Société

Élections : vos réactions

Une femme première ministre, ça va changer quelque chose? Qu’attendez-vous au juste de ce nouveau gouvernement? Des artistes, des profs, des grand-mères, des femmes d’affaires ont accepté d’être nos chroniqueuses politiques au lendemain des élections. Mêlez votre voix à la leur!

Maude Chauvin

Pascale Navarro, 50 ans, journaliste et auteur, entre autres de l’essai Les femmes en politique changent-elles le monde? (Boréal, 2010), Montréal. « Je suis très fière qu’une femme « écope » enfin du poste de première ministre. Je dis « écoper » parce que c’est peut-être un cadeau empoisonné! Comme ses prédécesseurs, elle devra sans doute gérer plus que gouverner… Aussi, l’élection de Françoise David est un énorme gain. À l’Assemblée nationale, on retrouvera deux femmes chefs de parti – deux féministes, en plus! –, et un nombre record de femmes députées (le tiers des élus). Ça a pris du temps avant qu’on arrive à cette représentation parce que les femmes manquent de confiance en elles.  Mais plus on aura de modèles, plus elles oseront faire le saut. En autant que les politiques de conciliation travail-famille le permettent. Ce thème devrait d’ailleurs être abordé de front par le gouvernement. J’espère aussi qu’il déposera un projet de loi pour la parité au Conseil des ministres. C’est LE lieu où on décide des dossiers prioritaires, alors les femmes doivent avoir voix au chapitre de manière équitable. »

Julie Taillefer, 28 ans, ergothérapeute, Québec. « Je suis contente qu’on ait un gouvernement minoritaire. Les trois partis vont devoir discuter, faire des concessions, s’entendre sur des priorités. C’est un plus pour la démocratie, même si ça complique la prise de décision. J’espère en tout cas qu’ils conviendront de l’urgence de créer plus de places dans les CPE! »

Lise Duchesne, 68 ans, professeure de français au cégep retraitée, Grand-Mère. « Mme Marois ne l’aura pas facile, malgré ses compétences. Pas seulement parce que son gouvernement est minoritaire: au PQ, les pires coups viennent souvent de l’intérieur! Les militants sont très critiques, il y a des factions… J’espère qu’elle saura mener sa barque tout en restant elle-même. Certaines femmes se durcissent lorsqu’elles accèdent à des postes de pouvoir. Elles endorment les qualités qui auraient pu leur permettre de gérer différemment. Elles veulent tellement prouver qu’elles sont capables… »

Elsie Lefebvre, 33 ans, conseillère municipale de Villeray, vice-présidente du Conseil de la ville de Montréal, Montréal. En 2004, alors qu’elle avait 25 ans, elle est devenue la plus jeune femme élue à l’Assemblée nationale (elle a été députée pour le PQ jusqu’en 2007).  « Le plafond de verre est enfin brisé! C’est inspirant et porteur d’espoir, notamment pour nous, jeunes politiciennes. Aussi, le fait qu’un parti progressiste et souverainiste soit porté au pouvoir me redonne confiance en l’avenir : on va renouer avec la solidarité et se réapproprier nos ressources naturelles. Mes attentes : que la paix sociale revienne. Et qu’on priorise les mesures de conciliation travail-famille. Comme mère deux enfants, ça me préoccupe beaucoup. »

Charlotte Loignon, 87 ans, fermière, Rigaud : « Je suis libérale jusqu’à la moelle, je ne veux rien savoir de la souveraineté, mais je me réjouis que Pauline Marois l’ait emporté. Par solidarité féminine. J’ai connu l’époque où on n’avait pas le droit de vote, nous, les femmes! Il fallait garder ses opinions politiques pour soi. Le parcours de Mme Marois est carrément héroïque. Je ne suis pas sûr qu’en tant que femme, elle gouvernera différemment d’un homme – quand on a une tête sur les épaules, les raisonnements se ressemblent, peu importe le sexe. Cela dit, elle a un sens remarquable de la coopération. Ça préservera peut-être son gouvernement, qui n’a pas une grosse marge de manœuvre… »

Caroline St-Jean, 47 ans, enseignante de français en cinquième secondaire, Joliette. « Bien que je sois plus à gauche que le PQ, j’ai voté stratégiquement pour Mme Marois parce que c’est le seul parti souverainiste qui avait des chances d’accéder au pouvoir. Et moi, je la veux, l’indépendance du Québec! Je suis aussi d’accord avec des éléments de leur plate-forme, comme le gel des droits de scolarité et les états généraux sur l’éducation. »

Isabelle Blais, 37 ans, chanteuse et actrice, Montréal. « Je suis déçue que tant de Québécois aient voté pour les libéraux. Je pensais qu’on avait eu notre leçon! J’espère que l’appui au PQ se renforcera, que ce n’est que la première marche de l’escalier. Quant à Pauline Marois, je souhaite qu’elle marque l’histoire pour la qualité de sa gouvernance, et non parce qu’elle a été la première femme à la tête de l’État. »

Julie Miville-Dechêne, 53 ans, présidente du Conseil du statut de la femme. «Certains diront que les femmes ont moins besoin de symboles de réussite en 2012; je ne suis pas d’accord. On a fait beaucoup de progrès en matière d’égalité des sexes, mais ce n’est pas encore la parité. Alors une première femme à la tête de l’État, c’est un signal fort envoyé aux petites filles qui verront que c’est possible d’atteindre les plus hauts niveaux de l’exécutif. Ça a vraiment un effet incitatif, selon des recherches. Maintenant, est-ce qu’une femme gouvernera différemment? On le constatera à l’usage. Pauline Marois dit souvent qu’elle se distingue par son approche consensuelle, qu’elle a moins d’égo qu’un homme. Reste à voir si la modestie a un effet sur l’exercice du pouvoir. Pour ma part, j’espère que son gouvernement se préoccupera du sort des femmes autochtones, de la prostitution, de la pauvreté chez les femmes âgées. »

Geneviève Lefebvre, 50 ans, auteur, productrice à Productions 8 1/2 – « T’aurais pu le faire Inc. », Montréal. «Pauline Marois se retrouve dans une situation terrible, d’une part parce que son gouvernement est minoritaire, mais aussi à cause de l’attentat. Je m’inquiète beaucoup de l’avenir. Partout autour de moi, à gauche comme à droite, je vois des gens qui cherchent plus à diriger qu’à réconcilier les différentes visions du Québec. Je les vois traquer les raisons qui justifient leur agressivité. Sommes-nous capables d’unité? J’espère qu’on sera capable d’emprunter ce que les Anglais appellent « the higher road », la voie la plus élevée. Ça nous changerait des comportements observés pendant la campagne électorale! »


Véronique Robert,
41 ans, avocate de la défense et blogueuse à Voir, Montréal. «Je suis abasourdie par l’attentat contre Pauline Marois, et par les discours haineux qui circulent notamment sur les médias sociaux à la suite de l’élection du PQ. Comme femme, comme francophone, comme indépendantiste, c’est difficile à supporter sans tomber soi-même dans la hargne. Avec un gouvernement minoritaire, la nouvelle chef d’État ne pourra pas faire bouger le Québec. On va évidemment lui mettre ça sur le dos. La traiter de boniche, de « matante ». Les attaques seront terribles. Mon espoir : que le climat s’apaise et que d’ici un an et demi, on retourne en élection, cette fois pour se donner un gouvernement plus solide. Autrement, ce sera ingérable. »

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec. « Je souhaite qu’il y ait de plus en plus de femmes au pouvoir parce qu’elles ont plus d’écoute et de sensibilité. Leur cœur est présent. Je pense entre autres à Françoise David, une femme de conviction et d’action, qui fait son entrée à l’Assemblée nationale. On s’en réjouit. Ça favorisera peut-être des relations plus inclusives avec les Premières Nations, entre autres dans le développement du Plan Nord. On doit être davantage consulté – après tout, on est là depuis des siècles, nous, les autochtones! On aimerait aussi que la protection de la Terre soit au cœur des préoccupations. Des terrains dans le Nord n’ont jamais été nettoyés après l’exploitation de mines, par exemple à Schefferville. Ça ne doit pas se reproduire. »

Nadine Bismuth, 37 ans, écrivaine et scénariste, Montréal. « Je m’attendais à des résultats qui tranchent, après ce qui s’est passé au printemps; or, on reste dans l’impasse avec un gouvernement minoritaire. Il y aura sans doute plus de jeux de coulisses et de stratégies politiques que de changements de fond, malheureusement. Pendant la campagne, j’ai aussi été marquée par les comportements dans les médias sociaux. Une vraie foire aux émotions! Ça s’exprimait à chaud, ça s’agitait, souvent au détriment de la pensée… J’ai du mal à croire qu’on puisse se construire une opinion en se fiant aux seuls médias sociaux; on y manque trop de recul.»

Alexa Conradi, 40 ans, présidente de la Fédération des femmes du Québec. « J’avais au départ le cœur à la fête, puisque l’élection de Mme Marois au poste de première ministre est une victoire pour les femmes. Mais l’attentat m’a assombri. Je suis aussi déçue que Mme Marois, dont les valeurs sont progressistes, doive composer avec une forte opposition à droite. J’ai peur que ça compromette les éléments de sa plateforme qui sont dans l’intérêt des femmes, comme la bonification du Régime des rentes du Québec et l’encadrement des pratiques des agences de placement en emploi. Mais elle pourra compter sur la mobilisation des femmes pour soutenir ses politiques sociales. À la FFQ, on reste aux aguets. »

Marie-Pier Deschênes, 20 ans, étudiante en anthropologie et sociologie à l’Université d’Ottawa, Gatineau. « Je suis épuisée d’être traitée comme une imbécile sans voix, je ne veux plus que l’élite dirigeante propose des solutions irréfléchies à nos problèmes. Alors j’espère que ce gouvernement écoutera vraiment la population et qu’on bâtira ensemble. Je rêve, entre autres, à des liens plus serrés avec les autres communautés francophones du monde, pour partager nos ressources et notre savoir.»

Marie-Hélène Thibault, 43 ans, actrice, Montréal. «Pour moi, la voix de Françoise David est importante dans le paysage politique, alors je suis contente qu’elle ait été élue, même si je regrette la division du vote souverainiste. J’espère que le PQ sera bon joueur et tendra la main à Québec solidaire. Pauline Marois a le défaut d’hésiter avant de prendre des décisions, mais c’est peut-être la nouvelle façon de gouverner : on ne peut plus être d’un bloc, il faut écouter les autres voix. Chose certaine, je me réjouis que Jean Charest n’ait pas été réélu : j’avais l’impression qu’il sacrifiait les femmes de son parti.»

France Giguère, 48 ans, réviseure-traductrice, Saint-Ferréol des Neiges. « Je suis très déçue que les Québécois aient élu autant de libéraux. Je pensais qu’on avait enfin compris qu’ils n’ont pas d’allure! Bref, on se retrouve avec une opposition forte de centre droit. Mme Marois aura bien du mal à faire passer ses idées (et encore moins un référendum!). S’en va-t-on vers une gouvernance plus axée sur la discussion avec les autres partis? Ce serait bien, mais si je me fie au passé, au Québec, on finit toujours par se chicaner… »

Nancy Vigneault, 51 ans, assistante technique en pharmacie et éducatrice dans un service de garde, Saint-Joachim-de-Courval. «C’est une bonne nouvelle pour les Québécois d’avoir deux chefs de parti de la trempe de Pauline Marois et de Françoise David. J’ai l’impression qu’une belle complicité va se tisser entre elles et qu’elles vont changer des choses. L’arrivée de Léo Bureau-Blouin aussi, ça va dépoussiérer l’Assemblée nationale! Moi, je sens le vent de fraîcheur, même si je suis consciente de la difficulté à gouverner en étant minoritaire.»

Léa Clermont-Dion, 21 ans, étudiante à Sciences Po, Paris. « Je ressens une grande joie! On se rappellera de ce 4 septembre comme un jour d’avancement pour nous toutes, Québécoises. Pauline Marois a été élue première ministre pour ses compétences. C’est une pionnière. L’élection de Françoise David est aussi une excellente nouvelle : cette militante féministe amènera une voix singulière aux débats politiques. Ses revendications et ses propositions favoriseront les femmes de toutes les origines et de tous les milieux. »

Anne-France Goldwater, 52 ans, avocate familialiste et partenaire du cabinet juridique Goldwater, Dubé, Montréal. «Ce que le peuple a exprimé mardi, c’est qu’aucun parti ne lui inspirait assez confiance pour lui accorder un mandat clair. La victoire de Pauline Marois est en même temps une défaite, car les deux tiers de la population ne l’ont pas appuyée. Dieu merci, avec un gouvernement minoritaire, elle sera incapable de faire passer les éléments xénophobes de sa plateforme – je pense au renforcement de la loi 101 et à ses politiques identitaires. Quant à l’annulation de la hausse des droits de scolarité, ce serait absurde et irresponsable. Je suis déçue aussi qu’elle ne propose rien pour améliorer notre économie, notre productivité. Pour moi, cette première femme au pouvoir ne changera rien : en tout respect, elle n’est pas à la hauteur des Golda Meir, Margaret Thatcher et Indira Gandhi.»

Marilou Miron, 32 ans, technicienne en pose d’ongles, Blainville. « Ça va faire du bien, une femme! Ça va faire changement sur le plan de la gestion, parce qu’on ne pense pas de la même façon que les hommes, fondamentalement.  Je ne sais pas comment ça va s’articuler exactement, j’ai hâte de voir. »

Carole Tremblay, 69 ans, auteure de romans jeunesse, Vaudreuil. « Je ne suis pas sûr que ça change quelque chose, une femme à la tête d’un État. C’est une personne, point à la ligne. Une personne qui fera de bons et de mauvais coups. Je pense qu’on commence à s’habituer: au Canada, quatre provinces et un territoire sont maintenant menés par des femmes. Reste que je suis totalement contre la discrimination positive pour augmenter la représentation des femmes, y compris au Conseil des ministres. Il faut y aller au mérite. Autrement, il plane toujours un doute quant à la compétence de la personne en poste – est-elle là parce qu’elle est la meilleure, ou parce que c’est une femme? Ce n’est pas un cadeau à lui faire. »

Régine Laurent, 54 ans, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Montréal. « Pendant la campagne électorale, la FIQ a rencontré le Dr Réjean Hébert, candidat péquiste dans Saint-François, ainsi que sa chef, Pauline Marois, pour discuter des problèmes et des solutions qu’on propose pour améliorer le réseau de la santé. On s’est entendu sur le fait qu’il faut injecter plus d’argent en prévention. Alors à ce titre, l’élection du PQ est pour nous une bonne nouvelle… En autant que son statut minoritaire ne l’empêche pas de mettre en place ses orientations.»

France Houle, 44 ans, enseignante au secondaire, Sherbrooke. « D’habitude, je ne vote pas pour le PQ, mais là je trouvais que Pauline Marois était la politicienne la plus compétente du lot. Ça me rassure qu’elle soit là, elle va humaniser l’appareil d’État par son écoute, sa sensibilité aux autres, sa capacité de faire des concessions. En tant qu’enseignante, j’espère que ce gouvernement nous laissera une plus grande marge de manœuvre au quotidien. Sous le règne des libéraux de Jean Charest, l’enseignement s’est beaucoup bureaucratisé. Il faut toujours rendre des comptes. Ça alourdit notre tâche quotidienne. On est fatigué de ça! »

Annick Rosay, 34 ans, psychologue, Montréal. « Je suis frustrée des résultats. J’ai voté pour le PQ, mais je considère que j’ai perdu mes élections à cause de son statut minoritaire. C’est comme s’il n’y avait pas eu de gagnant à la finale de la coupe Stanley. La dynamique de coopération, d’écoute, de coalition entre les partis à l’Assemblée nationale, je doute fort qu’elle s’installe. C’est un défi qui demande beaucoup de maturité. Pas sûr que notre classe politique soit rendue là! Par contre, je suis contente de l’élection de Françoise David: elle apportera peut-être un ton plus lumineux au Salon bleu. »

Diane Vigneault, 29 ans, conseillère publicitaire au journal hebdomadaire Le Nord-Côtier, Sept-Îles. « Bien contente que le PQ soit rentré, mais ça me dérange que les libéraux aient gagné autant de sièges! J’étais tellement tannée du gouvernement de Jean Charest! Je souhaite que celui de Pauline Marois penche à gauche et qu’il soit près de la population. Moi j’ai deux enfants, je fais partie de la classe moyenne, et c’est difficile sur la Côte-Nord : le coût de la vie est extrêmement élevé. Les maisons en bas de 400 000$ sont rares. J’aimerais qu’on allège un peu notre fardeau. Je suis contente que Pauline Marois soit là, elle va nous materner un peu, ça ne nous fera pas de tort! »

Karima Brikh, animatrice, conceptrice et productrice d’émissions au Canal Vox, Montréal. «Les sondeurs avaient prévu la débâcle des libéraux, c’est l’inverse qui s’est produit. On a sous-estimé le désir de stabilité de la population. Les Québécois n’étaient pas prêts à se faire bousculer à la dernière minute : les coupures de poste et les changements de structure annoncés par la CAQ étaient peut-être trop drastiques pour certains, alors que le message identitaire et le renforcement de la loi 101 du PQ ont peut-être fait peur à d’autres. Bref, il n’y a pas eu de grande victoire collective – seulement des victoires individuelles, comme celle de Françoise David et de Léo Bureau-Blouin. D’autres élections seront sans doute déclenchées d’ici 18 mois. Souhaitons que les citoyens profitent de cette période pour réfléchir à ce qu’ils veulent vraiment pour le Québec. »

Joan Mansfield, 83 ans, administratrice et éditrice à la retraite, Rigaud. «Je suis contente que Pauline Marois soit au pouvoir, même si je suis contre la souveraineté et que je m’oppose à certains éléments de son programme. Par exemple, je ne vois pas l’utilité de renforcer la loi 101. Et je pense que la hausse des droits de scolarité devrait être maintenue – nos étudiants sont pas mal gâtés! Mais c’est bien qu’une femme se hisse au sommet. J’espère qu’elle sera soutenue par d’autres femmes de son caucus afin de donner plus de poids au point de vue « féminin » sur les politiques. Je souhaite qu’elle règle les problèmes d’administration qui ont mené au scandale de la construction, par exemple. »