Maman au boulot: rencontre avec Manon Gauthier, conseillère municipale

Membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, 44 ans et maman d’une fille de 17 ans, Manon Gauthier partage avec nous ses trucs pour garder l’équilibre.

 
Manon-Gauthier
Photo: Louise Savoie

Ce que je fais dans la vie
Je dis souvent que faire de la politique, c’est faire le choix de l’autre. Ma responsabilité principale est de défendre les intérêts des institutions, des regroupements et des citoyens que je représente. Je passe énormément de temps sur le terrain à prendre connaissance de leurs besoins, de leurs causes, de leurs projets.

J’ai choisi ce boulot…
Parce que j’aime trouver des solutions. Ça me donne des poussées d’adrénaline ! Et parce que depuis toujours les gens me fascinent. J’ai à cœur de les aider. Je ressens beaucoup de compassion pour le genre humain.

Je me définis comme…
Une bâtisseuse et une rassembleuse. Une de mes grandes forces, c’est d’être capable de tisser des liens entre les individus de différents milieux pour que les projets se concrétisent.

Je me sens bien quand…
Je vais courir à la montagne, le week-end. Je m’y refais une énergie physique et intellectuelle. Mon travail fait que je suis tout le temps avec des gens ; j’ai un réseau extraordinaire, des échanges stimulants. Mais, à l’opposé, j’ai un grand besoin de solitude, de contact étroit avec la nature.

Je garde l’équilibre…
Grâce à l’exercice et à une certaine rigueur alimentaire. La vie politique est d’une incroyable exigence sur le plan physique : mes journées commencent à 5 h 30 et se terminent à minuit. Alors, je consomme beaucoup d’eau, de thé, de salades fraîches, de cuisine japonaise.

J’ai renoncé à…
La vie de couple. Ce n’est pas vrai qu’on peut tout avoir et se surpasser partout. Moi, je veux exceller dans ma carrière et dans mon rôle de mère. Je suis sans doute passée à côté de belles relations, mais je n’avais pas le temps de m’y consacrer. Au travail, je ne veux pas en faire moins, je veux en faire plus ! J’ai trop à accomplir. Et pour ce faire, j’ai besoin d’autonomie émotive.

Concilier boulot et maternité…
C’est possible, même dans une famille monoparentale comme la mienne. En autant qu’on puisse compter sur un réseau d’appui. Ma fille m’a toujours suivie. Quand je m’occupais de festivals, elle était la plus jeune bénévole ; quand je me suis lancée en politique, elle a fait campagne avec moi. Ça a forgé son leadership. Je pense qu’on sous-estime la capacité d’adaptation des enfants.

Je conseille aux filles…
De suivre leur instinct. Ce n’est ni le cœur ni la tête, c’est le GPS qu’on a en soi. Il nous indique la bonne voie à suivre. Quand on sent qu’on a quelque chose à bâtir, à apprendre, même si ce choix défie la logique, il faut y aller.

Ce que je souhaite le plus
Inspirer d’autres jeunes femmes, dont ma fille. J’ai grandi dans la pauvreté et l’isolement, mais j’étais déterminée à avoir un avenir meilleur. J’ai appris l’anglais en lisant des dictionnaires ! C’est possible d’aller loin, même quand les dés ne sont pas tombés en notre faveur au départ.

J’arbore fièrement…
Une bague représentant un poisson, cadeau de ma meilleure amie, parce que l’eau est mon élément. Et puis, les bracelets africains et caribéens de mon ex-belle-mère, aujourd’hui décédée. C’était une femme imposante de six pieds, une des premières femmes d’affaires noires à Montréal. Je porte ses bijoux avec beaucoup de nostalgie.

Mes lectures
Des autobiographies de grandes femmes qui ont mené de rudes combats, comme Benazir Bhutto. J’y puise de l’inspiration, une quête d’identité, des réponses à mes questions. Une de mes favorites : Autobiographie d’Alice Toklas, de Gertrude Stein. Au début des années 1930, elle a eu l’audace d’écrire son autobiographie à travers l’histoire de son amoureuse, Alice.

J’ai de la difficulté à…
Lâcher prise. Je veux tellement bien faire et tout régler ! Nous, les femmes, nous nous sommes battues si fort pour avoir ce que nous avons. Nous pensons donc que l’échec nous est interdit. Pourtant, ma fille peut apprendre autant de mes erreurs que de mes succès. Ça, je ne l’ai pas encore intégré.

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Photo: Louise Savoie

Mes mentors
Il y en a une armée ! La juge Louise Arbour, la chancelière Louise Roy, la femme d’affaires Monette Malewski… Jacques Primeau, producteur et gérant d’artistes, a été le premier à croire en moi en m’embauchant pour l’aider à construire son agence. Il m’a donné le plus grand coup de pied au derrière de ma carrière. On s’appelle encore plusieurs fois par semaine.

J’ai appris…
Qu’il faut passer par-dessus sa timidité pour se bâtir un réseau. Au début, je trouvais ça dur : je ne conversais qu’avec les gens que je connaissais. Puis, j’ai demandé à ceux-ci de me présenter à d’autres. Il faut aller vers les personnes qu’on admire. Maintenant, je décroche le téléphone et j’y vais directement : « Vous m’inspirez et je souhaiterais vous rencontrer. »

J’aime les vêtements…
À l’élégance intemporelle. Je ne m’adapte pas à la mode. J’ai toujours eu mon style, quitte à défier la norme. Pourquoi faut-il porter un tailleur deux-pièces en entreprise ? Que je reçoive un consul ou que je visite une écurie urbaine, je suis toujours la même.

Plus tard, je veux…
Être ambassadrice à l’ONU. En fait, j’irai là où les impératifs de coopération internationale et de paix me mèneront. C’est ce que je rêvais de faire, petite. La politique municipale est pour moi un tremplin où j’apprends comment on édifie une société.

Je ne pars jamais sans…
Ma brosse à sourcils, parce que c’est un élément clé de l’harmonie du visage. J’apporte aussi un gloss et un crayon à lèvres.

Je craque pour…
Les griffes québécoises. Du designer émergent à la haute couture, j’adore la mode d’ici. Je ne manque jamais un défilé du Collège LaSalle.

Sur Twitter, j’aime suivre…
The New Yorker @NewYorker
The Walrus @walrusmagazine
ONU Femmes @ONUFemmes
Inspirational Women @FamousWomen

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