Société

Redresser ses finances

Vous en avez assez d'être à sec ? Suivez notre plan en deux temps, 10 mouvements.


 

Votre compte de banque vire au rouge vif deux jours après la paie. Vous rognez sur la note d’épicerie. Malgré un salaire décent et une récente augmentation, votre argent disparaît dans un mystérieux trou noir. Peut-être avez-vous perdu le contrôle de vos dépenses et êtes-vous étranglée par vos dettes ?

Si vous cochez les cinq caractéristiques suivantes, il y a péril en la demeure :

  • Vous vivotez d’un chèque de paie à l’autre.
  • Vous n’arrivez même plus à faire les paiements minimums.
  • Les créanciers vous relancent régulièrement au téléphone.
  • Au travail, vous avez tous les symptômes d’un burnout.
  • En famille, les disputes à propos de l’argent sont fréquentes.

« Au Québec, le surendettement provoque tous les ans 70 000 faillites personnelles », nous apprend Gilles Galipeault, directeur du Programme d’aide financière (PAF), un organisme sans but lucratif qui aide les personnes en sérieuse difficulté financière à reconquérir leur autonomie.

Une situation grave, d’autant plus que la faillite personnelle s’accompagne souvent d’une faillite familiale. Il vaut donc doublement la peine de redresser ses finances avant qu’il soit trop tard. « D’après une étude de la Banque Scotia en 2003, cite Gilles Galipeault, l’endettement moyen des Canadiens représentait 115 % de leur revenu annuel net, contre 70 % en 1985. » Par exemple, pour une famille de deux personnes ou plus avec un revenu annuel après impôts de 60 500 $, ce qui correspond à la moyenne selon Statistique Canada, l’endettement sera de presque 70 000 $.

« Il faut dire que le crédit est aujourd’hui plus accessible que jamais, et on n’apprend pas à l’école à gérer ses finances… Alors, souvent, les rêves de la société de consommation tournent au cauchemar. Certains n’ont rien dans leur maison qui soit vraiment à eux : ni les meubles, ni la piscine creusée, ni la machine à espresso… »

Voici donc un bon plan pour récupérer votre chemise et votre sérénité.

1. Faites faire un « bilan de santé » par un planificateur financier.
Pour en trouver un, informez-vous auprès de l’ACEF ou de votre institution financière : plusieurs banques et caisses populaires offrent ce service gratuitement. Sinon, consultez, sur le site de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), la liste de ses membres agréés. Les tarifs varient sensiblement selon les compétences, l’expérience et les méthodes du planificateur.

Par ailleurs, recueillez toute l’information au sujet de vos comptes, prêts et crédit. Renseignez-vous sur votre cote de crédit auprès de l’agence d’évaluation de crédit qui fait affaire avec votre banque.

Classez impeccablement tous vos documents : feuilles de paie, impôts, factures, cartes et marges de crédit, hypothèque, taxes foncières, prêt automobile, etc. Ainsi, vous aurez une idée claire de vos dépenses et de vos revenus, si ces derniers proviennent de plusieurs sources.

2. Apprenez à faire un budget mensuel.
Au besoin, suivez un cours. Les livres de finances personnelles en proposent de bons exemples. Le budget est la clé du redressement financier. Considérez-vous comme une PME : aucune entreprise ne tient le coup sans une comptabilité claire et nette.

Vous trouverez dans la section « Trousse de survie » tous les renseignements utiles.

3. Un peu d’introspection.
Comment avez-vous fait pour vous enliser à ce point ? Votre attitude à l’égard de l’argent y serait-elle pour quelque chose ? Êtes-vous dépensière ? accro au crédit ? Avez-vous peur de l’argent, domaine « masculin », synonyme d’indépendance mais aussi de solitude ? Vous aurez peut-être à vous « déprogrammer » et, là aussi, des livres et des conseillers peuvent vous aider. Bien sûr, cela ne se fera pas en un jour.

4. En prenant la ferme résolution de ne plus vous endetter (la maison et l’auto ne sont pas en cause, mais la piscine à 25 000 $, oui !), vous démarrez votre plan de remboursement. À l’aide du budget mensuel que vous venez d’élaborer, réduisez vos dépenses de façon à économiser 10 % de votre revenu net chaque mois. Non seulement en réduisant votre train de vie, mais aussi en vous demandant, pour chaque poste budgétaire (alimentation, logement, transports, assurances, loisirs, etc.), si vous ne déboursez pas trop. Par exemple, si votre véhicule est loin d’être neuf et a beaucoup de kilométrage, pourquoi payer pour votre assurance une pleine couverture très élevée – comprenant la responsabilité civile, le vol, le vandalisme, etc. ? Vous vous faites livrer plusieurs repas par mois ? Autorisez-vous-en un seul !

5. Pour décider quelles dettes rembourser en premier, dressez-en une liste complète.
Commencez par celles qui vous coûtent le plus cher en intérêts et qui ne sont pas déductibles des impôts. Les autres pourront attendre.

Par exemple, vous avez emprunté pour cotiser à votre REER : le remboursement d’impôt va vous permettre de remettre rapidement la somme empruntée. Par ailleurs, si vous êtes travailleuse autonome, vous pouvez déduire l’amortissement de votre nouvel équipement (même si vous l’avez acheté à tempérament) et les intérêts de votre marge de crédit, ce qui n’en fait pas des dettes urgentes. Attribuez à chacune un ordre de priorité.

6. Tous les mois, effectuez le paiement minimum pour chaque dette, sauf pour la dette n° 1, à laquelle vous porterez 10 % de vos revenus nets. Lorsque la dette n° 1 sera remboursée, reportez ces mêmes 10 % sur la dette n° 2. Et ainsi de suite, jusqu’à épuisement de la liste !

7. Négociez, consolidez, refinancez.
Votre banque vient de vous accorder une marge de crédit à un taux d’intérêt de 5 % et, par ailleurs, vous avez une carte de crédit au taux de 18,5 % et un prêt auto à 7 % ? Si la limite de votre marge le permet, vous pouvez vous en servir pour rembourser vos autres soldes. Cependant, prenez soin d’effectuer régulièrement vos paiements mensuels : les banques sont pointilleuses et peuvent bloquer votre marge.

Tentez aussi de faire baisser les taux d’intérêt. Votre carte Visa au taux de 18,5 % vous offre des avantages dont vous ne vous servez jamais ? Renseignez-vous auprès de votre banque pour obtenir une carte à taux réduit (environ 10 %). Il est rare qu’on vous l’offre si vous n’en faites pas la demande… Il serait peut-être temps aussi de refinancer votre prêt automobile.

8. Donnez-vous les moyens de respecter votre programme.
Par exemple, servez-vous au maximum des prélèvements automatiques. Aussi, les planificateurs financiers offrent en général un suivi après avoir mis au point avec vous une stratégie de remboursement. N’hésitez pas à vous faire « coacher » ! Des rencontres périodiques vous aideront à maintenir le cap.

Faites vos paiements par téléphone ou par Internet : c’est facile, et la corvée de passer à la banque ne sera plus un prétexte. Fixez-vous des jalons de réduction de vos dettes et célébrez chaque étape en vous octroyant une récompense… raisonnable, bien entendu !

9. Constituez-vous un fonds d’urgence équivalant à trois mois de salaire.
Incontournable pour faire face à un pépin majeur : maladie grave, perte d’emploi, travaux imprévus sur la maison, hausse du taux hypothécaire, revirement immobilier ou… divorce. « Vous devez pouvoir le retirer sur-le-champ, précise Carole Dorion, planificatrice financière et fiscaliste affiliée chez iForum. Mais ne le placez pas dans un compte d’épargne où les taux d’intérêt sont ridicules. » Une suggestion : les obligations du Québec ou du Canada, sûres, encaissables rapidement et offrant un taux qui vous protège au moins de l’inflation. Voyez aussi l’éventail de fonds du marché monétaire (bons du Trésor, acceptations bancaires ou effets de commerce), très sûrs et encaissables à court terme.

10. Maintenant que vous avez pris d’excellentes habitudes, continuez sur votre lancée.
Qui épargne s’enrichit… Pourtant, de 13 % au début des années 1990, le taux d’épargne des Canadiens n’a pas cessé de chuter, passant récemment sous la barre des 2 % ! Il faut dire qu’actuellement les taux offerts aux épargnants n’ont rien d’attrayant. Mais un conseiller financier peut vous aiguiller sur de meilleurs placements.

La Bourse ? « Ça bouge trop, dit Carole Dorion. Depuis que beaucoup de gens qui ne connaissent pas vraiment le domaine se sont mis à spéculer sur Internet, le marché boursier fluctue au gré de leur impulsivité. Et si vous investissez moins de 100 000 $, les courtiers vous font passer en dernier. »

Le meilleur véhicule, pour un investisseur moyen, reste le REER. « Cet argent va vous servir maintenant, grâce aux remboursements d’impôt et, surtout, grâce aux intérêts composés qui font grossir votre pécule. Et plus tard, à la retraite, vous conserverez votre qualité de vie. Dans la conjoncture actuelle, chacun doit planifier le plus tôt possible sa propre retraite. Ça coûte très cher de retarder les cotisations. »

Dans quoi doit-on investir en priorité ? Cotiser au maximum à son REER ou privilégier le remboursement accéléré de son hypothèque ? À part la constitution d’un REEE pour les études d’un enfant (une bonne solution seulement si les autres besoins sont comblés) et la possibilité de prendre sa retraite jeune (mais cela demande un énorme coussin !), c’est la question qu’on pose le plus souvent à la planificatrice financière Carole Dorion.

Tout dépend de votre âge. Si vous êtes encore jeune, n’oubliez pas que, grâce aux intérêts composés des REER, le temps travaille pour vous. « Si on est pris à la gorge, c’est peut-être parce que, sur ce plan, on n’a pas fait un choix équilibré, compte tenu de sa situation. »

C’était le cas d’un jeune couple venu consulter Carole Dorion. « Appelons-les Claude et Marie. Double salaire décent, maison à Montréal, la trentaine, deux enfants. Hypothèque et voiture ; aucune dépense exagérée. Pourtant, ils en étaient arrivés à financer leur quotidien avec leur marge et leur carte de crédit ! » Où était le problème ? « Ils misaient tout sur l’hypothèque. Pour certains, c’est comme une maladie dont il faut guérir au plus vite ! Ils n’avaient plus que 25 000 $ à rembourser, mais ne cotisaient pas à un REER. Donc, ils s’étaient privés pendant des années de ce moyen de réduire leurs impôts, d’accélérer le paiement de leur hypothèque avec le retour et d’accumuler des intérêts composés à l’abri de l’impôt ! »

La planificatrice leur a fait un plan de redressement. « On a réhypothéqué la maison, ce qui a permis de racheter les contributions REER non utilisées et de rembourser marge et carte de crédit. Avec le remboursement d’impôt, Claude et Marie ont pu se constituer un fonds d’urgence. Depuis, ils respirent ! »

Livres :

• Lison Chèvrefils, Mesdames, prenez vos affaires en main  !, Éditions Transcontinental, 2000.
• Colette Dowling, Cendrillon et l’argent – Le nouveau combat des femmes , Grasset, 1998.
• Collectif, À vos marques – Stratégies efficaces pour les 20 à 40 ans, Trécarré, 1998. (À ne pas manquer, à la page 29, un excellent exemple de budget.)
• François Beauregard, Votre argent, votre liberté , Éditions Transcontinental, 2000.
• Alain Samson, Bien payé mais toujours cassé , Éditions Transcontinental, 2001.
• Claire Bouchard, Côté cœur, il y a le portefeuille , TVA Int., 2001.
• Le guide Finances personnelles , publié chaque année par Protégez-vous.

Aide et services :

Programme d’aide financière (PAF)
Pour faire faire votre bilan financier  :
Institut québécois de planification financière (IQPF) : (514) 767-4040 ou 1 800 640-4050 • Pour connaître votre cote de crédit  :
Équifax Canada : 1 800 465-7166
Trans Union du Canada : (905) 525-4420 • Cours de budget  :
ACEF : (514) 277-7959

Sites Internet :

Gestion de vos finances – Desjardins
MesFinances.com
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