Photoreportages

Sur le chemin de Compostelle

Avec ses 791 kilomètres, le mythique Camino Francés s’impose comme « le » sentier à fouler en Europe. Véritable test d’endurance physique et mentale, la randonnée sur le chemin de Compostelle s’avère surtout une formidable expérience, qui marie nature, spirituel et patrimoine historique et architectural.


 

Ce tracé de pèlerinage millénaire vers Santiago de Compostela, en Espagne, débute à Saint-Jean-Pied-de-Port, au sud-ouest de la France. Ce premier matin de marche, le vent violent plein face fait tourbillonner la « randonneuse-escargot » que je suis, manifestement trop chargée avec mes 14 kilos au dos !


 

Première étape de l’aventure : plus de 27 kilomètres de traversée des Pyrénées, avec 1250 mètres de dénivelé. Partie à bon rythme aux aurores, les jambes encore frêles, je foule la frontière franco-espagnole. Rares sont les âmes qui fréquentent la route, hormis ces magnifiques chevaux sauvages.


 

Dans la région de Navarra, les vignobles ponctuent le décor, bordés par des oliviers. Je parcours des kilomètres en pleine nature et, soudain, au détour d’une colline, un village se pointe à l’horizon et ravive le pas, présage d’eau, de répit, de dodo ou de bocadilla (sandwich).


 

Le sentier sinueux se dessine dans la région de Navarra, toute de vert vêtue, où valsent les lentilles et les coquelicots au gré du vent. Les rencontres, avec des gens provenant des quatre coins du monde, sont riches en apprentissage et en confidences, teintées d’une formidable complicité.


 

Au gré du parcours, la nature fait place à de petits hameaux pittoresques, souvent presque déserts. Mes pas résonnent sur le sol pavé de pierres et trouvent échos à la tienda (petite épicerie) ou au bar. Véritables institutions en terre ibérique, de nombreux bars sont maintenant ouverts très tôt le matin pour satisfaire les pèlerines affamées.


 

Après quelque 350 kilomètres de marche, j’entre dignement dans le centre-ville de Burgos par l’Arc de Santa Maria, avant d’être frappée de plein fouet par la renversante cathédrale gothique de Santa Maria. Quelques incontournables : croquer un célèbre morcilla (boudin noir espagnol) et visiter les monuments incroyables de cette ville, tels l’Hospital del Rey ou le Monasterio de las Huelgas. Burgos mérite un arrêt, à tout le moins une nuit.


 

Après avoir traversé les impressionnantes ruines gothiques du couvent de San Anton, j’arrive à la superbe ville de Castrojeriz, surplombée par les ruines d’un château du XIVe siècle. Avant l’ascension difficile qui entamera 20 kilomètres supplémentaires pour la journée, je m’émerveille devant l’Iglesia de San Juan, dont la base de la tour est le seul vestige du bâtiment roman original.


 

En Palencia, Villalcazar de Sirga est un important village sur le chemin de Compostelle, dont font mention les miracles des pèlerins qu’Alfonso X El Sabio immortalisa dans ses chansons. Même après des kilomètres de marche sous un soleil de plomb, les pèlerins font un arrêt pour visiter l’Iglesia de la Virgen Blanca, un temple de style gothique aux réminiscences romanes. Spectaculaire !


 

Départ à l’aube, en pleine Meseta. Ce tronçon du Camino Francés est un plateau aride de 800 à 900 mètres d’altitude, qui s’étend sur presque 200 kilomètres, de Burgos jusqu’à León. Étape torride, sans ombre ni relief, et, donc, redoutée par les pèlerins. Les quelques villages qui semblent parfois surgir de nulle part apparaissent comme de véritables oasis.


 

Le quotidien des rues bondées de la superbe ville de León me frappe, n’ayant pas été confrontée à une telle activité urbaine depuis plusieurs jours. Fondée en 68, cette ville royale regorge d’histoire, d’art et de patrimoine. Deuxième capitale du chemin, León demande à y poser son sac. La cathédrale, la Casa Botines de Gaudí ou San Marcos sont parmi les plus beaux monuments.


 

Bâtie au XIIIe siècle dans le plus pur style gothique, la cathédrale de León est flamboyante. Ses 125 fenêtres, qui comptent plus de 1900 mètres carrés de vitraux, frappent l’imaginaire.


 

Un monolithe sur le splendide Puente de Orbigo rappelle le combat mené par un chevalier, en 1434. Pour l’amour d’une femme, il défia tout chevalier qui s’aventurait à traverser le pont. Le tournoi, baptisé Paso Honsoro, dura 30 jours. À la fin du tournoi, ceux qui n’étaient pas morts ou blessés se rendirent jusqu’à Compostelle. L’histoire ne dit pas s’il gagna le cœur de sa belle !


 

Enfin, le retour des petits sentiers en montagnes. La sérénité règne sur le chemin, même s’il devient de plus en plus bondé, puisque Santiago approche et que quelques marcheurs ont entamé la route à León. Le sentier rocailleux se taille une place dans un feuillage vert, orangé et mauve.


 

Monument le plus simple, mais l’un des plus emblématiques du chemin, la Cruz de Ferro. Située à plus de 1500 mètres d’altitude, une petite croix de fer trône sur un mât de cinq mètres de haut. La tradition veut que le pèlerin y dépose à son pied une pierre provenant de chez lui, qu’il aura transportée jusque-là. Selon la coutume, cette pierre symbolise ses péchés, desquels il se débarrasse. Une halte marquante, qui me fait poursuivre ma route plus légère que jamais.


 

Sur le chemin, il n’est pas rare de voir des troupeaux paître et circuler en toute tranquillité, sans trop se soucier des pèlerins. Ici, sur la route médiévale qui mène au village de Molinaseca, la tête à peine sortie des nuages, des centaines de brebis se faufilent à mes côtés, dans un assourdissant concert de clochettes et de bêlements.


 

La très célèbre façade de la cathédrale de Santiago. Une messe solennelle y est célébrée, où on annonce le nom et la provenance des pèlerins arrivés le matin même. L’émotion est à son summum. C’est l’aboutissement de quelque 800 kilomètres de pèlerinage, répartis sur 31 jours. Et, souvent, c’est aussi le début d’un nouveau chemin…