Entrevues

Ce que Louise Beaudoin a appris

Après plus de 40 ans de vie politique active, elle quitte la scène. Et tire un premier bilan.

Véronique Bergeron

Nous sommes des Américains. Comme ministre des Relations internationales, j’ai compris que nous ne sommes pas que des Nord-­Américains. Nous appartenons aux Amériques. On agrandit la famille. Cette dimension est extraordinaire pour le Québec. C’est là qu’est l’avenir. Ça nous sort du huis clos entre l’Empire états-unien d’un côté et le Canada anglais de l’autre.

Pas besoin d’avoir les mêmes opinions que ses amies. Liza Frulla et moi sommes très proches malgré nos divergences politiques. J’ai d’autres amis dont j’ignore totalement l’allégeance politique. Et j’ai une grande amie psychologue qui psychologise tout, qui essaie toujours de décoder les comportements des gens. Ça me fascine parce que c’est très loin de moi. Je suis toujours très premier degré!

On est un meilleur politicien quand on a fait autre chose dans la vie. Je me suis présentée sept fois aux élections. J’ai gagné trois fois, j’ai été battue quatre fois. Et je suis très contente, non pas d’avoir perdu, mais d’avoir fait des allers-retours en politique. À chaque défaite, il y avait l’angoisse de me trouver du travail. J’ai enseigné à l’université, j’ai travaillé pour Téléfilm Canada et pour Canadair, j’ai été déléguée générale du Québec à Paris. Tout ça a fait de moi, il me semble et je l’es­père, une meilleure politicienne.

La partisanerie rend aveugle. Les politiciens croient vraiment que leurs adversaires sont méchants. S’ils ne le croyaient pas, la période des questions n’aurait pas la même allure ! Quand je suis revenue à la politique en 2008, cette partisanerie n’était plus dans mon ADN. Enseigner à l’université m’avait permis de prendre mes distances. Et je crois que c’est plus sain ainsi.

Les femmes ne veulent pas être des guerrières. Louise Harel m’a dit un jour qu’un politicien doit être un guerrier. Mais les femmes, souvent, n’aiment pas cette guerre-là. Elles préfèrent arriver à des compromis, faire avancer les choses par des consensus et de la concertation. Les garderies à sept dollars, l’équité salariale, le congé parental ont vu le jour parce que les députées de tous les partis se sont alliées pour les faire adopter.

Charlevoix, c’est l’apaisement. Parfois, à la mi-juillet, il fait à peine 12 degrés, mais on peut regarder les bateaux passer tout l’après-midi et écouter la corne de brume.

Aujourd’hui, on doit parler avant de réfléchir. Et ça tue la politique. Réécoutez des entrevues de René Lévesque, décédé en 1987. On lui donnait le temps de développer sa pensée et de l’exprimer. Il faisait non seulement des phrases complètes, mais des phrases complexes. Aujourd’hui, avec l’évolution des médias et des réseaux sociaux, même lui n’y arriverait pas.

Certaines amitiés sont difficiles à vivre, mais on y tient quand même. Pourquoi ? Parce que, au-delà de toutes les différences, il y a l’attachement. Et aussi, peut-être, des gens avec lesquels on aime se chicaner…

Le golf permet de décrocher… mais de façon concentrée! On ne joue pas au golf pour jaser. C’est un sport de technique et de concentration. On joue beaucoup, on joue sérieusement.

L’histoire est le meilleur des professeurs. Ces dernières années, je me suis passionnée pour C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte. J’ai aussi lu C’était François Mitterrand, de Jacques Attali. Lire une biographie permet de connaître de grands hommes et de grandes femmes. Qui ils étaient et comment ils ont réussi à faire ce qu’ils ont fait.

Tout le monde est vulnérable. Les personnages publics refusent de s’ouvrir parce qu’ils ont peur de fendre leur armure. Et l’adversaire n’attend que ça. Certains disent ne pas aimer Pauline Marois parce qu’elle ne veut pas se montrer totalement comme elle est au fond de son coeur. Mais elle ne peut pas. Parce qu’on le lui arracherait, le coeur.