Entrevues

Émilie Heymans

Trois médailles en autant de Jeux olympiques (Sydney, Athènes et Pékin), c’est un exploit exceptionnel, que la jeune plongeuse a réussi!

Monic Richard

Dans sa mire aujourd’hui, les Jeux de Londres, où elle montera sur le tremplin pour la dernière fois. Son objectif: donner le meilleur d’elle-même, tout simplement. Après quoi, elle tournera la page et ira vivre son autre grande passion, la mode. Elle nous ouvre son coffre à outils pour rester cons­tante, confiante et contente.

LE MEILLEUR OUTIL…
Pour contrôler ton stress pendant une compétition
Des exercices de respiration – six en une minute –, qui m’aident à remettre mes esprits en place et que j’ai travaillés avec une psychologue. Je me suis aussi rendu compte que je ne pouvais pas rester concentrée très longtemps; cinq ou six minutes avant chaque plongeon, c’est suffisant pour me réchauffer et me recentrer. Comme l’attente peut durer jusqu’à 50 minutes, dans l’intervalle, j’essaie plutôt de me détacher. J’écoute un film sur mon iPod pour me sortir de la compétition. Je préfère me concentrer sur mes propres plongeons, sans me soucier des résultats des autres, parce que, de toute façon, je n’ai aucun contrôle sur ce qu’elles font.

Pour gérer les mauvaises journées

Je me dis que je suis meilleure que ça, que je suis capable de faire mieux. Après une compétition qui s’est moins bien déroulée, j’ai hâte de recommencer à m’entraîner parce que je suis « un peu enragée ». Si je connais de moins bonnes journées à l’entraînement, ça me démoralise, mais j’essaie de ne pas trop m’y attarder. L’important est de toujours faire du mieux que je peux, même si ce n’est pas parfait, tant que j’ai donné mon maximum et que j’ai l’impression de m’améliorer.

Pour supporter l’imprévu
J’aime la routine! Il y a quelques années, j’avais même de la difficulté à en sortir. Si mon entraînement était retardé ou que je n’avais pas les heures de piscine prévues, ça m’énervait vraiment beaucoup. Même chose en compétition: si quelque chose arrivait à la dernière minute, ça me déstabilisait. J’ai donc dû apprendre à m’adapter à n’importe quelle situation. J’ai compris que ça ne sert à rien de dépenser de l’énergie pour des choses sur lesquelles je n’ai pas de contrôle. La seule qui compte: être prête, une fois arrivée sur le tremplin, quand il est temps de plonger.

Pour combattre les superstitions
Plus jeune, j’en avais beaucoup. Comme certains joueurs de hockey qui chaussent leur patin gauche en premier, les matins de compétition, il fallait que je mette une de mes chaussettes avant l’autre. Si j’étais trois mois sans compétition, je ne me souvenais même plus quel pied venait en premier ! Alors, j’ai essayé d’éliminer ce genre de rituels. J’ai travaillé avec une psychologue et un « préparateur physique » pour trouver des façons de me concentrer sur la bonne chose au bon moment. Je me suis aussi dit qu’enfiler mon bas gauche d’abord n’allait certainement pas m’aider à faire un meilleur plongeon.

Pour résister aux tentations
Je suis une gourmande. Si je suis en compétition, en Russie par exemple, je ne vais pas me mettre à changer de l’argent juste pour acheter un paquet de bonbons. Donc, en n’ayant pas de sous, je m’assure de ne pas manger n’importe quoi!

Pour être disciplinée
Mon entraîneure. Elle se déplace chaque jour pour moi. Comme je la respecte, je mets toujours beaucoup d’efforts. C’est donc un bel échange. Je serais incapable de m’entraîner seule. Je ne ferais que la moitié de mon programme! J’ai besoin de quelqu’un à mes côtés pour me motiver.

Pour tourner la page sur ta carrière de plongeuse
Ma prochaine carrière: la mode. Je veux continuer de travailler à ma ligne de maillots de bain, mon projet de fin d’études à l’École supérieure de mode de Montréal. Je n’aime pas les maillots qu’on trouve sur le marché en Amérique du Nord. J’ai eu envie de créer des modèles différents au style féminin et dont les coupes avantagent la silhouette. J’ai 30 ans, et ça fait 20 ans que je m’entraîne ! Je pense que je commence à être prête pour la retraite. Qui sait? Peut-être qu’un jour, c’est moi qui commanditerai l’équipe nationale de plongeon.