.
Parmi les quelque 25 000 commentaires reçus figurent ceux d’autres femmes qui ont vécu une expérience similaire, suggérant que ce type d’abandon n’est pas rare.
L’affaire qui a mis en lumière ce phénomène
Abandonner quelqu’un dans les bois ou sur un sentier est irresponsable et peut avoir de nombreuses conséquences imprévues, voire mortelles. Cette considération éthique devient encore plus grave lorsque la randonnée implique un terrain accidenté, des conditions météorologiques défavorables et/ou de grandes altitudes.
En février dernier, un chef cuisinier et alpiniste autrichien a été reconnu coupable de négligence grossière et d’homicide involontaire pour avoir abandonné sa petite amie lors d’une randonnée vers le plus haut sommet d’Autriche.
Un juge a condamné Thomas Plamberger à une peine d’emprisonnement avec sursis et à une amende après qu’il eut abandonné sa petite amie, Kerstin Gurtner, à proximité du sommet du Grossglockner, en janvier 2025. Âgée de 33 ans, elle serait décédée d’hypothermie.
La randonnée a été marquée par des erreurs de jugement, de mauvaises conditions météo et, selon les sauveteurs, l’absence de réponse à leurs tentatives de contact. Pour sa défense, Thomas Plamberger a affirmé qu’il n’avait pas vu les appels des sauveteurs et que, lorsqu’il les a finalement contactés, il avait laissé Kerstin Gurtner derrière lui pour aller chercher de l’aide. Il fait d’ailleurs appel du jugement.
Au cours du procès, une des anciennes petites amies de Thomas Plamberger a témoigné qu’il l’avait laissée seule sur la même montagne en 2023 après une dispute et alors que sa lampe frontale avait rendu l’âme.
Refuser de se poser en victime
Parmi les femmes qui s’expriment sur ce phénomène, toutes ne s’accordent pas sur la manière d’interpréter ses dynamiques de genre. Nombre d’alpinistes chevronnées contestent l’idée qu’elles seraient plus vulnérables.
L’aventurière et conductrice de traîneaux à chiens Blair Braverman a déclaré au Guardian qu’elle s’inquiéterait plutôt pour l’homme qui s’éloignerait d’elle en montagne que pour elle-même. « Je trouve intéressant que [ce] présume que la femme est moins compétente », a-t-elle déclaré.
La mère de Kerstin Gurtner, qui a témoigné en faveur de Thomas Plamberger, a également refusé que sa fille soit décrite en victime.
« Cela me met en colère que Kerstin soit dépeinte comme une petite idiote », a-t-elle déclaré à un journal allemand plus tôt cette année. « Kerstin était en excellente condition physique. Et elle avait déjà maîtrisé des ascensions bien plus difficiles, seule ou avec son petit ami. »
Comparer le fait d’être abandonnée sur un sentier de randonnée un dimanche après-midi par son petit ami et d’être laissée à soi-même au sommet de la plus haute montagne d’Autriche en pleine tempête de neige n’est certes pas évident, mais le débat autour de ce phénomène a suscité de vives réactions.
Se faire abandonner sur un sentier par son partenaire ne tourne pas toujours au drame comme dans l’affaire Plamberger. Mais la récurrence du #AlpineDivorce soulève des questions sur le type d’homme avec qui l’on souhaite partir en randonnée.
La version originale (en anglais) de cet article a été traduite par l’équipe de Châtelaine en mai 2026.
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