Rémunération: inéquitable, même dans les jobs d’été!

Les filles gagnent jusqu’à 6$ de moins l’heure que les garçons dans leur emplois d’été. Comment cela est-il possible?

 
Photo: Pexels/Brett Sayles

Le plafond de verre existe-t-il aussi dans les emplois d’été occupés par les étudiants? Oui, si l’on se fie à une étude menée par Guides du Canada. Les adolescentes canadiennes sont payées 3$ de moins de l’heure que leurs comparses masculins dans leurs emplois d’été. Ce rapport révèle que la différence résulte de la moindre valeur accordée aux emplois typiquement occupés par des filles, comme le gardiennage.

Si l’écart salarial au Canada est connu — pour chaque dollar gagné par un homme, une femme qui fait le même travail gagne 0,87$ — on sait maintenant que l’inégalité commence bien avant l’entrée officielle dans le monde du travail.

Plus de 1 200 jeunes Canadiens âgés de 12 à 18 ans ont été interrogés sur leurs emplois d’été dans le cadre de l’étude de Guides du Canada, l’association qui chapeaute les guides, équivalent féminin des scouts. Une fille sur trois a signalé avoir un emploi d’été; un autre tiers travaille de façon informelle pour la famille, les amis ou les voisins. Le rapport indique que les adolescentes sont «surreprésentées» dans les emplois reliés aux soins comme le gardiennage, alors que les garçons sont plus susceptibles d’occuper des emplois reliés à l’entretien des terrains ou au jardinage.

L’écart salarial entre les adolescents et les adolescentes qui occupent un emploi informel est encore plus marqué: il atteint 6,31$ de l’heure.

Le rapport fait état d’autres résultats troublants. Environ 13% des adolescentes ont rapporté avoir subi du harcèlement sexuel ou une agression dans le cadre de leur emploi d’été, un nombre qui augmente à 23% pour celles qui viennent de familles avec un revenu annuel inférieur à 40 000$.

Jill Zelmanovits, présidente de Guides du Canada, s’inquiète de l’incidence que peuvent avoir l’écart salarial et le harcèlement en milieu de travail sur la vie de jeunes filles. «Ces expériences à un jeune âge peuvent influencer les décisions que les adolescentes vont prendre par rapport à leurs études et à leurs carrières, souligne-t-elle. Elles commencent à restreindre leurs possibilités.»

La présidente de Guides du Canada croit que les discussions sur l’inégalité salariale et la valeur du travail des femmes devraient aussi inclure les jeunes. Aborder le sujet de sa rémunération avec son employeur n’est pas facile — même pour les travailleurs adultes. Seulement 2 filles sur 10 ont déclaré se sentir à l’aise de négocier leur salaire. Selon Jill Zelmanovits, on ne sait pas si les adolescentes choisissent de leur plein gré des emplois d’été qui impliquent de s’occuper des autres, alors que ces emplois sont moins bien rémunérés. Une autre donnée reste floue: pourquoi les adolescentes et les adolescents se retrouvent dans des marchés du travail aussi séparés? «C’est le même scénario qu’on retrouve dans la main-d’œuvre adulte, dit la présidente de Guides du Canada, on se demande si les filles choisissent ces emplois de leur plein gré ou non.»

Globalement, 45% des filles étaient «pleinement satisfaites» de leur paie. En revanche, seulement 24% des filles qui s’identifient comme faisant parties d’une minorité et 30% des filles venant d’un foyer ayant un revenu annuel de moins de 40 000$ ont dit être satisfaites de leur salaire.

«Ceci met au jour l’inégalité systémique qui touche les femmes dès leurs premiers emplois», dit Fay Faraday, co-présidente de l’Ontario Equal Pay Coalition et professeure à l’Osgoode Hall Law School de l’Université York.

Et, il y aura toujours des critiques. Ceux qui nient la problématique de l’écart salarial entre les hommes et les femmes vont faire valoir que les tâches dans un secteur dominé principalement par des hommes requièrent plus d’efforts physiques et sont plus difficiles. Elles valent donc plus que les tâches assurées par les femmes. «C’est exactement cette attitude qui fait en sorte qu’on sous-évalue et qu’on sous-paye le travail des femmes. Et, c’est aussi cette attitude qui a rendu nécessaire une législation sur l’équité salariale», précise Fay Faraday.

Les effets négatifs de l’inégalité salariale peuvent perdurer, selon Fay Faraday, et cela peut décourager «certaines jeunes femmes à poursuivre des carrières dans des domaines qu’elles désirent, parce qu’elles n’y sont pas traitées de la même façon que les hommes». Mais, pour d’autres, cela peut être motivant. Selon la professeure à l’Osgoode Hall Law School, une génération de femmes se lèvent présentement pour demander une justice économique et la fin de l’inégalité salariale.

Ce texte est une traduction d’un reportage publié dans le magazine Maclean’s

 

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