Ma parole!

L'Islam pour les nuls

Islam, islamisme, musulmans et femmes voilées… Peut-on arrêter de mettre tout dans le même panier?, se demande notre chroniqueuse Geneviève Pettersen.

Ma_parole

Je me disais que je n’écrirais pas sur le sujet. Beaucoup de chroniqueurs et de journalistes spécialistes des affaires internationales le font déjà, bien mieux que moi. Je n’allais certainement pas parler de l’Islam, des islamistes, des musulmans, de l’État islamique, du port du niqab, des terroristes et du conflit israélo-palestinien. Mais je me suis rendu compte que monsieur et madame Tout-le-Monde sont brusquement devenus des experts de la «question musulmane» et des exégètes du Coran. Il n’y a qu’à parcourir les médias sociaux ou la section commentaire des sites de certains journaux pour le constater.

Je me suis dit «pourquoi ne pas ajouter ma voix à la cacophonie existante »? Je vous niaise, je ne me suis jamais dit ça. Ce que je me suis dit, par exemple, c’est que j’avais envie de démêler deux ou trois choses. Je l’écris rarement, mais j’ai une formation en science des religions. Oui, oui. Je suis diplômée de l’UQAM dans une étrange discipline, celle de l’étude des grands courants monothéistes et des nouveaux phénomènes religieux en Occident. J’ai même poursuivi mon obscure formation au-delà du premier cycle. Je le sais, ça surprend.

Si je fais mon coming out de fille qui s’intéresse aux religions, c’est que je n’en peux plus. Je ne suis plus capable de vous voir mélanger les affaires. J’en ai plus qu’assez d’entendre des journalistes, des chroniqueurs et des quidams parler des musulmans, de l’État islamique ou des femmes voilées dans le même phrase sans apporter les distinctions et nuances nécessaires. Vous êtes mêlés rare. Voici donc deux ou trois choses qui vous seront fort utiles, je l’espère, quand viendra le temps de parler de l’Islam dans le prochain souper de famille.

À LIRE: Quatre filles et une charte

Islam et islamisme ne sont pas des synonymes

Partons de la base : l’islam, c’est l’ensemble de croyances, de doctrines, d’options éthiques et de pratiques rituelles qui caractérisent une religion bien précise. Les adeptes de l’islam, on les appelle des musulmans et, par extension, on utilise le mot Islam pour définir l’ensemble des musulmans, des pays musulmans et de la communauté musulmane. Juste là, c’est assez simple. Mais ça va se corser, vous allez voir.

Quand on parle d’islamisme, et surtout depuis une vingtaine d’années, on ne fait plus référence à la religion musulmane, mais bien à une idéologie particulière qui puise dans l’Islam, le découpe et isole certaines croyances et pratiques pour les mettre au service de croyances politiques. Ceux qui font ça, ce sont eux les islamistes. Pour résumer, on peut dire que les islamistes veulent renverser les régimes politiques laïcs pour mettre en place des états islamiques. Pour ces gens-là, un état islamique est un lieu qui doit être dirigé selon les préceptes de leur Islam, c’est-à-dire cette religion qu’ils ont charcutée, découpée, interprétée de façon à lui faire dire ce qu’ils voulaient. Dans leur théocratie, ce seraient des experts religieux de leur Islam trafiquée qui régiraient la collectivité. Me suivez-vous? La plupart des musulmans n’ont rien à voir avec cette façon de penser. Rien. Arrêtez, donc, de parler des musulmans comme étant des «islamiques». Si vous voulez parler des mouvements qui propagent l’idéologie islamiste, par exemple l’El, parlez de mouvance islamisTE et non de courant islamiQUE. «Car « islamique » est un adjectif qui désigne ce qui est relatif à l’islam en général, tandis qu’« islamiste » est un nom ou un adjectif qui se rapporte à une tendance particulière, l’islamisme. Utiliser « islam » et « islamisme » de façon indifférenciée, c’est plus ou moins consciemment souscrire au préjugé que l’islam est de soi une religion extrémiste et que les musulmans sont par essence des fanatiques.» Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un de mes anciens professeurs et spécialiste de l’Islam, Jean-René Milot, dans son très éclairant ouvrage L’Islam, des réponses aux questions actuelles, que je vous suggère vivement de lire la prochaine fois que vous aurez envie de dire sur Facebook que les femmes voilées devraient enlever la guenille qu’elles ont sur la tête ou que tous les musulmans devraient retourner dans leur pays. C’est publié chez Québec Amérique et c’est facile à lire, je vous le jure.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)