Entrevues

Julie, les Janette et les bébés-éprouvette

Julie Snyder fait le point sur la fécondation in vitro et défend Janette Bertrand.

Photo par Jean-Claude Lussier.

Photo par Jean-Claude Lussier.

Sur le sujet de la fécondation in vitro (FIV), Julie est intarissable, intense et très bien informée. Après une boutade qui la fait rire encore (« Je dis toujours que Romy ne s’est pas faite à deux, qu’on était une gang, une partouze médicale, payée par Pierre-Karl et moi, je tiens à le préciser »), la démone redevient vite sérieuse. Elle a milité sans relâche pour que la RAMQ rembourse les frais de FIV pour tous les couples infertiles, déposant en 2008 un mémoire solide pour défendre sa cause en pleine Assemblée nationale. Adopté à l’été 2010, le programme (contesté par certains, dont l’actuel ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette) est actuellement à l’étude.

« Je ne sais pas ce qui va se passer, je crois qu’on va limiter l’âge. J’espère que, si c’est le cas, on permettra quand même aux femmes qui auront passé l’âge limite de payer pour leurs traitements, sinon celles qui ont un peu d’argent seront forcées d’aller aux États-Unis dans les cliniques spécialisées pour femmes de plus de 42 ans, ce qui est absurde. Il faut que cet argent reste ici, pour aider à la recherche. (…) Avoir un enfant n’est pas un droit absolu et universel mais, au Québec, tout ce qui empêche la vie est gratuit. La vasectomie, par exemple. Et si un homme vasectomisé veut redevenir fertile, pas de problème et il ne paie pas un sou : pourtant, la vasovasostomie est une opération qui coûte cher et qui nécessite un urologue, un anesthésiste, une infirmière. Je suis pour l’avortement libre et gratuit, mais une femme peut se faire avorter 10 fois, 12 fois, sans débourser quoi que ce soit. Oui, je suis d’accord qu’il y ait des balises [dans le programme de remboursement de frais de FIV], mais pourquoi n’en impose-t-on pas ailleurs ? Les couples infertiles ont le dos large : on dirait que n’importe quel problème dans le système de santé provient des coûts occasionnés par le programme. Ça me choque, sauf que, maintenant, Pierre-Karl est député et que j’ai un devoir de réserve. Alors je vais me taire. »

Mais avant, elle a ajouté ceci :

« Toutes les semaines, quelqu’un m’approche pour me prendre en photo avec un bébé. Une fois que je l’ai dans les bras, la femme me dit : “C’est un bébé conçu par fécondation in vitro.” C’est immanquable, ça me remet en mode super hormonal et je me mets à pleurer. Je reçois des lettres, des courriels, on me dit : “Moi, je n’aurais pas eu les moyens, mais là, grâce au programme, on a un bébé.” »

Image tirée de la page facebook des Janette.

Image tirée de la page facebook des Janette.

Les Janette

L’épisode des « Janette », par contre, n’est pas un sujet que Julie aborde facilement. Mais s’il surgit dans la conversation, elle ne se défile pas. Rappelons que l’automne dernier Janette Bertrand a publié dans Le Devoir un « Manifeste des Janette – Aux femmes du Québec », où elle donnait son accord sans réserve à la Charte des valeurs québécoises, texte appuyé par plusieurs femmes connues, dont Julie « Janette » Snyder, et qui seront ensuite connues comme les « Janette ». Puis, au printemps dernier, dans le dernier tiers de la campagne électorale provinciale, Janette a effectué une sortie publique très médiatisée en présence de Pauline Marois. Ses propos, notamment autour de la piscine de son immeuble et de possibles restrictions d’accès pour les femmes, ont été jugés incohérents et alarmistes par plusieurs, voire xénophobes par certains. « Janette : Pire qu’une ennemie de la Charte », écrira Sophie Durocher dans son blogue au Journal de Montréal.

« Quand j’ai pris fait et cause pour la fécondation in vitro, a dit Julie Snyder, j’étais bien consciente que ce n’était pas consensuel. Même chose en ce qui concerne les Janette. Mais, en même temps, je me dis qu’il faut vivre selon ses convictions, c’est plus fort que moi. J’ai trouvé que [l’histoire de Janette et de sa piscine] c’était une tempête dans un verre d’eau. Il y a d’ailleurs déjà à Montréal des piscines où hommes et femmes ont accès à des heures différentes. J’ai été blessée pour elle (par ce qui a été dit), épouvantablement choquée aussi. Quand Paul Arcand m’a posé des questions sur Janette – je ne m’y attendais pas du tout, et je n’étais pas préparée – je suis fière d’avoir répondu ceci à ses détracteurs : “Quand vous aurez fait le millionième de ce que cette femme a fait pour le Québec, vous pourrez la critiquer. Moi, je ne critiquerai jamais ce qu’elle a dit, je vais toujours respecter ce qu’elle a dit. Je serai une Janette toute ma vie. »

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