La génération Katniss: les filles guerrières

Dans les romans et les films, c’est l’heure des filles fortes et indépendantes. Vive Hunger Games!

 
generationkatniss-une
Les films de la trilogie Hunger Games ont déclenché l’hystérie auprès des adolescentes et des jeunes femmes. Ici, à Rome. Photo: Getty Images Entertainment

Sur les campus, ces années-ci, beaucoup d’étudiantes portent des bottes hautes. Ou, comme Chloé Émard-Lamy, 21 ans, une tresse française qui naît près de l’oreille gauche pour aller reposer sur l’épaule droite. Telle Katniss Everdeen, l’héroïne guerrière et chasseresse des Hunger Games.

Étudiante en neurosciences à l’Université de Montréal, Chloé a plongé tête première dans cet univers né sous la plume de l’Américaine Suzanne Collins en 2008 et en est ressortie inspirée. Comme des millions de filles de sa génération. La trilogie des Hunger Games, traduite en 25 langues, s’est vendue à plus de 50 millions d’exemplaires et a figuré environ 80 semaines parmi les 10 best-sellers du New York Times. Les trois films qui en ont été tirés – on attend le quatrième en 2015 – ont connu un immense succès.

Fortes, courageuses, brillantes, les nouvelles héroïnes prennent les commandes  et révolutionnent le monde.  Photo: Les Films Séville
Fortes, courageuses, brillantes, les nouvelles héroïnes prennent les commandes et révolutionnent le monde. Photo: Les Films Séville

« J’ai dévoré ces romans, dit Chloé. Katniss est forte et courageuse. Elle donne de l’espoir dans la lutte contre les stéréotypes associés aux femmes ! »

Exit les princesses fragiles qui font le ménage en attendant le prince charmant qui viendra les sauver. Les héroïnes d’aujourd’hui sont brillantes, autonomes, débrouillardes. Elles se battent à armes égales contre des adversaires masculins, féminins ou mécaniques, déclenchent des révolu‑
t-ions et libèrent des peuples entiers. Elles subissent d’atroces blessures mais finissent par en guérir. Toujours, elles survivent.

Hermione Granger, de Harry Potter. Photo: Agence Keystone
Hermione Granger, de Harry Potter.
Photo: Agence Keystone

Les héritières d’Hermione

Des millions de jeunes lectrices avaient suivi les aventures d’Hermione Granger, figure emblématique de la série Harry Potter créée par J.K. Rowling (publiés entre 1997 et 2007, ses sept tomes ont généré des ventes estimées à plus de 400 millions d’exemplaires). Les fans d’Hermione ont grandi et leur héroïne a maintenant de nombreuses descendantes. Elles se nomment Tris Prior (Divergence, de Veronica Roth), Tally Youngblood (Uglies, de Scott Westerfeld), Daenerys Stormborn et Arya Stark (Le trône de fer, de George R.R. Martin). Toutes appartiennent à des mondes parallèles, de science-fiction ou de fantasy (un genre de fiction qui se déroule dans des univers magiques et purement imaginaires). Elles ont envahi les rayons de nos bibliothèques et nos écrans de cinéma. Et elles inspirent les femmes de demain.

Bien sûr, on a eu droit à l’intermède Twilight. Cette série de romans de vampires, écrite par l’Américaine Stephenie Meyer, a stimulé le goût de la lecture et la rêverie romanesque de millions d’adolescentes. Or, elle met en vedette Bella Swan, dont l’existence semble se résumer à être amoureuse d’un vampire végétarien et à dépendre de lui quand on l’attaque. Cette héroïne molle est un « cauchemar féministe », a écrit la critique américaine Krystal Clark.

C’est en 2008, en pleine vague Twilight, que l’héroïne des Hunger Games est venue sauver la mise, offrant un contrepoids nécessaire à l’influence de Bella.

« Elle aussi est prise dans un triangle amoureux, mais, contrairement à Bella, ce n’est pas ce qui la définit, dit Chloé. Katniss est indépendante ; son bonheur ne repose pas sur l’amour d’un garçon. »

generationkatniss-poupee
Barbie Mattel de Katniss. Photo: Splash News/Corbis

Laura Catherine Proulx, 20 ans, est du même avis : « Katniss m’a beaucoup marquée, dit l’étudiante, qui commence son doctorat de premier cycle en pharmacie. Sa bravoure et son sens de l’équité montrent que les femmes peuvent être non seulement sensibles et amoureuses, mais également des leaders qui influencent leur société. »

The Hunger Games se déroule dans la nation postapocalyptique de Panem, gouvernée par le Capitole, un régime répressif. Pour soumettre ses districts, le gouvernement leur impose un jeu de téléréalité qui prévoit l’affrontement mortel de 24 jeunes filles et garçons – les « tributs ». Âgés de 12 à 18 ans, ces concurrents tirés au sort s’entretuent ; le dernier survivant gagne les jeux, assurant à sa famille une vie confortable.

À la mort de son père, Katniss est devenue la pourvoyeuse de sa famille, qu’elle nourrit en chassant. Quand sa jeune sœur est nommée à cette funeste loterie, elle prend sa place. Au fil de l’intrigue, elle se tire de toutes les situations et devient le symbole de la révolution contre le pouvoir.

« Elle chasse, marchande, s’attaque aux travaux répugnants (comme dépecer un animal), avance Annabelle Richard-Laferrière, 19 ans, étudiante en physique. Bref, elle est débrouillarde, ingénieuse et possède beaucoup de leadership. Et elle se soucie peu de son apparence, la coquetterie n’étant pas du tout nécessaire à sa survie ou à celle de sa famille. »

Vrai, ce personnage se prête parfois à des mascarades orchestrées par le Capitole, qui la pomponne et l’utilise pour mousser les jeux. Mais c’est bien à contrecœur et seulement pour survivre. À l’encontre des héroïnes traditionnelles, de pauvres créatures émotives et fragiles, elle refoule ses émotions et cache ses faiblesses. L’auteure Suzanne Collins la soumet à une quantité effroyable de blessures physiques et psychologiques. Katniss sera déshydratée, battue, tailladée au couteau, empoisonnée, piquée par des guêpes, assommée et brûlée sur une grande surface de son corps et de son visage, ce qui la rendra méconnaissable… Forte, elle survit à ses blessures et ne pleure jamais sur son sort. Un modèle de résilience qui prouve qu’il est possible de se relever après des traumatismes. « Cette trilogie montre à quel point la liberté est importante et que la tyrannie est quelque chose d’horrible, dit Annabelle. Finalement, l’espoir est plus fort que la peur. »

Tris Prior, personnage principal de Divergenceé Photo: Les Films Séville
Tris Prior, personnage principal de Divergenceé
Photo: Les Films Séville

Des héroïnes féministes ?

C’est surtout pour protéger sa sœur, sa mère et ses amis Rue, Peeta et Gale que Katniss se démène autant. Une caractéristique qui cause bien des débats chez les spécialistes. « L’instinct protecteur des personnages féminins est une marque d’émotivité qui limite leur portée tough », affirme Sherrie A. Inness, professeure de littérature anglaise à l’Université de Miami à Hamilton, Ohio, dans l’essai Tough Girls : Women Warriors and Wonder Women in Popular Culture (Dures à cuire : guerrières et superfemmes dans la culture populaire).

C’est au contraire une preuve de leur humanité, rétorque la journaliste améri‑
caine Rachel Stark, qui a écrit l’article Why Katniss is a Feminist Character (And It’s Not Because She Wields a Bow and Beats Boys Up) (Pourquoi Katniss est un personnage féministe – et ce n’est pas parce qu’elle manie l’arc et tabasse les gars) sur le site américain tor.com. À son avis, cette dimension humaine fait de l’héroïne un modèle idéal pour les filles. « C’est un personnage féministe, non pas parce qu’elle peut planter une flèche dans la gorge d’un ennemi aussi rapidement que le ferait un homme, mais parce qu’elle conserve cette force tout en s’ouvrant au pouvoir de l’entraide et de la solidarité féminines », écrit-elle.

Quoi qu’il en soit, ces nouvelles héroïnes offrent des perspectives inexplorées pour les femmes de demain, en agissant sur leur imaginaire. Laura Catherine en est convaincue. « Katniss est un modèle à suivre, dit-elle. Elle illustre le pouvoir social qu’il nous est possible d’avoir. » C’est aussi ce qu’Annabelle a retiré de la lecture des Hunger Games : « Cette fille est pas mal plus inspirante que les icônes de beauté, note-t-elle. Parce que ses valeurs sont profondes et belles, et qu’elle n’a rien de superficiel. Cette histoire montre que les femmes peuvent se débrouiller seules et faire leurs propres choix. »

D’autres héroïnes inspirantes pour adolescentes et jeunes femmes

Du Québec

Arielle (série Arielle Queen, par Michel J. Lévesque)

Yukié (Hanaken, 2 tomes, par Geneviève Blouin)

De la France

Luna (Luna, l’elfe de lune, par Élodie Tirel)

É-den (É-den, 2 tomes, par Élodie Tirel)

Ophélie (La passe-miroir, par Christelle Dabos)

Traduits de l’anglais

Six (Numéro quatre, par Pittacus Lore)

June Iparis (Legend, par Marie Lu)

Aria (Sous le ciel de l’impossible, par Veronica Rossi)

Cassie Sullivan
(La 5e vague, La mer infinie, par Rick Yancey)

À découvrir aussi

Aurora, l’héroïne de Child of Light, jeu vidéo créé à Montréal par Ubisoft.

Impossible d'ajouter des commentaires.