Format familial

Sébastien Diaz: bébés, culture et fast-food

L’animateur de Format familial, Sébastien Diaz, découvre avec effarement les goûts culturels de sa fille Liv.

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Photo: Richard Bernardin

Écouter certaines émissions pour enfants me rend fou. Idem pour la musique. Je me transforme en zombie, les yeux quasi révulsés, pareil à la fillette à la fin de L’exorciste. Les experts auraient du mal à cerner le problème, mais moi je sais : je suis allergique à la mauvaise culture pour tout-petits.

Et pourtant, Dieu sait que j’ai tout fait pour m’épargner ça. Mon scénario était clair. Dès la naissance, mon enfant aimerait ce qui est cool : la bonne musique, les dessins animés japonais… En d’autres mots, ce que papa aime. Les derniers mois de sa grossesse, ma blonde a passé des heures avec mes écouteurs sur la bedaine pour que notre future fille s’habitue à écouter du bon : l’intégrale de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles, Miles Davis, les sœurs Boulay… Ma femme a même donné ses dernières poussées sur Space Oddity de David Bowie parce que j’avais préparé une sélection spéciale­ment pour l’occasion. Bref, mon plan était blindé !

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J’ai dû me rendre à l’évidence : un bébé, ça aime son fast-food culturel de bébé. Celui qui se consomme sans effort. Comme les mauvaises comptines enregistrées par des mauvais musiciens avec leurs mauvais instruments. Ma fille est tombée amoureuse du navet musical qui émanait en boucle de sa première chaise d’appoint. Et qui, pour mon grand malheur, sortait aussi d’un de ses toutous préférés et d’une marchette, puis d’un petit camion que sa grand-maman lui a offert. J’ai tellement entendu cette &*#$@$ de chanson depuis un an qu’elle me colle à la peau jusqu’au travail, dans l’auto, au lit… Aussi difficile de s’en débarrasser que d’une infestation de punaises.

Et je ne vous parle pas de la télé ! Il se fait des émissions jeunesse extraordinaires au Québec, mais il fallait que ma fille succombe à ce qu’il y a de pire. Par exemple, ma blonde et moi avons flanché en nous abonnant à une chaîne internationale pour bébés dont je tairai le nom (cela dit, c’est très utile quand on veut avoir les mains libres pour brasser la sauce à spaghetti). Je me tape donc des dessins animés mettant en vedette des animaux à la voix insupportable, une marionnette de chien toute fripée qui dessine mal et un chat mexicain qui passe son temps à chialer qu’il a faim. Et comme pour les chansons nulles, tout se répète jour après jour, semaine après semaine, encore et encore… Le bébé, lui, n’y voit que du feu, comme ma fille, qui applaudit à chaque épisode de Charlie et les nombres ou de Kankan et Gougou comme si elle ne l’avait pas déjà vu 4 563 fois. Le parfait bad trip pour jeunes parents déjà affaiblis par le manque de sommeil.

Bon, je garde espoir en me disant que, en grandissant, elle finira bien par découvrir tous ces magnifiques livres destinés aux enfants et la bonne musique qui se fait pour elle au Québec. Mais à l’heure actuelle, c’est la junk food qui l’intéresse.

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Je réalise aussi qu’il était très égocentrique de ma part de penser que mon héritière consommerait la même culture que son papa rien que pour ne pas chambarder ses habitudes de vieux garçon. Mais le soir où, devenue ado, elle me reprochera devant ses amis cool d’écouter trop souvent mon jazz ou le rock de « mon temps », il est possible que, d’un air narquois, je lui rappelle les 67 234 fois où elle a appuyé sur le bouton maudit de son jouet pour réentendre Savez-vous planter des choux…

Je suis allergique à la culture pour bébé. Ou plutôt à la mauvaise. Celle qui oublie que, derrière chaque petit qui la consomme, il y a deux parents qui n’ont pas perdu leur bon goût en le mettant au monde.