Entrevues

Guy A. Lepage

Depuis cinq ans à la barre de Tout le monde en parle, Guy A. est reconnu pour ses entrevues assassines. À notre tour de lui infliger non pas une, mais 10 questions qui tuent !

Vous étiez plutôt baveux les premières années de Tout le monde en parle (TLMEP). Vous l’êtes moins. Pourquoi ?
Je pense qu’il s’agit d’une mauvaise perception. Nos questions sont bien plus incisives aujourd’hui qu’à nos débuts. Je suis aussi beaucoup plus à l’aise comme animateur. Selon moi, le public s’est adapté au style de l’émission. Les invités aussi. Maintenant, ils se « préparent » avant de passer à TLMEP ; ils ont des conseillers qui les font pratiquer ! Moi, je pense avoir gardé intacte ma capacité d’indignation.

Vous êtes un mordu de poker. Avez-vous une poker face dans la réalité ?
Pas du tout ! Je suis très expressif et je cache rarement mes émotions. Si quelqu’un a le malheur de me demander : « Mon Dieu, t’as l’air de t’emmerder. Trouves-tu ça plate d’être avec nous ? », il va se faire répondre : « Oui. » Malgré tout, à TLMEP, j’essaie d’être plus neutre dans mes réactions.

Vous dites être très impressionné par ceux qui consacrent leur vie aux autres. Mais, Guy A., qu’est-ce qui vous empêche de faire comme eux ?
Dans la vie, je suis un donateur généreux. J’essaie de faire ma part en organisant un spectacle (Charité bien ordonnée… commence par nous tous) pour les enfants dans le besoin. Je gâte mes proches. En ce qui me concerne, je n’hésiterai pas à m’acheter le meilleur ordinateur parce que j’aime ça et que je l’utiliserai beaucoup. Mais jamais je ne me paierai une auto sport hors de prix, même si j’en ai les moyens, car elle ne serait pas méritée : je suis un piètre conducteur, et les voitures ne m’intéressent pas. Pour revenir à la question, il serait facile de répondre que je ne consacre pas ma vie aux autres parce que je suis très occupé. Mais je dois avouer que la vraie raison est moins glorieuse : je n’ai pas tellement l’esprit de sacrifice.

Vous avez déjà affirmé en entrevue que les mots pouvaient être plus violents qu’un coup de poing sur la gueule. Avez-vous parfois l’impression d’envoyer vos invités au tapis ?
Je peux aisément y parvenir par mes paroles. C’est pourquoi je choisis mes victimes avec soin. Mes cibles de choix ? Ceux qui s’acharnent sur les faibles. Un régal !

Votre nouvelle compagne est de 20 ans votre cadette. Avez-vous été victime du démon de midi ?
Ma conjointe a 17 ans de moins que moi. Ce qui en fait une adulte de 31 ans. Je n’ai pas du tout l’impression de jouer à Pygmalion avec elle. Ce serait très mal la connaître de penser que je peux faire ça… Par définition, le démon de midi frappe les hommes de 50 ans. Il me reste encore deux ans avant que ça m’arrive.

Vous avez depuis peu un petit caniche brun qui, dites-vous, vous fait le plus grand bien. Vous aime-t-il de façon inconditionnelle parce qu’il ne perçoit pas votre côté « chien » ?
Mon chien est un caniche de neuf livres prénommé Attaque. C’est mon compagnon, il me suit partout dans la maison et il a calmé plusieurs de mes démons intérieurs. Il vous avouerait sûrement que je suis le plus affectueux des chiens.

Dany Turcotte a fait son coming out en avouant à TLMEP qu’il était gai. Que cachez-vous dans votre placard ?
Mes vestons de TLMEP de l’an passé.

Le A de Guy A. est l’initiale d’Antonio – même si vous n’avez aucune goutte de sang italien. Guy Lepage, ça faisait trop ordinaire ?
C’est l’Union des artistes (UDA) qui m’a obligé à prendre une initiale, car il y avait déjà un Guy Lepage parmi ses membres. Ainsi, André-Philippe Gagnon a dû ajouter Philippe parce qu’il y avait le pianiste André Gagnon avant lui. C’est aussi plate que ça. Vive l’UDA !

Quand on est au faîte de sa carrière comme vous l’êtes, on finit invariablement par redescendre. Êtes-vous prêt à cette éventualité ?
Il y a plusieurs années que je me suis fait à l’idée. Comment j’occuperais mes journées si jamais un jour le public ne voulait plus de moi ? J’hésite entre palefrenier à Disraeli et planteur de coca en Colombie.

Vous avez du succès dans vos affaires, du succès dans vos amours. Vous avez réussi et en êtes fier. Au moins, êtes-vous heureux ?
Heureux, je l’ai été souvent. Satisfait et posé, capable d’apprécier sereinement mon bonheur, c’est plus récent.  

Bio express
Petit, Guy A. Lepage est « studieux, méthodique, appliqué et curieux ». L’enfant qui veut tout apprendre est aussi « impatient et insubordonné », et il rejette l’autorité de son père et de ses professeurs. Plus tard, il sera également en conflit avec ses patrons. « Pour moi, le respect qui vient avec l’autorité doit se gagner. Dès que le patron se trompe, je ne l’écoute plus et j’en fais à ma tête. »

Heureusement, Guy A. deviendra vite son propre boss. Au cours de son bac en communication à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), il crée avec des amis la formation d’humoristes Rock et Belles Oreilles (RBO). Deux ans plus tard, en 1985, le groupe reçoit un Félix dans la catégorie Révélation de l’année. RBO dominera la scène toute la décennie suivante.

Il animera ensuite en solo le talk-show Besoin d’amour (TQS), puis sera concepteur, scripteur et réalisateur de la série Un gars, une fille (Radio-Canada), qui connaîtra le succès international que l’on sait. En 2004, il coréalise le film Camping sauvage. En septembre de la même année, il prend la barre de l’émission Tout le monde en parle (à la société d’État), à laquelle il consacre 10 heures par jour, cinq jours sur sept, « en plus des lectures, films, imprévus, lancements »

Dans son temps libre, Guy A. joue au poker et rêve à ses prochains films et séries télé. Que se voit-il faire dans 10 ans ? « Répondre à des questions de Châtelaine pour la rubrique “Que sont-ils devenus ?” ». On le prend au mot !