Léa rencontre Pascale Montpetit

Quelques questions à une grande actrice, un brin philosophe.

 

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Je termine cette série de rencontres avec Pascale Montpetit, une grande actrice, un brin philosophe. Elle m’attendait dans une maison aux pierres grises, son agence artistique. Le bâtiment, probablement centenaire, a déjà appartenu à Gilles Vigneault. Le lieu inspire la sagesse et l’histoire du Québec. Dans le hall d’entrée, Michel Tremblay bouquine. C’est pour dire.

Photo : Monic Richard
Photo : Monic Richard

Pourquoi êtes-vous devenue comédienne?
Enfant, j’aimais dessiner. Je voulais être peintre, mais je me suis dit que la solitude n’était pas totalement faite pour moi. Je suis déjà assez solitaire comme cela! Un jour, j’ai appris qu’une amie d’enfance était admise au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Cela m’a donné l’envie de tenter ma chance. Je pensais que les comédiens formaient un club privilégié et que je n’y aurais jamais accès. J’ai pris ce chemin un peu par hasard finalement. Le métier de comédien m’a aidée à vaincre ma timidité.

Êtes-vous timide?
La plupart des acteurs que je côtoie sont de grands timides. Je me suis rendu compte que la scène était le seul endroit où je pouvais vraiment exister. Il y a un projecteur, une durée, des paramètres connus, un texte déjà écrit… Les comédiens sont des timides effrontés. Quand c’est le temps d’y aller, ils y vont. Ils n’ont plus aucune inhibition sur scène.

Cherchez-vous à vous émanciper?
Je pense que oui. Il y a une phrase sur laquelle j’ai fait beaucoup de kilométrages dans ma vie : « La liberté, ça ne se demande pas, ça se prend ». Être actrice, c’est ruser. C’est montrer ce que l’on peut, ce que l’on veut. La création est une forme de provocation. Ce métier m’aide à me sentir plus libre.

Étant une grande timide, ce n’est pas difficile de faire votre métier?
Comment dire? C’est aussi par provocation que l’on devient comédien lorsque l’on est timides. J’aime provoquer, me transformer, jouer sur la perception des autres. Je ne possède pas le physique de jeune première. Je peux être enlaidie. Et j’accepte volontiers de l’être. C’est un grand plaisir. J’adore me transformer. Et j’ai rapidement accepté que je ne puisse pas jouer les grandes blondes mystérieuses. Avant de débuter ma carrière, je croyais que tout était possible. Je n’avais jamais pensé que des agents de casting décideraient de mon avenir. « Trop vieille, trop grosse, trop petite ». Cela peut être ingrat.

Aimez-vous faire rire?
Oui. C’est une arme extraordinaire. Souvent, les gens utilisent le sens de l’humour comme arme d’autodéfense. C’est ce que je fais.

Quelle femme vous inspire?
Marie-Claire Blais qui a déjà affirmé : « Un jour, je me suis dit que je voulais vivre une vie d’artiste ». On aurait dit qu’elle m’avait donné la permission de suivre sa voie, ma voie.

Qu’est-ce qui vous révolte?
Oh mon dieu! Veux-tu vraiment connaître la liste? D’abord, je dirais l’injustice. Il faut accepter d’être impuissants devant certaines circonstances. Un exemple? Naître avec une maladie grave. Il y a encore des gens pour qui la vie est un combat de tous les jours. Et ça devient insupportable dans une société aussi avancée que la nôtre. Il y a aussi la répartition inégale des richesses. Je n’aime pas le déni. Le danger, c’est de penser qu’on ne peut rien faire devant l’injustice.

Agissez-vous pour vaincre l’injustice?
Oui, j’essaie. Il y a une phrase d’Hubert Reeves qui m’aide à garder espoir : « Je suis un optimiste volontaire ». Il a raison. La seule position qui est envisageable pour l’avenir est l’optimisme.

Qu’est-ce qui vous inspire?
Le fait que la vie soit pleine de surprises; des bonnes comme des mauvaises. J’ai lu Boris Cyrulnik sur la résilience, l’idée que tout n’est pas déterminé. Je constate qu’il existe des âges de la vie et des cycles. L’impermanence, c’est ce qui m’inspire le plus. L’un de mes poèmes préférés est Je ne voudrais pas crever de Boris Vian. Il dit : « Le bon ni le mauvais ne me feraient de peine. Si si si je savais que j’en aurais l’étrenne ». Il raconte l’imprévisibilité de l’existence. Je crois que les gens qui n’ont rien sont plus disposés à vivre le moment présent, à être heureux et résilients face à la vie. J’ai pris du temps à accepter que la vie soit pleine de surprises. À 50 ans, j’y suis parvenue.

Comment l’arrivée de votre fille a-t-elle changé votre vie?
Quand j’ai adopté ma fille et que je suis allée la chercher à Saigon au Viêt Nam, j’ai vécu une sorte d’épiphanie. Je me suis dit que je ne pouvais pas mourir avant elle. C’était impossible. J’ai éprouvé un amour inconditionnel quand je l’ai vue, la première fois. Je vais m’en rappeler toute ma vie.

Avez-vous la foi?
J’avais une grand-mère qui s’appelait Colombine. Elle avait une foi de charbonnier, elle. Pas moi. C’est une femme de son temps, elle croyait à la religion catholique, au jugement dernier et à la résurrection des morts. Ma grand-mère était certaine qu’elle allait se retrouver au paradis avec son mari à boire son Sanka et manger des biscuits Digestive. Moi, je ne crois pas à ça. Je ne crois pas non plus qu’il y a quelqu’un qui veille sur moi personnellement… quelque chose comme Dieu. Mais, j’aimerais ça en maudit.

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