Ma parole!

Le divorce et les enfants

On compose comment, avec une famille recomposée? Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen raconte.

Photo: Meagan Curry / Stocksy

Photo: Meagan Curry / Stocksy

Je suis divorcée. Pas divorcée pour vrai là, séparée. C’est que le papa de ma première fille n’est pas mon conjoint actuel. Mon aînée, je l’ai eue avec mon high school sweetheart. On était ensemble depuis le cégep et, à la mi-vingtaine, on a conçu un enfant. On s’est séparés un an et demi plus tard et on est depuis en très bons termes. Avec mon ex, mon mari et mes trois enfants, on forme ce qu’on nomme affectueusement une famille moderne. Moderne parce que tout le monde s’apprécie, se parle et s’entraide. Moderne parce qu’il n’y a jamais de chicane entre mon ex et moi (ou si peu). Moderne parce que le papa de ma plus vieille, quand il vient la chercher, s’arrête souvent à la maison boire une petite bière, prendre un café ou parler littérature et hockey avec mon nouveau chum. Moderne parce que le père de ma grande fait partie de notre famille.

Je me dis souvent que, même si le divorce n’est pas le scénario rêvé, nous avons quand même offert à notre précieuse enfant la moins pire des séparations. Ma fille voit ses parents ensemble et elle sait que nous sommes demeurés de grands amis. Ça, c’est ce que je me dis quand tout va bien ou pour me donner bonne conscience. La réalité, c’est que, malgré toute la bonne entente qui règne, ma grande se tape quand même toutes les semaines l’aller-retour entre ma maison et celle de son père.

Dès le départ, on a convenu avec mon ex qu’il n’y aurait pas de valise. On voulait éviter l’impression du déménagement tous les vendredis. Pas de valise, ça voulait dire acheter tout en double. Ça marchait bien quand elle était très petite mais, à huit ans, ça fonctionne moins parce qu’elle veut trimballer ses affaires préférées chez l’un et chez l’autre. C’est un détail et, au nom de son bonheur, son père et moi acceptons d’assumer la gestion supplémentaire que cela implique, même si ça veut dire perdre vêtements, jouets, livres et élastiques à cheveux.

Ce qu’on a de la difficulté à gérer, par contre, c’est l’angoisse et le manque qu’elle peut ressentir. Chaque fois qu’elle va chez l’un de ses parents, elle doit se passer de l’autre. Elle fait donc une fois par semaine le deuil d’une des personnes les plus importantes dans sa vie. Et c’est encore plus difficile pour elle depuis que j’ai eu d’autres enfants. Parce que sa sœur et son frère, eux, ont une « vraie » famille. Ce ne sont pas mes mots, mais les siens. Ma fille trouve ça poche de savoir que je forme une famille unie avec mon nouveau conjoint et mes nouveaux enfants. Et, même si nous faisons tout pour que jamais elle ne se sente exclue, ça ne fonctionne pas totalement. Pourtant, nous ne faisons jamais d’activité vraiment amusante sans elle. On l’attend pour tout : les anniversaires, les vacances, les glissades d’eau. Elle le sait très bien, mais si elle apprend par sa sœur ou par moi qu’on est allés manger une crème glacée sans elle, je peux voir dans ses petits yeux toute la peine que ça lui fait. Je m’en veux pour ça, si vous saviez.

Et il y a le rythme surtout. Mon aînée doit se réadapter au rythme de notre famille à chacun de ses retours. C’est la même chose quand elle débarque chez son père, j’imagine. Passer sans arrêt d’enfant unique à plus vieille d’une famille de trois, c’est compliqué à gérer, pour elle comme pour nous. Oui, il nous faut nous aussi retrouver le rythme chaque fois. Mais on ne parle jamais de ça dans les reportages sur le divorce. Pour la cadette, c’est ardu de perdre sa grande sœur une fois par semaine. Comme elles partagent la même chambre, c’est encore pire. La plus petite pleure, ne veut plus dormir seule, fait des cauchemars. Il y a quelque temps, elle s’est inquiétée : « Ça se peut que toi et papa, un jour, vous ne soyez plus des amoureux ? » Ce n’est pas moi qui lui ai mis des idées pareilles en tête. C’est sa grande sœur qui, un soir, a voulu lui expliquer pourquoi ses parents à elle n’étaient plus ensemble. Quand elle m’a demandé ça, je me suis dit que j’aurais aimé préserver sa naïveté pour toujours. Hélas, c’est impossible. Alors je lui ai répondu que oui, ça se pouvait, mais que ce n’était pas à la veille d’arriver.