Entrevues

Rencontre avec Trish Deseine

Marie-Claude Lortie nous fait mieux connaître l'auteure franco-irlandaise de livres de recettes à succès.

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Je ne me souviens pas exactement du jour où je suis tombée amoureuse des livres de cuisine de Trish Deseine, mais je me rappelle très bien comment on me l’avait décrite. « Tu vas adorer, m’avait dit un ami déjà converti. Elle est d’origine irlandaise mais vit en France, elle a quatre enfants, elle est blonde et magnifique. Et ses recettes sont excellentes. »

Nouvelle maman d’un troisième enfant à l’époque, je cherchais sans cesse des exemples de mères à la fois glamours et gourmandes, et qui évoluaient dans un univers stylé et contemporain, loin des clichés déprimants de la soccer mom. C’est ainsi que je suis partie à la recherche des recueils de Trish Deseine. Et, comme on me l’avait prédit, j’ai cliqué. Chez moi, le livre Les 118 recettes françaises demeure à ce jour un de ceux que j’utilise le plus. J’aime tout. Les chefs qu’elle a choisis pour ses classiques réinventés, la saveur des plats, la douceur des photos, la reliure et la typographie ancienne… Sans parler de son Petit Noël à la maison, dont j’ai fait, je pense, toutes les recettes. J’aimerais être Fanfreluche pour pouvoir plonger dans les pages et investir sa salle à manger pour me l’approprier. La copier-coller.

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Il y a quelques années, grâce à Twitter, j’ai commencé à lire au quotidien cette créatrice de grands best-sellers gourmands, dont Ma petite robe noire et autres recettes et Je veux du chocolat ! – c’est le genre d’auteur qui va chercher des tirages d’un demi-million et ça aussi, ça m’impressionne. Je me suis rendu compte qu’elle avait une autre qualité qui me rejoint. Trish Deseine n’a pas peur d’exprimer des opinions politiques ! Elle trouve fou que l’engouement pour la cuisine de chefs laisse de côté des pans entiers de la population qui n’ont accès ni aux produits ni au savoir. Elle se préoccupe de la provenance des aliments, se demande comment amener les démunis à s’intéresser à la cuisine. Et elle se soucie des droits des femmes, surtout en Irlande, où la liberté de choix en matière d’avortement est loin d’être acquise. Bref, non seulement c’est une superbe Franco-Irlandaise qui a quatre enfants et une carrière passionnante mais, en plus, elle est pertinente, allumée, engagée.

J’ai joint Trish dans le sud de la France, où elle a maintenant élu domicile, pour en apprendre davantage sur elle.


Des problèmes politiques et sociaux dont on devrait se préoccuper un peu plus ?
On devrait rediriger les fonds générés par l’industrie du divertissement culinaire pour faire l’éducation alimentaire de ceux qui ont besoin d’aide pour survivre dans notre jungle obésogène. Et, également, améliorer les droits des femmes en Irlande pour tout ce qui touche la procréation.

Vous êtes féministe ?
Oui, bien sûr! C’est toujours très important. Ne nous faisons pas d’illusions: malgré tous les débats, tous les efforts de changement, le pouvoir reste entre les mains des hommes, les salaires ne sont toujours pas égaux et, dans bien des endroits sur la planète, les droits et libertés des femmes en matière de procréation ne sont toujours pas garantis, ou sont même inexistants. En Irlande, c’est différent. Il y a une tradition matriarcale qui facilite l’accès des femmes à certains postes de pouvoir politique et économique, mais en même temps, des droits fondamentaux sont bafoués dans le domaine de la contraception.

J’élève mes trois garçons pour qu’ils soient le plus féministes possible et ma fille pour qu’elle soit forte et ait confiance en elle. Mais, comme célibataire de 49 ans, féministe, mère de quatre enfants, je me sens parfois un peu seule dans mes luttes. Surtout en France, où les attentes envers les femmes sont très précises. Il faut être attirante d’une manière précise, et exprimer ses désirs et ses besoins de façon presque codifiée, dictée par les goûts – archaïques et conformistes – des hommes.

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Trish Deseine admire les femmes fortes comme l’écrivaine Maya Angelou, disparue en mai dernier. Et a un faible pour les cocktails du Lockhart, à Londres.

Votre femme politique préférée ?
Je n’en ai pas. Je préfère les écrivaines et les militantes, comme Gloria Steinem, Maya Angelou ou Caitlin Moran. Et je crois qu’on peut changer beaucoup de choses par l’art et la culture.

Quel personnage de télé ou de film aimeriez-vous être ?
Le personnage de Sarah Woodruff dans La maîtresse du lieutenant français (interprété par Meryl Streep). Elle veut indépendance et amour, et les trouve. Mais actuellement, je me sens plutôt comme Ruth, la mère, dans Six pieds sous terre, qui essaie tant bien que mal de réinventer sa vie alors que ses enfants quittent la maison.

Vous êtes seule chez vous et vous décidez de vous gâter. Vous cuisinez quoi ?
Je mets une bouteille de champagne Selosse au froid et, en attendant qu’il devienne bien frais, je me prépare des pâtes extracrémeuses avec des produits de la Maison de la Truffe, et beaucoup de pecorino. Ou alors du mascarpone, du pecorino, du zeste de citron et du bon poivre noir. Rien de tout ça ne serait à partager, à moins que ce ne soit au lit, évidemment…

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Petit-déjeuner parfait ?
Le petit-déjeuner irlandais. Toast de soda bread avec beaucoup de beurre irlandais et de marmelade de pamplemousse rose Filligans, avec le café le meilleur possible – parfois un défi là-bas.

Votre apéro ?
Mon obsession du moment est un cocktail de prosecco, mescal et sirop d’agave que j’ai goûté au Lockhart, à Londres. Ou encore, puisque je viens d’emménager dans le Languedoc, je dirais un verre de rosé avec des glaçons ou un bon vieux pastis. Mais je n’arrive pas à suivre le rythme local de deux par jour !

Votre look signature ?
Je ne suis pas la mode. Je porte du 16, et c’est difficile de trouver des vêtements intéressants dans ma taille si je ne veux pas paraître d’une autre époque. Je porte beaucoup de noir, parfois du blanc et du gris. J’investis plutôt dans de bonnes coupes de cheveux, des bijoux, des manteaux, des sous-vêtements, des chaussures, des sacs à main…

Des vêtements qui vous font rêver ?
Pyjama de soie, pull de cachemire, vêtements en lin irlandais.

Votre parfum ?
Jour d’Hermès.

Vos parfums préférés dans la nature ?
Le cou chaud et humide d’un cheval ou le museau d’une vache.

Pour se gâter, Trish Deseine se prépare des pâtes extracrémeuses avec des produits de la Maison de la Truffe.

Pour se gâter, Trish Deseine se prépare des pâtes extracrémeuses avec des produits de la Maison de la Truffe.

Les vacances parfaites ?
Une villa perdue dans les collines du comté de Donegal en Irlande. J’y étais cet été.

J’aime mon travail parce que…
J’aime voir une idée qui m’habite devenir réalité. Mais je déteste être en retard pour les dates de tombée.

J’aime être mère parce que…
J’adore le sens de l’humour de mes enfants. Ils sont vraiment très drôles. Mais que c’est difficile de les voir souffrir ! Trop pénible.

La tâche domestique que vous détestez le plus ?
Repasser. Je refuse de le faire.

La maison idéale ?
En bois, vitrée du plancher au plafond du côté qui offre une vue, isolée quelque part dans les collines du Donegal, près d’une plage.

Êtes-vous parfois découragée par le désordre dans la maison ?
Seulement 50 fois par jour !

Chirurgie plastique, Botox… Vous en pensez quoi ?
J’ai presque 50 ans, et ces techniques ont beaucoup évolué, donc je ne dis pas non. Mais je vais d’abord investir dans ma nouvelle maison !