Société

Maman à toute épreuve: Ève Morissette

Des revers, on en connaît toutes. Mais certains sont au-dessus de nos forces - du moins, c’est ce que l’on croit. Ève Morissette raconte comment elle a défié l’adversité et en est ressortie plus forte.

Maman de Jeanne, 9 ans, en couple, 40 ans, consultante en expertise opérationnelle à Service Canada. Vit à Chambly. | Photo: Maude Chauvin

La petite histoire Ève se déplace peut-être en fauteuil roulant, mais elle a des ailes ! « J’ai étudié, j’ai fait les quatre cents coups – j’étais pas mal plus olé olé que mon frère, s’esclaffe-t-elle. Ma famille m’a toujours épaulée. J’ai grandi avec le sentiment que je pouvais me réaliser. » Atteinte de para­lysie cérébrale, elle ne marche pas, manque de dextérité et parle lentement. Pour toucher la ligne d’arrivée, elle a dû mettre les gaz.

Sur son parcours, elle a rencontré Alain, un beau gaillard. « Je faisais de l’uniski et lui était un bénévole au grand cœur. Disons que je préférais l’après-ski… » Un an plus tard, ils emménageaient dans une maison de plain-pied. Un soir, elle lui a dit qu’elle voulait des enfants. À leur grande joie, elle est tombée enceinte peu après.

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Le coup dur La maternité l’a toutefois mise à rude épreuve. « Ma grossesse a provoqué une onde de choc. Ma famille se demandait comment j’allais prendre soin d’un bébé. » En plus de gérer les craintes à gauche et à droite, Ève a été en proie à de terribles nausées, puis à des quintes de toux interminables en raison de la pression qu’exerçait le bébé sur son diaphragme. À un peu plus de 37 semaines, Jeanne voyait le jour par césarienne.

Coup de gueule Les 18 premiers mois, le couple a dû se serrer la ceinture pour s’offrir les services d’une aide domestique. Se basant sur le revenu familial, le CLSC n’accordait que deux heures d’aide par semaine. Aujourd’hui, Ève n’a droit à rien. « J’ai choisi d’avoir un enfant, je l’assume. J’ai la chance de bien gagner ma vie. Mon conjoint fait plus que sa part. Et nous avons le soutien de nos proches. Mais ce n’est pas donné à tous ! » Elle estime que des mesures incitatives – aide au ménage et aux repas – encourageraient les personnes handicapées à demeurer sur le marché du travail.

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Les défis « Maman, j’aimerais que tu sois debout. » Pour une enfant qui a la bougeotte, comment concevoir que sa mère ne se lèvera jamais? Ève a su trouver les mots. « Tu n’es pas obligée d’aimer mon fauteuil. Mais il me permet de prendre soin de toi et de faire mon gros possible. »

Jeanne aussi s’applique à « faire son gros possible ». À neuf ans, elle vide le lave-vaisselle, donne un coup de main pour l’épicerie, rabroue les automobilistes garés dans les espaces réservés et explique aux enfants intrigués pourquoi sa mère ne remue pas les jambes. « Elle me protège beaucoup, dit Ève. Je lui rappelle souvent que je me débrouillais sans elle avant. Je refuse qu’elle me porte sur ses épaules. »

Récemment, un incident l’a ébranlée. À l’école, des amis de sa fille ont ri de son fauteuil roulant. « Ça me brisait le cœur de la voir souffrir à cause de moi. » Ne faisant ni une ni deux, Ève a rencon­tré tous les élèves. Elle leur a expliqué ­comment elle parvenait à choyer Jeanne, même en étant handicapée. Sa rouquine la contemplait avec fierté !

Petites victoires « Je réussis à être présente pour ma fille. Je dois veiller maintenant à rester en santé. » Ève qui n’aime pas trop le sport s’active trois fois par semaine sur son vélo stationnaire. « Je me suis battue avec énergie pour construire mon nid. Là, j’ai le goût de savourer chaque moment… »

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La Clinique Parents Plus du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau : équipements adaptés et accompagnement.

Différentes agences professionnelles proposent de l’aide à domicile (comparer les services et les prix sur Internet, ne pas hésiter à passer des entrevues)