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Société

Paiements différés: comment garder le contrôle de vos dépenses

Payer en plusieurs versements un chandail, un parfum, un grille-pain et même un repas est possible depuis quelques années. L’offre est alléchante, mais pas sans risques, préviennent les experts en finance personnelle.
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Paiements différés: comment garder le contrôle de vos dépenses

LLUSTRATION : ISTOCK PHOTO/DMITRII MUSKU

Annie Lescadres, enseignante dans la jeune quarantaine, avait besoin d’une nouvelle cafetière espresso. Ça tombait bien: Amazon en offrait une de bonne qualité en solde à environ 230$, un prix imbattable. Mais comme Annie partait pour l’Italie la semaine suivante et qu’elle voulait se laisser le plus de jeu possible sur sa carte de crédit, elle a choisi de payer son achat en plusieurs versements, comme le lui a offert Amazon au moment de passer à la caisse.

Elle a donc obtenu sa cafetière en juillet dernier pour 3 paiements de 96,61$, 66,66$ et 66,66$, dont le dernier a été prélevé sur sa carte de crédit en septembre. Annie fait partie des centaines de millions de consommateurs qui profitent de l’étalement des paiements offert par Amazon et nombre de compagnies de crédit comme Klarna, Afterpay, Affirm et Sezzle. À elle seule, Klarna, entreprise suédoise présente au Canada depuis 2022, compte 111 millions de clients sur la planète qui font au total 2,9 millions de transactions chaque jour.

Ce recours facile à l’étalement des paiements – pour payer ses achats effectués en ligne ou en magasin – inquiète les spécialistes en finance personnelle et en économie familiale. Et pour cause. Certains des prêteurs sur point de vente, comme on les appelle, réclament à leurs clients des taux d’intérêt pouvant aller jusqu’à 32% et leur imposent des pénalités s’ils ratent un paiement ou ne règlent pas leur dette en totalité à l’échéance.

«Le problème, c’est que ces frais sont signalés en tout petits caractères dans les conditions d’utilisation. Bref, les clients ne savent pas vraiment dans quoi ils s’embarquent quand ils ont recours à ce type de financement», dit Julie Brissette, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de l’Est de Montréal, un organisme visant l’éducation budgétaire et la prévention de l’endettement des ménages.

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Évidemment, un client qui fait tous ses paiements rubis sur l’ongle – comme l’a fait Annie Lescadres – peut dormir tranquille. Il n’aura pas le moindre sou à verser en intérêts. Mais lorsqu’une personne multiplie les recours à ce mode de paiement, la chose peut devenir hasardeuse.

«Si on fait beaucoup d’achats de ce type, on peut facilement perdre le fil et avoir de la difficulté à gérer ses finances, explique Julie Brissette. Combien dois-je payer à qui aujourd’hui? Cette semaine? Ça peut devenir mêlant, et c’est là que les intérêts et les pénalités peuvent nous frapper.»

Klarna, qui offre, entre autres, aux clients la possibilité de régler leur achat en quatre versements, se défend bien de réclamer le moindre montant d’intérêts sur les paiements en retard. Pour générer des revenus, Klarna perçoit plutôt des marchands un pourcentage du montant de l’achat.

Par exemple, si vous achetez un pantalon d’une valeur de 100$ chez Simons par l’intermédiaire de Klarna, Simons recevra 97,50$ et Klarna gardera la différence. «Cela couvre notamment le risque que nous prenons en offrant ce financement », précise la porte-parole de Klarna.

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Sauf que... Si l’acheteur ne règle pas la totalité du montant financé par Klarna, il pourrait se voir imposer non pas des intérêts, mais une pénalité d’un montant maximal de 7$. «Moins de 3% des achats financés par Klarna entraînent ce genre de frais de retard», assure la porte-parole.

Une pénalité de 7$, ce n’est pas la fin du monde, n’est-ce pas? En fait, ça peut l’être. Car, comme le précise Julie Brissette, la société d’évaluation de cotes de crédit Equifax «tient compte de ces retards de paiement dans votre dossier de crédit. Ces marques négatives ne disparaissent pas en six mois». Et elles ont un effet direct sur la capacité d’emprunt.

Incitatif à la dépense

En facilitant à ce point les achats, l’étalement des paiements a un effet pervers: il encourage la consommation à outrance et incite parfois à dépenser plus. Chez Souris Mini, par exemple, le prêteur Affirm offre l’étalement des paiements si la facture s’élève à plus de 400$. «Ne vous y trompez pas, ces montants minimums requis pour avoir accès à l’étalement des paiements ou à la livraison gratuite, dans certains cas, n’a qu’un seul objectif: celui de vous faire dépenser plus», dit Julie Brissette.

Et ça fonctionne. L’option «Achetez maintenant, payez plus tard» fait grimper le montant des transactions de 30% à 50%, conclut une étude de la banque d’investissement RBC Marchés des Capitaux, citée par l’Office de la protection du consommateur (OPC). De plus, elle fait augmenter de 20% à 30% les chances que l’acheteur passe à la caisse.

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Privilégier le paiement complet

Au lieu de s’appuyer sur ces compagnies de crédit pour payer ses achats, on peut se constituer soi-même un petit capital, recommande Julie Brissette. «À l’ACEF, nous conseillons aux gens d’éviter le recours au crédit. En mettant de côté ne serait-ce que 20$ par paye, on peut finir par se constituer un montant intéressant pour faire ces achats impulsifs en les payant comptant», fait-elle remarquer.

L’OPC abonde dans le même sens. «Ce mode de paiement devrait être réservé à des cas exceptionnels et non aux petits achats de tous les jours, afin d’éviter tout risque de surconsommation et d’endettement», souligne Marie-Pier Duplessis, conseillère en communication de l’organisme.

Annie Lescadres, quant à elle, ne regrette pas son achat avec paiements différés. Elle a pu, avant son voyage en Italie, boire espressos et cappuccinos à volonté, et continuer de les savourer à son retour, même si sa cafetière n’était pas encore payée…

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Journaliste depuis plus de 30 ans, Daniel Chrétien se passionne pour les magazines. Il a notamment mis sa plume au service de Québec Science, de L'actualité et de Châtelaine, où il a travaillé comme rédacteur en chef adjoint pendant cinq ans. Au cours de sa carrière, il a remporté une dizaine de prix de journalisme, dont le prix Jean-Paré, remis au journaliste magazine de l'année au Québec. Aujourd'hui journaliste indépendant, il continue à collaborer avec Châtelaine sur une base régulière, en signant des reportages culturels ou traitant de sujets sociaux qui touchent les femmes.

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