Société

J'ai changé de vie : Pascale Brochu, d'expatriée à entrepreneure

Après avoir suivi son conjoint à Toronto, à Washington et en Suède, Pascale Brochu a décidé que c’était à son tour de se réaliser sur le plan professionnel. De retour à Montréal avec lui et leurs trois enfants, elle s’est lancée en affaires ! Son entreprise, Fleur de Lys Relocation, accueille des travailleurs spécialisés recrutés à l’étranger.

Pascale Brochu

Photo : Louise Savoie

Ce que je faisais avant

J’ai été enseignante de morale et d’anglais, au secondaire et au primaire. En tout, j’ai fait ce métier environ six ans sur une dizaine d’années, quand j’étais au Québec entre deux expatriations avec mon conjoint – un Américain que j’ai rencontré en Afrique, cadre dans le domaine informatique. Il faut la vocation pour être enseignante. Mais à mon retour de la Suède, en 2008, je ne l’avais plus. J’ai pris une année sans solde pour réfléchir et me réorienter. Puis, j’ai démissionné.

Ce que je fais maintenant

Mon associée et moi offrons des services de relocalisation à des entreprises québécoises qui recrutent des travailleurs à l’international. Nous accueillons ces expatriés, nous les aidons à trouver un appartement ou une maison, à faire les démarches pour obtenir leur permis de conduire, à trouver une garderie pour leurs enfants, etc. Une quinzaine de consultants travaillent pour nous dans différentes villes du Québec, plus deux à Toronto.

La pandémie a ralenti les affaires…

Mais les besoins en main-d’œuvre sont encore grands dans les domaines des technologies de l’information, de l’enseignement et de la santé. Au cœur de ce que je fais, que ce soit avec les clients ou les expatriés, il y a les relations humaines. La pandémie a mis un écran (littéralement !) entre moi et ceux que je côtoyais tous les jours. Je trouve ça difficile. Je reste tout de même positive. Ce n’est qu’une question de temps avant que les affaires reprennent.

J’ai eu l’idée de cette réorientation…

En faisant des brainstormings avec ma meilleure amie, Caroline. Je me souviens encore comment j’étais habillée le jour où elle a eu cette idée de la relocalisation ! Je me suis immédiatement mise à chercher un emploi dans ce domaine. Je n’avais alors pas encore l’idée de créer ma propre entreprise.

Le moment où j’ai décidé de me lancer en affaires

J’ai travaillé environ deux ans pour une entreprise dans ce secteur… mais les affaires n’allaient pas bien et je me suis retrouvée au chômage. Ma meilleure amie m’a alors dit : « Tu es clairement capable de faire mieux ! » Ç’a été une excellente école… parce que j’y ai appris ce que je ne devais pas faire ! Et c’est là que j’ai rencontré Sophia Hoareau, qui est devenue mon associée.

Pour me préparer

J’ai suivi une formation pour entrepreneurs, offerte par l’assurance emploi. On m’a aidée dans l’élaboration de mon plan d’affaires. Et j’ai convaincu Sophia, qui s’était trouvé un autre emploi entre-temps, de se lancer dans l’aventure avec moi. Nous avons fondé l’entreprise et eu notre premier client en 2013.

Pascale Brochu

Photo : Louise Savoie

Ce qui m’a servi dans mon bagage

Le fait d’avoir été expatriée moi-même. Je comprends cette réalité, le stress de vivre un déménagement avec des enfants. Les employeurs de mon conjoint nous avaient offert des services de relocalisation. Je savais donc ce que c’était.
Mon enfance passée en Beauce, entourée d’entrepreneurs, et mon amour de Montréal y ont aussi été pour beaucoup. J’aime ma ville et j’ai le goût de la faire découvrir aux autres.

J’ai eu de la chance

Celle d’avoir été au bon endroit au bon moment, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qui a favorisé une entreprise comme la mienne. La chance d’avoir été bien entourée aussi. Au début, Caroline et mon conjoint y croyaient plus que moi ! Et finalement, la chance d’avoir croisé mon associée. Je n’aurais pas pu le faire sans elle et elle dit la même chose de moi.

L’âge ne m’a pas arrêtée

J’avais 40 ans et je me trouvais vieille pour me lancer en affaires. Mais je n’aurais pas pu accomplir tout ça plus jeune. J’ai toujours été quelqu’un qui parle fort et qui réagit rapidement. L’âge m’a calmée un peu et favorise mes activités de réseautage avec des clients potentiels. Plus jeune, j’aurais été trop insécure ou trop impulsive.

Mon principal atout

J’ai une grande force relationnelle et vraiment beaucoup de contacts. Un réseau que j’ai construit peu à peu par moi-même, pas parce que j’avais un poste important. L’an dernier, une entreprise de Victoriaville a fait appel à nos services. Mais je ne connais pas bien cette ville… Eh bien, j’ai réussi à trouver, parmi mes connaissances, une Québécoise que j’avais rencontrée en Suède et qui était de retour à Victoriaville, sa ville natale ! Elle a accueilli l’expatrié de façon exceptionnelle.

Ma plus grande difficulté

Gérer les priorités. Quand on démarre une entreprise, on fait tout soi-même, de la recherche de clients au ménage. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à me convaincre que certains courriels peuvent attendre (le problème se règle même parfois tout seul si d’autres personnes sont en copie !) et à concentrer mes énergies sur un gros mandat. Je suis vraiment « germaine ». J’ai tendance à en prendre trop sur mes épaules.

La féministe en moi…

Est fière d’être arrivée là où je suis. L’entrepreneuriat m’a ouvert des portes. J’ai trouvé une voix. Parfois, je suis assise avec des hommes qui gèrent de gros budgets dans des entreprises, et on écoute ce que j’ai à dire.

La prochaine étape

En 2018, une entreprise française, Cooptalis, nous a approchées pour acheter notre entreprise. Quelle décision difficile ! Nous avons refusé. Puis, nous sommes devenues leur fournisseur et avons constaté que nous avions les mêmes valeurs. Nous avons finalement accepté de faire une fusion, en janvier 2020.
C’est comme si notre bébé était devenu adolescent. Il faut le laisser grandir, tout en continuant d’être présentes. Nous faisons le même travail, en apprenant à collaborer avec d’autres départements. En fusionnant, nous sommes allées chercher des mentors. Nos nouveaux partenaires font preuve de positivisme, d’initiative et de maturité dans leur façon de traverser ces temps inédits. Nous ne regrettons pas notre choix.

Pour garder l’équilibre…

Je cours des marathons. Je suis incapable de méditer, m’arrêter pour respirer, c’est une torture. C’est la course qui me permet de faire le vide. Pendant mes entraînements, ma respiration prend un rythme qui me plonge dans un état méditatif. C’est vraiment salutaire !