Lâchée lousse

Roses des Andes: la fin d’une incroyable aventure

Une dernière étape laborieuse, une nuit à la belle étoile sous le point de congélation, puis l’annonce des gagnantes… Notre journaliste Louise Gendron raconte la fin de la course pour le Trophée Roses des Andes 2015.

 

Photo: Rose des Andes

Photo: Rose des Andes

L’étape marathon, ils appellent ça. On se demande bien pourquoi. Au programme, 422,3 km sur deux jours, avec nuit à la belle étoile (ou pour les chanceuses, chez l’habitant).

Dès le départ, des équipages désireux d’économiser les kilomètres et ainsi remonter au classement se sont aventurés dans des plaines à la végétation traîtresse, aux feuilles acérées comme des scalpels. Certaines (salut Anick et Nadine, le Dream Team numéro 63!)  l’ont payé de trois crevaisons de suite. Une économie de kilomètres onéreuse en temps. Et en stress.

Suivaient deux cols à plus de 4300 mètres d’altitude. Rien de tel qu’un petit 20 km de montée en lacets serrés sur une route de terre cahoteuse et caillouteuse, coincée entre la falaise et le précipice, pour vous réveiller une pilote.

Puis  deux ou trois salars, ces beaux déserts de sel qui s’étendent entre des sommets comme peints à l’aquarelle; le bien-nommé Desierto del Diablo, un labyrinthe de monticules rouge ocre qu’on dirait tombés de la planète Mars. Des paysages parmi les plus beaux et les plus sauvages du monde.

Quand quelques équipages de Québécoises se sont arrêtés pour bivouaquer, après un dernier salar de 80 km, l’altimètre marquait 3000 mètres et le thermomètre oscillait autour de 8°. Pas grave. Habillées comme des pros (le multicouches, y a que ça) elles ont fait un feu — «On ramasse du bois depuis 3 jours», ont dit Julie et Émilie Pelchat, les deux sœurs de l’équipage  32.

Photo: Roses des Andes

Photo: Roses des Andes

Puis, comme des magiciennes, les filles ont sorti des camions: des bouteilles de champagne, la fondue au fromage (bien figée dans le caquelon de Marie-Noëlle Mailloux de l’équipage 79), du foie gras, du jambon fin, toutes les gâteries qu’elles traînaient depuis le début en prévision de cette occasion. Elles se sont assises autour du feu sur les plaques de désensablage pour festoyer sous la Croix du sud avant de s’envelopper dans leur sac de couchage pour la nuit. «Trois paires de chaussettes, deux polars, ma doudoune, et puis j’ai gelé comme une crotte», a officiellement déclaré Nicole Carreau, la copilote des Roses de Salta (l’équipage 39), le lendemain. Pas étonnant. Le mercure est descendu à -10°. L’eau a gelé dans les bidons et dans les radiateurs…

Pendant ce temps, plus de 25 équipages, surpris par la nuit tombante, sont restés bloqués des dizaines de kilomètres derrière. La majorité a trouvé refuge dans un gymnase (en ciment et non chauffé!) où elles ont au moins pu monter leur tente à l’abri du vent. D’autres encore ont trouvé l’énergie de faire la fiesta chez l’habitant jusque bien tard. Avant de repartir au matin en direction de San Antonio de los Cobres où était montée la grande arche de l’arrivée.

Après 142 kilomètres jusqu’à Salta (wow, de l’asphalte!), une douche et une nuit dans un vrai lit  à l’hôtel Alejandro 1, certaines étaient prêtes à repartir. Personnellement je n’y comprends rien, mais je les trouve bien hot.

Et toutes les Québécoises, peu importe leur classement, étaient fières qu’un équipage québécois monte sur le podium ce soir. France Sigouin et Gisane Roy, de l’équipage 84, se sont classées deuxièmes au classement général. Il faut dire que ce sont des vétéranes. Elles ont déjà le Rallye des Gazelles à leur palmarès et se préparent déjà pour le Rallye des Princesses, alliant rallye, bons hôtels et massages. En France s’il vous plaît. Jouer du compresseur dans le désert, c’est bien. Mais une fille a bien le droit de satisfaire sa poule de luxe intérieure…

Photo: flash-sport

Photo: flash-sport

Pour écrire à Louise Gendron: louise.gendron@chatelaine.rogers.com

Pour réagir sur Twitter: @lou_gendron