Ma parole!

L’horreur sur mon fil Facebook

Les photos des corps de réfugiés et autres images violentes qui inondent les fils de nouvelles des médias sociaux servent-elles vraiment à quelque chose ? Geneviève Pettersen se pose la question.

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Sauf si vous vivez sur une autre planète, vous avez sûrement vu les centaines d’images et de vidéos montrant des réfugiés noyés qui circulent actuellement sur les médias sociaux. Un matin, ce week-end, j’avais envie de zieuter un peu mon mur Facebook en mangeant mes toasts. C’est là que sont apparus les corps trempés et désarticulés d’enfants du même âge que les miens. On les voyait flotter en couche-culotte ou affublés d’un chandail de Dora l’exploratrice dans les eaux bleues de la Méditerranée. J’assistais, impuissante, au défilé de leurs petits cadavres roulants sur la grève de l’île italienne de Lampedusa. Ce matin-là, j’ai pleuré, mais je me suis surtout indignée. Je n’avais pas choisi de voir ces photos choquantes et extrêmement violentes. Sans me demander mon avis, l’horreur s’était invitée à déjeuner chez moi. Je me suis dépêchée d’appuyer sur le bouton « masquer » parce que j’entendais mes filles qui arrivaient dans le salon. «Pourquoi tu pleures maman ? », m’a demandé la cadette.

Je n’ai pas eu le courage de lui répondre. Ça ne me tentait pas de lui expliquer que je venais de voir des petits enfants morts noyés et, qu’inévitablement, je m’étais imaginé que ça aurait pu être sa sœur et elle là-bas, dans l’eau. Je me suis trouvée quand même un peu lâche. Et je me suis demandé si je ne préférais pas me mettre la tête dans le sable. Est-ce que ces photos ne contribuaient pas, au fond, à me faire prendre conscience à moi, femme occidentale blanche de la classe moyenne, de la chance que j’ai ? Puis je me suis dit que non. Ce type d’image ne sert à rien, sauf à servir le sensationnalisme. Je n’ai pas besoin d’elles pour être sensible au drame qui se déroule. Pour ça, il y a la radio, les nouvelles et d’excellents textes dans les journaux. Ces photos, en plus d’être irrespectueuses pour les familles des personnes décédées, sont indécentes et ne servent qu’à assouvir notre besoin de tout voir. Moi, j’ai décidé de ne plus les regarder, mais ça ne veut pas dire que j’ai cessé de les voir dans ma tête.

 

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Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)