Entrevues

Lorraine Pintal, directrice du Théâtre du Nouveau Monde

La première fois que j’ai rencontré Lorraine Pintal, ç’a été le coup de foudre. Je ne la connaissais pas vraiment ; elle m’avait proposé de jouer dans Ha ha !…, de Réjean Ducharme.

Nous étions réunis en salle de représentation pour affronter cette pièce gigantesque qui nous faisait très peur mais qui, en même temps, nous fascinait et nous emballait. Lorraine était à la barre de ce vaisseau imaginaire. Capitaine infatigable, debout devant son lutrin, elle prenait un plaisir évident à diriger les comédiens.

Elle m’a séduite par sa force, par son désir de dépassement et par cet incroyable amour du jeu qui l’habitait. Il fallait voir son ravissement devant nos trouvailles, son indulgence face à nos peurs et à nos gaucheries. Jouer pour Lorraine, c’était vouloir tout lui donner, car elle ne nous jugeait jamais.

Et puis, elle est devenue directrice du Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

Toutes ses qualités de meneuse ont été mises à contribution : elle a reconstruit le lieu, l’a revitalisé et a fait du TNM un espace convivial, fréquenté par un public élargi, un des centres les plus importants de l’activité culturelle montréalaise.

J’ai vécu au cours de ces dernières années mes plus belles expériences théâtrales grâce à Lorraine. La grande aventure française de L’hiver de force, de Réjean Ducharme, à Paris et, dernièrement, La déraison d’amour à Lyon et à Compiègne en ont été le couronnement.

Après 20 années d’amitié et de création, je retrouve toujours la même femme et ce même désir d’absolu. Lorraine Pintal est une conquérante, une guerrière à la mise parfaite, une esthète toujours en quête de beauté et de perfection, sincère et intense. Quand je l’ai connue, j’ai eu le coup de foudre et je l’ai toujours.