Entrevues

Histoires d’amies

Parfois, on ne sait pas pourquoi, mais ça clique. Des lectrices nous racontent leurs coups de foudre d’amitié.

Deux c’est bien, huit c’est mieux!
« Les Z’imps », raccourci pour « improbables » : c’est le nom que s’est donné cette bibitte à huit têtes qui fait des folies sur fond de musique pop dans le studio de la photographe. Huit filles au caractère trempé qui se sont entichées les unes des autres dans un cours de cardio-poussette à Longueuil, il y a quatre ans. « On était les plus compétitives et on se poussait dans le derrière! » Elles forment désormais un tout – « Quand l’une s’absente, c’est pas pareil. » Un tout qui s’échange des courriels jusque tard dans la nuit, dévalise les boutiques – oui, ça peut entrer, huit dans une cabine d’essayage – et partage des soupers trop arrosés. Les Z’imps sont même allées à New York en mai. Un exploit logistique quand on sait qu’elles cumulent 23 enfants et font carrière en affaires, en médecine, en droit. Qu’à cela ne tienne, leurs rendez-vous sont sacrés : enfin, elles redeviennent « femmes », au-delà de leurs rôles de mère et de blonde. Au menu des conversations : chiffons, jobs, massacres en Syrie, tracas quotidiens. Leurs yeux s’embuent quand elles parlent de leurs talents mutuels. « Mais on se déteste toutes pour les jambes de l’une et les fesses de l’autre! » Elles s’échangent les rôles de chef et d’Indiennes selon les circonstances, se disent leurs quatre vérités sans drame, se remontent le moral. Leur souhait le plus cher : que ça dure encore quand elles auront troqué les talons vertigineux contre la chaise berçante.

Texte par Marie-Hélène Proulx

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Yasmina et moi
Un vendredi soir de janvier, j’ai dit au revoir à Yasmina le cœur lourd, étouffant un sanglot pour ne pas inquiéter mes garçons. Si ce n’avait été mon déménagement au loin, nous aurions continué à nous voir tous les matins pendant quelques années. Et si j’essuyais mes larmes, c’est que cette femme était beaucoup plus que l’éducatrice de mon bébé. Elle était devenue une amie. Yasmina m’a tendu une carte. J’y ai lu la confirmation de cette amitié toute neuve, un peu fragile, faite de petits mots du matin et de sourires complices : « Je t’ai aimée dès le premier jour de ta visite dans ma garderie… » Moi aussi, Yasmina, moi aussi. J’ai aimé ta douceur, ton rire. Puis, j’ai aimé ta vie, tes enfants magnifiques qui couvraient mon fils de câlins. J’ai aimé entendre dans la bouche de Louis son premier mot d’arabe : habibi (mon chéri). Comme il avait dû l’entendre, ce mot d’amour, pour l’apprendre avant même de bien dire camion! J’ai été émue de voir pour la première fois ta chevelure flamboyante réservée aux intimes. Le geste, pour toi anodin, de retirer ton voile devant une autre femme m’a fait l’effet d’entrer dans ta bulle, si secrète pour tous les étrangers qui croisent ta route. Tu m’as avoué que j’étais ta «première amie québécoise ». Ton ramadan, ton hidjab, qu’est-ce que je m’en fous! Comme tu ne t’offusques pas de mes camisoles ou de mes jambes dévoilées. Il nous suffit de parler bébés, amour ou travail pour que ces différences s’effacent. Et laissent la place à deux copines qui se sont trouvées.

Texte par Sarah Poulin-Chartrand

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L’amitié n’a pas d’âge

Louise : Ça a commencé parce que je suis tombée amoureuse de son mari, Samuel Archibald, et de son livre Arvida, qui parlait de ma ville natale et de mon enfance avec tant de talent! J’ai écrit à Samuel sur Facebook, c’est là que j’ai vu les billets de Madame Chose. Je me demandais qui elle était, jusqu’à ce que je découvre que c’était sa femme. Logique. Elle parle de l’univers de mon enfance et de tout ce que j’aime.

Geneviève : J’ai reçu un courriel de Louise. Elle m’invitait à prendre le thé. Malheureusement, j’étais occupée. Le lendemain, Louise parlait de Madame Chose à Nathalie Collard dans La Presse. J’étais hystérique, tellement que j’en pleurais. C’était clair, il fallait que j’aille prendre le thé avec Louise.

Louise : Dès notre première rencontre, la conversation a commencé et ne s’est jamais arrêtée. On a mille choses à se dire, comme si on venait de la même famille. On est très semblables au fond.

Geneviève : J’étais un peu impressionnée de me pointer chez Louise Latraverse, même si je n’étais pas totalement consciente de tout ce qu’elle représentait. Parler de la rue Racine avec elle a fait tomber mes barrières. Elle est la version de ce que j’aimerais être à son âge. Sauf que Louise est pas mal plus rebelle que moi. Quand je lui raconte que j’ai fait telle affaire et que ça n’a pas de bon sens, elle me répond?: «C’est pas grave, envoye, vas-y, fonce!» Et quand je fais des gaffes, elle me dit?: «Y’a rien là, j’ai tout fait ça, ces gaffes-là, moi aussi.» Il y a quelque chose d’à la fois rassurant et excitant dans une amitié comme la nôtre.

Texte par Geneviève Pettersen