Entrevues

Rafaële Germain

La reine de la chick lit québécoise (deux romans, 160 000 exemplaires vendus !) est devenue la porte-parole des filles dans la trentaine.

Vos chroniques dans La Presse ainsi que vos deux romans décortiquent la quête amoureuse des trentenaires dans le Québec d’aujourd’hui. Avez-vous l’impression d’avoir fait le tour du sujet ?
Non, ça me semble impossible d’en faire le tour. C’est un sujet infini, chacune a son histoire. Évidemment, je ne veux pas me répéter… J’ai déjà quelques idées pour un nouveau livre qui serait dans le même esprit que les deux précédents. Cela dit, je ne souhaite pas en pondre 25 sur ce thème, je m’ennuierais.

Vous faites partie des auteures de chick lit, un genre littéraire franchement girly popularisé par Le journal de Bridget Jones et Le diable s’habille en Prada. Pourquoi avoir choisi ce style d’écriture ?
Je ne suis pas une lectrice de chick lit. Mais quand mon éditeur m’a proposé d’en écrire, ça me paraissait logique étant donné le type de chronique que j’avais dans La Presse. Je me suis alors plongée dans Le journal de Bridget Jones. J’ai adoré ! Par contre, j’ai lu d’autres livres issus du même mouvement qui étaient totalement cuculs.

On vous imagine vivre la vie de vos héroïnes, des trentenaires branchées insouciantes traînant dans les bars du centre-ville. Mythe ou réalité ?
Les deux. Culturellement, je peux dire que je suis au courant de tout ce qui se passe. C’est mon travail [Rafaële est scriptrice télé pour 3 600 secondes d’extase àRadio-Canada et chroniqueuse à l’émission Je l’ai vu à la radio à la Première Chaîne]. Mais si « branchée » signifie connaître les bonnes adresses pour sortir, alors là, je ne suis pas dans le coup du tout. Et pour ce qui est de l’insouciance… Oui, peut-être qu’il y a une part d’insouciance chez moi, mais jamais autant que chez mes personnages. La vraie vie, ce n’est vraiment pas aussi glamour que dans les livres ou au ciné.

Quel regard portez-vous sur les relations de couple en 2009 ?
On ne peut pas généraliser, mais je dirais qu’elles sont riches et complexes. Tout est possible maintenant. Si on avait devant soi 20 filles au début de la trentaine, on aurait 20 histoires différentes, un spectre tellement large… Ce n’est plus vrai qu’il faut se marier avec le gars du village à 20 ans. On a une belle liberté. Donc, la vie de couple est plus angoissante, forcément !

Être célibataire, est-ce un choix de vie ou une calamité ?
Dans certains cas, c’est un choix de vie… mais je pense que c’est rare. Moi, j’ai été célibataire pendant quatre ans et, si on m’avait assuré que je pouvais vivre en couple et être heureuse, je n’aurais pas choisi d’être seule. Je ne dis pas que les célibataires épanouies n’existent pas : des filles qui vivent comme dans Sex and the City, il y en a.

À la radio et à la télévision, vous êtes souvent invitée à parler des trentenaires, dont vous êtes devenue en quelque sorte une porte-parole. Comment vont-ils ?
Je dirais plutôt bien compte tenu de la vie échevelée qu’ils mènent. On sent beaucoup de dynamisme et de vitalité chez les trentenaires. Je fais référence, par exemple, à ce qui se fait sur la scène culturelle et médiatique. Aux auteurs Nadine Bismuth et Nicolas Dickner, aux journalistes Nicolas Langelier et Émilie Dubreuil, au chanteur Yann Perreau, pour ne nommer que ceux-là… Ça brasse ! Les trentenaires sont très créatifs et leur travail me rend heureuse !

Vous vous dites féministe. Que signifie ce mot pour vous ?
Lorsque je pense au féminisme, je vois ma mère, qui était soumise et qui s’est mariée à 18 ans… pour ensuite laisser son mari et lancer sa business. Une vraie femme de tête. Se dire féministe en 2009, pour moi, c’est désirer être, à tous niveaux, parfaitement et totalement égale aux hommes. Sauf peut-être quand vient le temps de déménager un divan !

Vos parents font partie de l’élite culturelle : votre mère, Francine Chaloult, est l’attachée de presse de Céline Dion et de Jean-Pierre Ferland (entre autres icônes du showbiz), votre père, Georges-Hébert Germain, est journaliste et romancier réputé, votre parrain s’appelle Luc Plamondon… Bref, vous avez grandi dans un environnement privilégié. Ça vous a aidée ?
C’est vrai que j’ai toujours baigné dans l’univers culturel, donc ça a influencé mes choix. Et oui, j’ai de la chance parce que je connais énormément de gens dans le milieu, j’ai reçu des coups de main ici et là. Mais j’ai fait mon chemin moi-même.

Dans une entrevue accordée à Nathalie Petrowski qui a fait beaucoup jaser, vous avez dit : « Moi, tant que je peux continuer à écrire pour pouvoir m’acheter des souliers à 500 $ et du foie gras, je suis heureuse… » Même si, par la suite, vous avez précisé que c’était une blague, les gens en ont déduit que vous étiez une fille superficielle, un peu snob. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
Il n’y a aucune dichotomie entre aimer la bonne bouffe et les chaussures, et lire du Gabriel García Márquez. Que je sois en train de manger une poutine au foie gras ou de lire du Proust, le plaisir est aussi intéressant. On dirait qu’on a des relents judéo-chrétiens quand il est question d’avoir du fun… Il ne faut pas trop le montrer ! Moi, j’ai du respect pour les gens qui jouissent de la vie, qui ont du plaisir.

Éternelle célibataire ou en couple actuellement ?
Je suis en amour ! J’ai rencontré mon chum, un musicien-réalisateur, il y a presque un an. Je ne pensais jamais sortir avec un gars qui a deux enfants. Ceci dit, je continue à voir régulièrement mes copines, avec qui je bois souvent trop de vin. Notre surnom est les Triple F pour « Fabuleuses Filles Fuckées », alors imaginez…  

Bio express
Fille cadette de l’écrivain Georges-Hébert Germain et de l’attachée de presse Francine Chaloult, nièce de l’animatrice Suzanne Lévesque, sœur de Dominique Chaloult qui, jusqu’à tout récemment, était directrice des variétés à Radio-Canada… Rafaële est tombée dans la marmite artistique dès sa naissance. Elle n’hésite pas à se qualifier de « snob » et à déclarer qu’elle est « née avec une cuillère d’argent dans la bouche ». Pourtant, lorsqu’on la rencontre, elle n’a rien de hautain. Sympathique, accessible, drôle, la femme de 32 ans parle (très vite) avec franchise et lucidité. Elle avoue sans gêne avoir un côté paresseux très développé. Pourtant, quand on regarde son CV et son parcours, on se dit qu’elle exagère un peu sur sa supposée paresse…

Après avoir terminé un baccalauréat en études françaises à l’Université de Montréal, elle s’est inscrite à la maîtrise en création littéraire, a écrit sa thèse, mais ne l’a « jamais relue, corrigée ni déposée ». Elle a commencé dans le métier à titre de recherchiste pour La fin du monde est à sept heures, émission pilotée par Marc Labrèche de 1998 à 2000. Chaque semaine, de 2002 à 2008, elle a tenu une chronique dans le journal La Presse tout en menant parallèlement ses activités de romancière : Soutien-gorge rose et veston noir et Gin tonic et concombre ont été publiés respectivement en 2004 et 2008 chez Libre Expression. Tous deux se sont vendus à plus de 80 000 exemplaires. Un succès monstre qui a alléché le milieu du cinéma : un film est en préparation.