Entrevues

Julie Perreault : des rêves, une fille

Elle souhaitait devenir comédienne. C’est maintenant chose faite. Mais qui a dit qu’on ne peut avoir qu’un seul rêve?


 

Julie Perreault est un feu de Bengale. Elle parle, parle, parle, avec les yeux, les mains, le cœur… Quel contraste avec l’insondable proprio de bar de Minuit, le soir, la policière amère et cocue des 3 P’tits cochons et la pharmacienne introvertie des Sœurs Elliot. Ses rôles sont aussi loin de sa vraie nature que le Groenland du Sahara! « C’est mon drame, plaisante-t-elle. Je vais finir par devenir l’experte en rôles de femme froide! Un jour, j’aimerais bien jouer un personnage exubérant à la Sophie Paquin. » En attendant, Julie prend plaisir à incarner les dures à cuire dans la toute nouvelle série policière 19-2, diffusée depuis début février à Radio-Canada.

Le matin de notre rencontre, radieuse, elle arborait un teint de lis. Même si elle cumulait depuis quelques semaines le tournage de 19-2 (parfois la nuit) et les répétitions d’In extremis, version française de la pièce Extremities, jouée à New York dans les années 1980 et présentée ces jours-ci au Théâtre du Rideau Vert.

Un double retour pour Julie, un sur les planches, un autre à la télé, après deux années loin des projecteurs. C’est que la brunette de 34 ans a fait une pause bébé pour offrir, avec son amoureux le comédien Sébastien Delorme (La promesse), une petite sœur à leur fils Thomas.

La famille, ça faisait partie de ses plans. C’était même un rêve qui lui tenait encore plus à cœur que celui de devenir comédienne. D’ailleurs, dans son « échelle de rêves », Julie se définit d’abord et avant tout comme une maman. « Avoir des enfants, ça te transforme. J’ai eu les miens à sept ans d’intervalle (Thomas a aujourd’hui neuf ans et Élisabeth, deux ans). Ils m’ont permis de me redéfinir, de donner le meilleur de moi-même. »

Quand Élisabeth se pointe, la comédienne est à bord d’un train qui roule à toute vapeur… Un train grisant qui est allé « vite, vite, vite », surtout depuis Minuit, le soir.

Elle a alors choisi de « descendre et de rester sur le quai à faire des tatas » à ses camarades de jeu, comme elle dit en mimant le geste de la main. Et d’être plus que jamais présente à son studio de photo Espace Urbain, boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Car Julie Perreault est aussi photographe – troisième place dans son « échelle ».



 

Julie Perreault : la séance photo

Dans un studio de photo, Julie Perreault est comme un poisson dans l’eau. Pas surprenant : l’actrice mène parallèlement une carrière de photographe… sans compter qu’elle adore la mode et le maquillage!

 

Une envie née il y a neuf ans pendant le tournage de 3 x rien. Elle est alors fascinée par l’image contrastée, un peu verdâtre, créée par le directeur photo Jérôme Sabourin. « Quand on joue, on a l’impression que tout tourne autour de soi. On oublie le côté esthétique, l’aspect graphique, la lumière… » Elle prend plaisir à se placer derrière le moniteur pour assister à l’éclosion de ce « petit miracle » réalisé par Daniel Grou, alias Podz. Tout ce processus créatif commence drôlement à l’intéresser.

Son chum lui offre alors un appareil photo. C’est le déclic. Elle mitraille tout ce qui bouge : lui, son fils, ses deux sœurs… De fil en aiguille, elle tire le portrait d’acteurs – l’amie Karine Vanasse sera son premier cobaye.

L’aventure culmine quatre ans plus tard avec l’ouverture d’un studio – avec tout ce que cela comporte d’engagements : une structure commerciale, une dizaine d’employés… – qu’elle dirige en tandem avec une copine.

La photographe en herbe va apprendre sur le tas, et vite. Côté style, elle s’inspire des magazines américains et européens – Vogue, Paris Match, Madame Figaro… Côté technique, elle consulte des livres, écume les sites Internet, progresse sur le terrain. « J’analysais la lumière, les angles. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin. »

Dans cet environnement, elle se sent moins vulnérable, et ça lui plaît. Car s’il y a un domaine où elle se permet de faire des erreurs, c’est bien celui-là! « Peut-être parce qu’en photo je me fous de me tromper, je n’ai pas d’ego, contrairement à l’actrice en moi qui en a tout un. »

Trois ans durant, à Espace Urbain, elle dirige plusieurs shootings par mois – des portraits d’acteurs, mais aussi des photos de scène, une campagne promotionnelle… Apprendre, pas de problème. Concilier travail-bébé, pas reposant. Fin décembre 2009, peu avant le premier anniversaire de sa fille, Julie prend donc une résolution : s’offrir un congé de maternité… en différé! « C’était trop pour moi, reconnaît-elle aujourd’hui. Je ne peux pas avoir deux enfants et deux jobs à la fois. Il m’arrive de demeurer sur un plateau pendant 15 heures, quatre jours d’affilée, sans voir ma famille. Si en plus je dois passer ma pause au téléphone à négocier des contrats, ça ne marche pas. J’ai dû faire des choix. »

Alors, fini la PME. Julie la photographe a vendu ses parts. Désormais, elle fera de la photo à temps perdu et à son compte.

Et puis, l’envie de jouer se fait de nouveau sentir. Son congé de maternité a assez duré, ses personnages commencent à lui manquer. « Je voulais rembarquer dans le train avec le bon rôle, le bon réalisateur, la bonne équipe. En fait, j’ai besoin de me sentir “habitée”. »

Le seul rôle qu’elle avait accepté après la naissance d’Élisabeth, c’est celui de Laurie dans Reste avec moi, un film choral réalisé par Robert Ménard – sorti en salle en novembre dernier et boudé par la critique. Elle y interprète une mère seule avec sa fille de cinq ans, complètement vannée (un rôle très loin d’elle, encore là).

En juillet dernier, l’express 19-2 est passé, avec Podz aux commandes. Podz, qu’elle a connu sur le plateau de 3 x rien, qui l’a révélée sur celui de Minuit, le soir. Le « bon réalisateur » qui a l’art de la faire avancer. Elle se présente aux auditions, il la fait monter.

Dans 19-2, Julie revêt l’uniforme d’une sergente-détective, épouse d’un des deux policiers-vedettes (Réal Bossé). « C’est une fille froide, rigoureuse, sérieuse. Le genre de rôle pour Céline Bonnier! » dit-elle à la blague. Pour trouver le ton juste, elle doit se défaire de ses propres codes. « Moi, je gesticule tout le temps. [C’est vrai, ses mains virevoltent avec ses paroles!] Elle, elle est posée et met un point à la fin de chaque phrase. » Julie doit suivre un entraînement technique pour apprendre à tenir une arme à feu, à maîtriser les menottes et le langage des policiers. « J’ai même accompagné des patrouilleurs en service, coiffée d’une casquette et de verres fumés pour ne pas être reconnue! »



 

Julie Perreault : la séance photo

Dans un studio de photo, Julie Perreault est comme un poisson dans l’eau. Pas surprenant : l’actrice mène parallèlement une carrière de photographe… sans compter qu’elle adore la mode et le maquillage!

 

Au début, son personnage lui apparaît comme un robot. « Le génie de Podz a été de me dire : “C’est un flic, elle est en business, elle travaille.” » Elle pige même si certaines scènes sont plus exigeantes que d’autres.

« Ça me demande beaucoup de préparation et de confiance en moi. » Là encore, elle n’attend pas que le réalisateur lui dise quoi faire. Elle connaît ses textes sur le bout des doigts et lui propose un jeu.

Les premières semaines, elle rentre à la maison ébranlée. Mais laisse sa sergente sur le perron. Sa famille, c’est son havre de paix. Défense d’entrer! « Avec Sébastien, c’est très rare qu’on parle de travail. Parfois, je vais lui demander une demi-heure avant le souper pour relire mon texte. Mais des conseils sur ma façon de jouer, jamais, jamais, jamais! » Les deux sont si discrets sur leur métier qu’il n’y a pas longtemps que Thomas sait que ses parents sont comédiens. Et c’est parce que ses petits copains les ont vus à la télé! « En première année, il devait nommer notre travail. Il a dit : “ Ma mère est photographe, mon père joue au X-Box! ” » raconte Julie, qui en rit encore. Vrai que Sébastien n’arrive pas à la maison avec des documents sous le bras et qu’il s’amuse parfois à la console l’après-midi. « La notion de jeu, c’est abstrait pour les enfants, observe-t-elle. Pour nous, c’est un travail. On fait de grosses journées, on est payés. » De toute façon, Thomas ne manifeste pas (encore) l’envie d’être comédien – il préfère de loin les joueurs de hockey! Et puis, ses parents ne le traînent pas dans les coulisses. « J’aime mieux l’emmener voir Disney on Ice. S’il veut suivre des cours de théâtre plus tard, ça me fera plaisir de l’accompagner. Pas si c’est juste pour le trip d’être une vedette. »

Si elle se permet d’aller au bout de ses rôles, quitte à ce qu’ils l’entraînent dans les bas-fonds, c’est parce que depuis 12 ans elle a ce compagnon de vie en qui elle a pleinement confiance, des enfants heureux et en santé, des sœurs proches d’elle et une meilleure amie, Isabelle Lemme – conjointe de Stefano Faita –, qui lui est « très, très, très précieuse ». « Facile de me concentrer sur mon jeu quand je me sens dans la ouate! Je ne suis pas une écorchée, j’ai envie de me “salir”. »

Curieusement, ce qui importe le plus dans la vie de Julie – la famille, le jeu, la photo – n’est pas né d’une décision. Comme si tout s’était « mis en place naturellement ». Aujourd’hui, elle aborde d’ailleurs avec plus de maturité et de détachement sa carrière de comédienne.

Même chose pour la photo. « C’est un à-côté qui me permet de me définir autrement. » Elle projette de réaliser un album photos ou une exposition. « Peut-être dans cinq ans… C’est un autre rêve que je caresse. » Et elle en a encore. « Je serai un jour derrière la caméra. » Comme réalisatrice? Mystère! Elle ne sait pas quand, ni comment, ni avec qui, mais c’est assez fort pour qu’elle y songe souvent. « C’est sûr que ça va se réaliser! » Et on la croit.



 

Julie Perreault : la séance photo

Dans un studio de photo, Julie Perreault est comme un poisson dans l’eau. Pas surprenant : l’actrice mène parallèlement une carrière de photographe… sans compter qu’elle adore la mode et le maquillage!

 

Quelques photos de Julie


 


Photo #1


 


Photo #2


 


Photo #3


 


Photo #4


 


Photo #5


 


Photo #6

Un vrai talent, cette fille. En photo, elle maîtrise la lumière et le cadrage mais, surtout, elle établit une véritable relation de confiance avec ses « sujets ». Et ça se voit! Elle aime par-dessus tout faire du portrait. Plusieurs artistes ont fait appel à elle pour leurs photos promotionnelles, dont #1 Hélène Bourgeois Leclerc en 2007 et #2 son amoureux, Sébastien Delorme, en 2008 – une photo prise à la maison, en famille. #3 Marie-Chantal Perron a retenu ses services pour la campagne publicitaire de sa collection de manteaux Dandine, en 2008. #4 André Sauvé en a fait autant pour le Festival Juste pour rire, en 2007. Julie photographie aussi ses proches, comme #5 sa bonne amie France Perry et #6 Camille Vanasse, la fille de son agent.



 

Julie Perreault : la séance photo

Dans un studio de photo, Julie Perreault est comme un poisson dans l’eau. Pas surprenant : l’actrice mène parallèlement une carrière de photographe… sans compter qu’elle adore la mode et le maquillage!