La retraite au féminin

À 25, 30 ou 40 ans, vous vous croyez trop jeune pour prévoir votre retraite? Détrompez-vous! Mieux vaut commencer tôt, et c’est encore plus vrai pour les femmes.

 
Shutterstock

Eh non, la retraite n’a pas tout à fait le même visage au féminin qu’au masculin! Pourquoi? D’une part, parce que les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, et d’autre part, parce qu’elles gagnent en général moins d’argent au cours de leur vie active. « D’où l’importance de commencer le plus tôt possible à épargner et surtout de bien s’informer pour comprendre les enjeux de la retraite. » Un conseil unanime de Jocelyne Houle Lesarge, PDG de Question Retraite, directrice générale de l’Institut québécois de planification financière et de Lison Chèvrefils, planificatrice financière et spécialiste des finances personnelles pour les femmes, avec qui nous avons fait le tour de la question.

Travail moins payant, retraite plus modeste

Selon les plus récentes compilations d’Emploi-Québec, les femmes forment aujourd’hui près de 48 % de la population active, et si leur salaire hebdomadaire a bondi de plus de 65 % depuis 1998, il plafonne encore à 84 % de celui des hommes (75 % dans certains types d’emplois). Par ailleurs, l’édition 2011 des Chiffres clés de l’emploi au Québec, publiée par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, indique que le quart des femmes occupent un emploi à temps partiel (soit deux fois plus que les hommes). Or, le travail à temps partiel donne rarement accès à un fonds de pension de l’employeur. Et même lorsqu’elles travaillent à temps complet, les femmes, en raison du type d’emplois qu’elles occupent, sont moins nombreuses que les hommes à avoir accès à un tel fonds de pension.

Par ailleurs, en raison de leurs salaires plus bas, leurs cotisations au Régime des rentes du Québec (RRQ) sont également inférieures à celles des hommes. En décembre 2010, les femmes bénéficiaires du RRQ recevaient une rente équivalant en moyenne à 63 % de celle versée aux hommes.

Sans compter que nombreuses sont les femmes qui interrompent leur carrière pour la venue des enfants. Des années où elles ne cotisent pas à un régime privé et où elles ne peuvent augmenter leur épargne ni cotiser au RRQ. Et bien que le régime tienne compte des années passées auprès des enfants dans le calcul de la rente, cela ne permet pas un complet rattrapage pour l’ensemble de leurs revenus de retraite. Bref, à travail moins payant, épargne et revenus de retraite plus modestes.

Le prix de la longévité
Les conditions de travail des femmes ne sont pas le seul facteur à influencer leurs revenus de retraite. Leur longévité compte aussi dans la balance. Les Canadiennes ont une espérance de vie de 83 ans, soit cinq de plus que celle des hommes.

Ces quelques années en plus coûtent cher aux femmes. Car non seulement doivent-elles vivre plus longtemps sur leurs revenus et leurs épargnes de retraite, mais en plus, les rentes qu’elles toucheront de leurs différents placements ou fonds de pension seront inférieures à celle des hommes, car les actuaires tiennent compte de ces années supplémentaires dans le calcul des rentes à verser. Ainsi, une femme de 35 ans qui dispose d’une somme de 50 000 $ pour acheter une rente viagère (versée à vie), qu’elle touchera à partir de 65 ans, recevra une rente annuelle de 6 289 $, tandis que pour le même scénario, un homme, lui, touchera une rente de 7 094 $. (Hypothèse selon un taux de rendement de 5 % et un taux d’inflation moyen de 2,5 %.) Et il en va aussi pour tous les calculs de rentes.

Vos revenus suffiront-ils?

Bien entendu, l’espérance de vie des hommes a elle aussi augmenté et continue de le faire. Selon certaines sources statistiques, 50 % des gens actuellement âgés de 65 ans et plus vivront au-delà de 84 ans, 89 ans dans le cas des femmes. Il y a 50 ans, la retraite ne durait que quelques années et ne nécessitait pas beaucoup de planification ou de revenus. La retraite d’aujourd’hui peut durer 15, 20 30 ou même 40 ans.

Vos revenus de retraite dureront-ils aussi longtemps et surtout vous suffiront-ils? On estime qu’il faut atteindre 50 à 70 % de son revenu de salaire pour répondre à ses besoins, une fois à la retraite. Et contrairement à la croyance populaire, les rentes publiques, comme la Régie des rentes du Québec (RRQ) et la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV), ne suffiront pas à couvrir vos besoins. Par exemple, si vous faites actuellement 50 000 $ par année, les deux rentes additionnées ne couvriront que 34 % de votre revenu. Et ces chiffres, on le sait, sont en moyenne inférieurs pour les femmes. Si vous n’avez pas accès à un fonds de pension privé, le reste devra provenir entièrement de vos épargnes personnelles. Et même si vous faites partie des 45 % de Québécois qui bénéficient d’un régime de pension, les soubresauts des marchés et la situation économique pourraient en diminuer les rentes.

Stratégies gagnantes  

Que faire à 25 ou 30 ans? Épargner!
Pas facile à 30 ans de se motiver à épargner en vue de la retraite. Enfants, maison, voiture, le budget déborde déjà et la retraite semble si loin. « L’important est d’épargner, soutient Lison Chèvrefils, et de le faire de façon régulière, et cela, même si ce n’est pas en prévision de la retraite. Les prélèvements automatiques sont souvent un bon outil pour le faire. Commencez par de petites sommes. Même s’il ne s’agit que de 20 $ par semaine, cela représente 1 000 $ à la fin de l’année. En le plaçant dans un REER, vous profiterez des réductions d’impôts et vous pourrez un jour l’utiliser en RAP (Régime d’accès à la propriété) pour une maison ou pour un retour aux études ou le conserver pour la retraite. Une fois l’habitude prise, on pourra augmenter graduellement la somme prélevée et instaurer une habitude d’épargne. »

Selon les estimations des experts de la Banque Nationale, en épargnant 35 $ par semaine pendant 30 ans (à un rendement de 6 % par année), on obtient 152 982 $! De plus, en raison des intérêts accumulés, si vous placez 1 000 $ à 35 ans, il vous rapportera plus que si vous placez 2 000 $ à 45 ans. En commençant tôt, vous faites davantage fructifier vos épargnes.

Que faire à 40 ans? Épargner et faire fructifier!

Les femmes ont un profil d’investisseur plus frileux que celui des hommes. Elles n’aiment pas prendre de risques et se tournent plus volontiers vers des placements garantis offrant une sécurité sur le capital investi, mais des rendements très faibles et en général inférieurs au taux d’inflation annuel. Résultat : leurs placements rapportent moins et surtout résistent mal à l’effet corrosif de l’inflation. Ainsi, en tenant compte d’un taux d’inflation annuel de 2,5 % (taux de 2011), si vous dépensez actuellement 20 000 $ par année, vous devrez débourser 28 966 $ dans 15 ans pour les mêmes biens. Voilà pourquoi vos placements, une partie du moins, doivent vous rapporter un taux de rendement égal ou supérieur à l’inflation. « Les femmes doivent respecter leurs limites au stress ou leur tolérance au risque, mais à 35, 40 ou 45 ans, elles doivent diversifier leurs placements et opter pour des rendements un peu plus performants. Les fonds équilibrés en sont un bon exemple. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est le moment de faire fructifier ses épargnes », explique Lison Chèvrefils.

Que faire à 50 ans? Épargner et planifier!
Finie l’époque où on nous faisait miroiter la retraite à 55 ans. Les conditions économiques et la longévité font en sorte que la plupart des gens continueront à travailler jusqu’à 60, 65 ans et même plus. À 50 ans, vous avez donc encore le temps d’épargner, mais c’est aussi le moment de planifier et de répondre à quelques questions : à quel âge prendrez-vous votre retraite? De combien aurez-vous besoin? Sur quelles rentes pourrez-vous compter? Combien prévoyez-vous avoir accumulé en épargne? Où habiterez-vous? Etc. En répondant à ces questions, vous fixerez vos objectifs et pourrez ajuster le tir selon vos prévisions de revenus. C’est aussi l’heure de mettre une plus large partie de vos placements dans des produits financiers moins à risque, car il vous reste moins d’années pour rattraper le coup si les marchés fluctuent.

Que faire à tout âge? S’informer et agir!
Quel que soit votre âge, voici quelques points importants à retenir :

  • L’amour n’étant pas toujours éternel, mieux vaut planifier votre retraite avec vos propres épargnes et revenus. Ainsi, vous pourrez fixer vos propres objectifs et tenir le coup, advenant une rupture.
  • Prenez vos affaires en main. Ayez un portrait clair de votre situation financière. Informez-vous sur vos droits quant aux régimes public et privé de retraite. Des outils comme SimulR sur le site de la RRQ vous permettent d’avoir une projection de vos revenus de retraite et de vos besoins en épargne. Consultez un expert, au besoin, pour vos placements en vous assurant qu’il est bien inscrit auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF).
  • Si vous êtes mariée, sachez que la plupart des fonds de pension d’employeurs, les REER et autres régimes de retraite de même que les gains inscrits à la RRQ font partie du patrimoine familial.
  • Que vous soyez mariée, unie civilement ou conjointe de fait, en cas de rupture, les revenus de travail inscrits au RRQ à votre nom et celui de votre ex-conjoint seront additionnés pour la période où vous étiez en couple et répartis en parts égales entre vous. Consultez le site Internet de la RRQ pour plus de détails.
  • Vos revenus ont diminué après l’arrivée de vos enfants? La RRQ en tient compte dans le calcul de vos rentes. Elle soustrait de la période cotisable les mois ou années pendant lesquels vous recevez des allocations familiales pour la charge d’un enfant de moins de sept ans.

À consulter

Question Retraite
Un guide complet s’adressant aux gens de 25 à 45 ans, en partenariat avec la RRQ.

Autorité des marchés financiers
Pour vous assurer de traiter avec un professionnel reconnu.

Régie des rentes du Québec

Impossible d'ajouter des commentaires.