Société

J'ai changé de vie: du monde des affaires à la politique, Caroline Cossette

Femme d’affaires comblée, Caroline Cossette a entendu l’appel de la politique il y a deux ans, et elle s’est lancée… avec succès. Qu’importe si ce nouveau défi l’oblige à cumuler deux emplois, car plus que jamais, la conseillère municipale se sent vraiment à sa place.

Photo: Louise Savoie

Mon gagne-pain principal

Ça fait bientôt 15 ans que je bosse comme consultante en communication et en marketing. J’aide mes clients à prendre des décisions importantes pour leur entreprise, je crée du contenu et j’alimente leurs réseaux sociaux, entre autres.

Celui que j’ai ajouté

En 2017, j’ai décidé de faire le saut en politique municipale… et j’ai été élue! Depuis deux ans, je suis donc conseillère à Saint-Bruno-de-Montarville, en Montérégie. Comme cela ne requiert pas que je sois présente à temps plein, j’ai conservé une partie de ma vie professionnelle d’avant.

Le défi du double emploi

Trouver un équilibre entre mon rôle politique et mon emploi n’a pas été facile. Comme je suis très organisée, je n’ai pas hésité à changer mon modèle d’affaires. Je délègue davantage. Mais, soyons honnête, j’ai nettement moins de temps pour aller m’entraîner qu’avant!

Ce qui a servi de bougie d’allumage

Au tournant de la quarantaine, je me suis rendu compte que ma pratique professionnelle était reconnue tant au Québec qu’à l’international, mais que je n’avais pas – ou si peu – de portée dans ma communauté. J’ai voulu changer ça et m’impliquer davantage dans mon chez-moi immédiat. Pour moi, cela représente aussi un nouveau genre d’engagement, qui nécessite une attention assidue. Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants… des contrats de quatre ans, je n’en ai pas tant que ça!

Comment j’ai vécu ce changement

Les premiers mois ont été ardus. J’avais beaucoup à apprendre et, au début, je passais tout mon temps à lire, à me mettre à niveau dans toutes sortes de dossiers. On peut dire que ma vie sociale en a pris un sacré coup! Il a aussi fallu que je me familiarise avec un vocabulaire et des codes nouveaux. La politique est un terrain de jeu compétitif, vicieux même, par moments, et je crois que je n’étais pas tout à fait prête à ça. Je savais que je devrais me battre, mais je ne pensais pas avoir à le faire au sein de ma propre équipe… Alors, j’ai claqué la porte. Je siège désormais comme indépendante.

Photo: Louise Savoie

Ce que j’ai appris sur moi

Que je suis féministe! En fait, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi difficile d’être une femme en politique. Aujourd’hui, beaucoup de partis se targuent d’avoir des femmes dans leurs rangs. Or, je constate que le véritable pouvoir et les vraies responsabilités sont rarement donnés aux femmes, même en 2019. Et ça, je l’ai appris à la dure.

Ce que j’ai appris sur la société

Mon arrivée en politique m’a fait réaliser que les combats pour l’égalité ne sont pas terminés. Je ne m’identifiais pas vraiment au féminisme avant, je ne comprenais pas sa raison d’être. Aujourd’hui, c’est l’une de mes motivations pour continuer à œuvrer dans ce milieu. On ne peut pas être ouvert aux femmes seulement quand elles disent « oui » et sourient! Elles ont le droit d’avoir des idées, d’être en colère et de l’exprimer. Elles ont le droit de déranger!

Ce que ma nouvelle vie m’apporte

Un certain pouvoir, c’est sûr. J’ai la chance de participer aux orientations et décisions touchant mon milieu de vie, et c’est encore plus vrai depuis que je siège comme indépendante. Je représente un contre-pouvoir. Et ça, c’est une grande responsabilité, mais également un immense privilège. J’espère aussi inspirer d’autres femmes à faire le saut à leur tour. Et si je ne dois accomplir qu’une chose à titre de conseillère, j’aimerais que ce soit ça: pouvoir dire que j’ai aidé à défoncer le plafond de verre.

Ce que je regrette de mon ancienne vie

La spontanéité! Lorsqu’on se lance en politique, on se rend rapidement compte que ce qu’on pense, ce qu’on dit a un nouveau poids. Chaque mot a son importance. Parfois, il m’arrive de m’ennuyer du temps où j’étais libre de m’exprimer sans retenue et pouvais répondre du tac au tac.

Dans 10 ans, je me vois…

J’aimerais tellement avoir une réponse à cette question! Je suis habituellement une fille de projection: je me fixe des objectifs à long terme et je mets tout en œuvre pour les atteindre. Mais la politique change un peu la donne. C’est un univers dans lequel il se passe beaucoup de choses en peu de temps. Il est donc difficile pour moi de prévoir où je serai au terme de cette expérience. Ce qui est certain, c’est que je continuerai à m’impliquer dans ma communauté, mais j’aime mieux ne pas me prononcer tout de suite sur la forme que cela prendra.

Aux femmes qui seraient tentées de m’imiter, je dis…

De foncer, mais de ne pas hésiter à négocier en amont. Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être élue pour faire valoir ses ambitions – les autres candidats ne le font pas, de toute façon. Je leur conseillerais aussi d’arriver avec tout ce qu’elles sont, sans complexes. La multiplicité des points de vue et des personnalités, c’est ça qui fait la richesse de la démocratie!