Entrevues

Mélissa Désormeau-Poulin et Sophie Nélisse

Elles ne s’étaient jamais rencontrées avant de se croiser chez notre photographe. Pour nous, elles se sont interviewées l’une et l’autre.

Monic Richard

Toutes deux ont commencé leur carrière très tôt: Sophie à sept ans, dans une publicité pour IKEA, Mélissa à cinq ans, pour les céréales Magic Crunch de Post. Toutes deux ont joué dans des films québécois qui se sont rendus aux Oscar: Monsieur Lazhar et Incendies. Mélissa y a gagné une notoriété internationale et, du coup, le premier rôle féminin dans un film belge: Hors les murs. Sophie (dont le père est belge) a remporté deux prix d’interprétation, un Jutra au Québec, un Génie au Canada. Elles ne s’étaient jamais rencontrées avant de se croiser chez notre photographe. Pour nous, elles se sont interviewées l’une et l’autre.

Mélissa: Comment es-tu arrivée dans le métier?
Sophie: Mon frère aîné allait passer des auditions, ma mère m’a demandé si je voulais essayer, j’ai dit oui. Isabelle, ma sœur plus jeune, aussi… Isabelle et moi, on a été embauchées. J’ai fait des pubs, environ cinq, et deux petits rôles, dans Mirador et Toute la vérité. Je joue dans Les Parent. Et quand j’avais 10 ans, j’ai fait Monsieur Lazhar
M: Je me souviens parfaitement de ma première expérience de comédienne. J’avais l’âge de ma fille. Et c’est drôle, quand je vois cette vieille pub de céréales, je trouve que Léa me ressemble.
S: Elle fait de la télé, ta fille?
M: Pas du tout. Et elle ne me le demande pas. Si un jour ça lui tente, on verra. À l’époque, j’avais l’impression que c’était un jeu. Et toi?
S: Oui, c’est un jeu, pas un travail.
M: Wow! Il faut que ça reste comme ça. Quand on grandit, on devient consciente de plein de choses, on s’amuse moins. Et là, tu rêves à quoi, aujourd’hui, maintenant?
S: J’aimerais jouer dans un film américain, mais il faudrait que je pratique plus mon anglais. Et j’aimerais aller aux Olympiques en 2016.
M: C’est vrai, car tu as une autre passion…
S: Oui, la gymnastique. J’en fais 25 heures par semaine [en mars dernier, elle se classait 12e au Canada].
M: Tu pourrais choisir entre les deux?
S: Présentement, je choisirais la télé ou le cinéma, parce que je fais surtout de la gymnastique (les compétitions ont lieu entre janvier et juin). Et aussi parce que les deux années qui s’en viennent vont être plus difficiles. Je grandis, j’ai plus mal. Mais je me dis que la gym, je peux faire ça jusqu’à
18 ans, et le cinéma, jusqu’à 20 ans et plus…
M: Oui, plus vieille, comme moi.
S: Ben, t’es pas vieille!
M: Je trouve que le sport et le jeu se ressemblent. Les deux demandent la même discipline, la même rigueur. Si tu veux jouer en anglais, tous les jours tu dois t’exercer à le parler. Un truc de performance… Tu as tourné Monsieur Lazhar il y a deux ans, c’est ça ? Comment as-tu trouvé Philippe Falardeau ?
S: Un être unique. Comme un enfant dans un corps d’adulte. Il se roulait à terre, lançait des balles dans la classe, inventait des phrases qu’on répétait. Fou ben raide.

M: Et une télésérie comme Les Parent? J’imagine que ce n’est pas la même expérience.
S: Pour un film, il faut respecter le temps de tournage prévu. Les Parent, c’est une émission drôle, si tu t’enfarges, c’est pas grave, tu peux recommencer. Dans Trauma, que j’ai fait l’autre jour, une personne qui s’enfarge, c’est bizarre… Avec qui tu aimerais jouer? Moi, c’est avec Johnny Depp.
M: Je rêve de jouer dans les films de Todd Solondz et des frères Coen. De jouer avec Frances McDormand, John Malkovich, et au Québec, Hélène Florent, Micheline Lanctôt, Sylvie Drapeau, Alexis Martin, Paul Ahmarani…
S: As-tu des conseils à me donner, en tant qu’actrice qui a commencé jeune?
M: Fais ce métier avec ton cœur! Parce que des fois c’est dur, on est rejetée, on travaille moins… Alors il ne faut pas oublier ce petit feu qu’on a en dedans. Je ne sais pas si tu as ça, toi aussi, cette envie d’entrer dans la peau de quelqu’un d’autre. Il faut que ça reste là; ce feu, il faut l’alimenter. Et même si des fois t’es pas choisie pour un rôle, ça ne veut pas dire que t’es pas bonne.
S: Qu’est-ce que tu as fait de l’argent gagné quand tu étais jeune?
M: Mes parents l’ont placé. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai pu commencer à y toucher, faire des voyages, choisir l’école où je voulais aller… J’imagine que tu vas faire la même chose.
S: Ma mère me donne un peu d’argent de poche: si je fais une pub, j’ai droit à 30 $, un film, c’est 100$. Le reste va dans mon compte pour mes études. Je prends aussi cet argent pour payer ma gym, et les appareils pour mes dents, qui sont toutes croches – j’ai sucé mon pouce jusqu’en 2e année…
M: Tu t’attendais à ce que Monsieur Lazhar fasse le tour du monde?
S: Non, non. Les adultes, des fois, ils lisent le scénario et disent: je pense que ça va être un bon film, mais moi, je lis le même scénario et j’ai aucune idée si ça va être bon ou non. En plus, c’était mon premier film! Quand je serai plus grande, je vais savoir un peu mieux choisir… je ne veux pas accepter de jouer n’importe quoi. Toi, qu’est-ce que tu as pensé de Monsieur Lazhar ?
M: J’ai pas vraiment aimé ça. Eh! C’est pas vrai, j’ai a-do-ré le film! J’en avais beaucoup entendu parler, mes attentes étaient grandes, mais je n’ai pas été déçue. Toi, toi, tu m’as vraiment touchée, avec ton petit discours sur l’école et sur madame Martine, j’ai pleuré comme une Madeleine, c’était super bon. Et celui qui joue monsieur Lazhar…
S: Fellag.
M: Fellag. Dès qu’il apparaît à l’écran, on l’aime. Et ça, c’est pas donné à tout le monde.
S: [rires] Oui. Moi, j’ai hâte de voir Incendies, parce que ça a l’air vraiment bon. Tout le monde dit que c’est une belle fin surprenante, mais je sais déjà c’est quoi la fin…
M: Ah, qui te l’a dit?
S: Mon amie m’a raconté l’histoire.
M: Tu pourras le regarder quand tu auras 14 ou 15 ans.