Prima Danse: danser pour faire tomber les préjugés

Katerine Journeau et Josiane Simard, fondatrices de Prima Danse, utilisent la danse avec les jeunes pour travailler l’affirmation de soi.

 

Produire un vidéoclip en groupe pour s’interroger sur de grands enjeux de société ? C’est ce que font des élèves québécois grâce à la ferveur de deux jeunes danseuses et chorégraphes. 

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Dans le gymnase de l’école primaire Sunshine Academy, à Dollard-des-Ormeaux, une vingtaine d’élèves regardent des vidéos de danse moderne des années 1920 à 1950. La façon dont les -danseurs bougent les fait rigoler. À l’époque, apprennent-ils, les « modernes » ont choqué le monde de la danse : leur genre tranchait trop avec le style classique. Belle occasion de saisir que les « marginaux » peuvent faire de grandes choses et même inspirer les clips de leurs artistes favoris – les P!nk et autres Taylor Swift.

Puis, tous se lèvent pour l’échauffement. « Savez-vous c’est quoi avoir du swag ? » demandent à la cantonade les animatrices Katrina Journeau, 28 ans, et Josiane Simard, 33 ans. (En passant, le swag, c’est un style vestimentaire tendance, assumé. Dans un sens plus large, le terme désigne les gens qui sont sûrs d’eux.)

Ces élèves de 9 à 12 ans participent à un atelier parascolaire sur l’affirmation de soi, donné par Prima Danse, organisme sans but lucratif fondé en 2010 par Katrina et Josiane. Elles ont quitté leur emploi à temps plein pour se consacrer à cette série d’ateliers destinés aux jeunes du primaire et du secondaire. La première était agente en entrepreneuriat dans
un Carrefour jeunesse emploi ; l’autre -travaillait dans un centre de conditionnement physique.

L’initiative est née à la suite d’observations faites dans des cours de danse. « Les jeunes reproduisent souvent des mouvements comportant un message sexuel, du genre un doigt dans la bouche pour les filles ou un mouvement de bassin pour les gars, sans trop comprendre », dit Katrina.

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Les deux amies ont fait le pari que la danse peut aider les jeunes à s’interroger sur des sujets aussi importants que l’intimidation, l’homosexualité et l’hypersexualisation.

Par exemple, pour ce dernier thème, l’atelier commence par le visionnement en rafale d’extraits de vidéoclips comportant des mouvements suggestifs. En équipe, les élèves doivent ensuite refaire, de mémoire, un des mouvements. Le malaise qui s’ensuit permet d’entamer une discussion qui mènera à la création d’un nouveau vidéoclip sur l’une des pièces musicales écoutées en début d’atelier.

À la fin, on immortalise sur DVD le vidéoclip créé par les enfants ou les adolescents. « Ils sont soulagés de réaliser qu’ils ne sont pas obligés de danser de façon sexy, dit Katrina. Le twerk de Miley Cyrus, par exemple, a peut-être connu un gros succès dans les partys d’amis, mais personne n’est jamais vraiment à l’aise de le reproduire. »

Bouger et réfléchir

Pourquoi utiliser la danse pour aborder des enjeux aussi sérieux ? Parce que, comme les jeunes foncent dans cette activité sans deviner la thématique sociale sous-jacente, ils sont « 100 fois plus réceptifs », selon les fondatrices. « Depuis quelques années, dans les films et à la télé, ceux qui dansent sont toujours cool, alors tout le monde a envie de faire comme eux, affirme Josiane. D’autant plus qu’on propose un style urbain sur de la musique qu’ils aiment déjà. C’est aussi un sport d’équipe, et les ados ont besoin de sentir qu’ils appartiennent à un groupe. »

Katrina et Josiane voient leur intervention comme complémentaire à celle des enseignants, sexologues et autres spécialistes dans les écoles. « C’est l’fun d’avoir de la théorie sur l’intimidation ou l’hypersexualisation, mais c’est l’fun aussi d’être dans l’action, dit Katrina. Avec nos ateliers, on touche les jeunes plus visuels, plus auditifs, plus artistes et ceux qui ont besoin de bouger. » Et les gars participent autant que les filles. « En fait, souvent ils embarquent plus vite, car ils ont moins peur du ridicule », ajoute-t-elle.

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Soi et les autres…

Le plus récent atelier offert par Prima Danse traite des stéréotypes liés à l’homosexualité. « Les participants découvrent à quel point les préjugés bloquent autant les hétérosexuels que les homosexuels, explique Josiane. Par exemple, qu’une fille qui joue au hockey est lesbienne ou qu’un gars qui s’habille en rose est gai. On joue avec ces idées préconçues dans le vidéoclip réalisé avec les élèves sur la chanson Really Don’t Care, de Demi Lovato. Une fille danse en yo et un gars esquisse des pas de ballet. Tout ça pour se demander : qu’est-ce que ça fait, au fond ? »

L’important, pour Prima Danse, c’est de ne pas tomber dans un discours moralisateur. On veut plutôt poser les questions qui feront réfléchir.

À la Sunshine Academy, ils étaient beaux, ces enfants qui s’apprêtaient à apprendre une chorégraphie et à y intégrer des mouvements originaux pour leur propre vidéoclip. On pouvait voir des visages gênés, des yeux inquiets, des petits bras maladroits… Aussi, toute l’acceptation de soi dans la façon de bouger des jeunes, qui donnaient un sacré bon spectacle. Pas de doute, danser, c’est s’affirmer.

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