Entrevues

Anne Dorval, comédienne

Anne Dorval est une grande actrice. Je ne lui lance pas de fleurs. Je l’admire. On pensera de ce texte qu’il est flagorneur, complaisant, mais j’admire Anne Dorval, point. Être dans sa peau est affaire de cohabitation, cela ne fait aucun doute. Je ne parle pas de trouble de la personnalité. C’est une comédienne, oui, entre autres, mais la tragédienne, l’humoriste, l’actrice et la maman se partagent cet épiderme soyeux en toute homogénéité. Épiderme qui fleure bon, d’ailleurs. Au fait, quand je dis actrice, c’est un euphémisme ou un lapsus, parce qu’Anne Dorval n’est pas qu’une actrice, non. C’est une artiste. Ensemble, nous buvons du vin blanc qu’elle sert dans de petits verres grecs. Et pendant que le pinot gris descend, je la regarde avec les yeux d’un ami, d’un collègue, d’un jeune frère émerveillé.

Anne a cet instinct qui relève du sixième sens et qui fait d’elle un devin, un médium. Elle canalise toutes sortes de personnages pourtant loin d’elle, et elle ne se contente pas de jouer, elle crée. Je l’aime. Combien de fois devrai-je le répéter ?

Je l’aime parce que c’est une femme-enfant, une enfant-femme, une excessive, une véhémente, une passionnée – elle rampe sur le prélart en écoutant The Blue Nile –, une professionnelle du punch, une cinéphile impitoyable, un gourou du détail – mais le détail fait la perfection –, une férue de peinture – Matisse, Chagall, son cœur se dilate –, c’est une romantique éperdue, perdue, retrouvée, une amoureuse de fringues, un cordon-bleu, par-dessus le marché une fumeuse timorée, une poétesse hypocondriaque, c’est une mère, c’est une amie, c’est une âme sœur, c’est Anne Dorval.