Entrevues

Un Guy A., une fille

Nous lui avons demandé par qui il avait envie de se faire interviewer. Il a choisi India Desjardins, la créatrice d’Aurélie Laflamme. Rencontre.

Monic Richard

Bonjour, moi c’est Guy », m’a dit Guy A. Lepage en me tendant la main. C’était en 2001. Évidemment, il n’avait pas à se présenter. Nous étions au party du gala de l’ADISQ, qu’il venait d’animer ; quelqu’un avec un tant soit peu le sens de l’observation aurait fait le lien! Cette rencontre a été déterminante pour moi. Une vraie leçon de vie sur l’humilité et le respect des autres.

Il ne s’en souvient pas, mais l’anecdote l’amuse.

« Un jour, alors que Rock et Belles Oreilles était au sommet de sa gloire, j’ai croisé deux personnes avec qui j’étais allé à l’école. Les deux m’ont demandé ce que je faisais, ce que je devenais. L’une avait passé les dernières années à l’étranger. L’autre avait un horaire qui ne lui permettait pas d’avoir vu l’émission. Ce jour-là, j’ai appris à ne rien tenir pour acquis. »

Il m’accueille chez lui, dans une annexe qu’il a fait ajouter à sa maison et qui lui sert maintenant de bureau. « Je travaille dans le fruit de mon travail », dit-il en présentant fièrement la pièce, avec des fenêtres qui offrent une vue splendide sur le mont Royal et des tablettes où sont exposés tous les trophées qu’il a récoltés en 30 ans.

Il y a quelque chose de touchant dans cette phrase et dans sa façon de la lancer. On y perçoit tout le chemin parcouru.

« J’ai toujours travaillé. À 7 ans, je livrais les journaux, à 12 ans, je donnais un coup de main dans une pharmacie. Tous les matins, je me lève pour aller travailler et j’en retire une satisfaction. La satisfaction du devoir accompli. À 31 ans, quand j’ai acheté cette maison, hautement hypothéquée, il me restait 800 $ à la banque. Ma toilette a pété et j’en ai pleuré. Je n’oublierai jamais d’où je viens. »

On replonge pendant un moment dans ses souvenirs. Il parle de Rock et Belles Oreilles, qui devait être un stage de radio de 13 semaines et qui a duré 15 ans. D’Un gars, une fille, qui lui a valu de nombreuses récompenses et dont les droits d’adaptation ont été vendus dans plus de 20 pays. Et du trophée Hommage reçu pour l’ensemble de sa carrière… à 43 ans. « Je croyais que la télé, c’était fini pour moi, qu’il était temps de passer à autre chose. Puis on m’a proposé Tout le monde en parle. »

On connaît la suite. Mesure-t-il l’impact – et la responsabilité sociale qui vient avec – de ce que plusieurs surnomment maintenant « la messe du dimanche »?

« Au début, je croyais que l’émission pouvait divertir. Maintenant, je suis conscient de cette responsabilité. J’essaie d’en user plutôt que d’en abuser. »

Sur Twitter, où il est une des personnalités québécoises les plus suivies, il peut maintenant échanger en direct avec les auditeurs pendant l’émission et il lui arrive souvent de répondre à ceux qui lui écrivent.

« C’est mon service après-vente. Tu travailles toute ta vie pour avoir la reconnaissance du public. Si tu ne veux pas parler au monde, change de job. »

Si votre idée d’une maison d’homme riche et célèbre est celle des magazines déco ou celle de superhéros comme Batman-Bruce Wayne ou Iron Man-Tony Stark (on a les références qu’on peut!), vous seriez surpris d’entrer chez Guy A. Lepage. Tout est simplicité et chaleur, rien n’est tape-à-l’œil.

« Je peux me payer une Jaguar, mais je ne le ferai pas. J’en ai conduit une et j’essayais d’avoir l’air big mais je n’y arrivais pas. Ce n’est pas moi. On m’a aussi déjà invité dans des clubs privés, mais je n’ai pas d’affaire là, ce n’est pas mon milieu. »

Dans L’empire Bossé, à l’affiche depuis le 16 mars, son personnage est très différent de lui. Guy A. y incarne un riche homme d’affaires devant faire face à toutes les magouilles qu’il a commises pour accumuler sa fortune.

« C’est une histoire très actuelle, dit-il. Au début, presque personne ne croyait qu’un même homme puisse faire toutes ces choses affreuses. Puis est arrivée l’affaire Vincent Lacroix… Tous les Vincent Lacroix de ce monde me répugnent. J’“haïs” les crosseurs. Une scène m’a particulièrement marqué. La fille de mon personnage lui lance : “Quand j’étais petite, t’étais mon héros. Mais je me rends compte que t’es juste un crosseur.” La scène me faisait monter les larmes aux yeux chaque fois que je la lisais ou la jouais. C’est la pire chose que mes enfants pourraient me dire. Je veux qu’ils soient fiers de moi. »