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Société

Ma vie en liberté conditionnelle

À 19 ans, j’ai été condamnée à la prison à vie. Plus de dix ans plus tard, j’ai obtenu une libération conditionnelle — mais je ne serai jamais libre.
Par Sheri Pranteau, propos recueillis par Simon Rolston
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Ma vie en liberté conditionnelle

Aux premières heures d’un dimanche glacial de décembre 1979, ma mère, Clara Lamirande, a traversé en courant l’autoroute 1, juste à la sortie de Vancouver. Elle s’est engagée tête baissée dans la trajectoire d’une voiture lancée à vive allure; le conducteur n’a aperçu sa silhouette qu’à la dernière seconde. Trop tard.

Nous vivions à Winnipeg, mais nous étions à Vancouver pour Noël, chez la famille de ma mère. Deux jours avant l’accident, ma mère, qui avait 28 ans, nous avait laissés, mes frères et soeurs et moi, chez ses parents, pour aller visiter la ville avec son frère, Lester. Il est revenu tôt, mais maman n’est pas rentrée. C’est la dernière fois que quelqu’un de la famille l’a vue vivante. Tard le dimanche soir, la police est venue frapper à la porte pour demander si quelqu’un pouvait identifier son corps.

Les circonstances de sa mort étaient suspectes: elle avait disparu, laissant derrière elle ses cinq jeunes enfants; elle a été tuée sur un tronçon d’autoroute isolé; elle courait. Pourtant, la police a rapidement conclu à un accident, affirmant qu’elle faisait de l’auto-stop. Il n’y a eu aucune enquête, aucune question. Cela n’avait rien d’étonnant: elle était Saulteaux, membre de la nation ojibwée, et les morts suspectes de femmes autochtones suscitent rarement l’intérêt des autorités.

Mon père, Harry Samuel Pranteau, qui était Cri, n’était pas avec nous. Il était à Winnipeg pour les funérailles de son frère. Six mois après la mort de maman, il est décédé à son tour. Diabétique et en mauvaise santé, il a succombé à une hypoglycémie sévère. Mais, à mes yeux, il est mort le cœur brisé.

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C’est là que mon histoire commence.

Née dans une famille brisée, j’ai grandi dans une communauté rongée par l’alcool, la toxicomanie, la pauvreté et une violence extrême — un héritage direct du colonialisme. Enfant, j’ai intériorisé ce traumatisme collectif. Je suis devenue le produit de mon environnement: toujours en train de me battre, vivant dans une sorte de posture défensive. J’ai passé une grande partie de ma jeunesse à faire des allers‑retours entre la liberté et la détention.

Aujourd’hui, je purge une peine à perpétuité pour homicide involontaire, vol à main armée et infractions liées aux armes à feu. Pourtant, je vis à Montréal depuis quinze ans. Comme vous, je me lève le matin, je prépare le déjeuner avec ma famille, je fais la vaisselle, je range la maison et je pars travailler dans un restaurant  (et, trois jours par semaine, dans un refuge d’urgence). Je m’occupe de mon fils de 13 ans, Neville. Mon conjoint, qui est chef, prépare souvent le souper. La différence, c’est que je vis sous surveillance constante. Je dois me soumettre à des règles strictes: où je peux aller, où je peux travailler, ce que je peux consommer, avec qui je peux passer du temps. Je dois même demander à toute personne avec qui je passe du temps si elle a un casier judiciaire. Sinon, je risque de retourner en prison.

Sous la tutelle du Service correctionnel du Canada et d’agents de libération conditionnelle pour le reste de mes jours, je vis dans un entre‑deux: ni tout à fait incarcérée, ni vraiment libre. Mon histoire peut sembler exceptionnelle. Elle ne l’est pas. Moins de 5% des femmes au Canada sont autochtones, mais elles représentent près de la moitié des femmes purgeant une peine à perpétuité. Pour comprendre mon parcours — et celui d’autres femmes autochtones comme moi, il faut voir le crime non pas comme un simple acte isolé, mais comme une branche d’un grand arbre dont les racines plongent dans la terre sombre et humide de notre histoire collective.

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Ma vie en liberté conditionnelle
Sheri Pranteau vit à Montréal avec son fils adolescent, Neville, et son conjoint. Les conditions de sa libération conditionnelle ne lui permettent pas de quitter la ville, sauf en cas de circonstances atténuantes, comme le décès d’un membre de la famille. (Photo: Christie Vuong)

Quand ma mère est morte, je n’avais que 18 mois. Mes grands‑parents maternels ont pris soin de moi et de mes quatre frères et sœurs aînés, dans le nord de Winnipeg. Longtemps, j’ai cru qu’ils étaient mes parents —  chez nous, on ne parlait jamais des choses douloureuses, sauf quand on avait trop bu. Ce n’est que lorsque ma grand-mère buvait qu’elle évoquait les horreurs du pensionnat où elle avait été enfermée de 7 à 19 ans. Et ce n’est que dans ces moments d’ivresse que mes proches laissaient échapper quelques mots sur ma mère et mon père. Petit à petit, j’ai recousu leurs bribes d’histoires. Quand je posais trop de questions à mon frère aîné, Jeffrey, il se fâchait. « On ne parle pas d’elle », disait‑il.

Malgré leur alcoolisme, mes grands-parents nous aimaient. Ils nous offraient un toit, nous envoyaient à l’école et veillaient à ce que nous soyons vêtus et nourris. Mais ils avaient leurs propres difficultés, et la maison n’était pas toujours un lieu sûr. Quand il y avait des fêtes — et il y en avait souvent —, ma sœur Wendi et moi traînions nos couvertures dans la penderie, grimpions sur les étagères du haut et nous endormions, à l’abri des hommes ivres et de leurs élans violents. Parfois, Jeffrey sortait de sa chambre au sous-sol pour vérifier que tout allait bien, à l’affût du moindre danger.

Le matin, après une nuit de beuverie, il ne restait souvent rien à manger dans la maison. Jeffrey et mes autres frères et sœurs aînés nous emmenaient, nous les petits, au magasin pour voler de la nourriture. C’est comme ça que nous sommes entrés dans le radar de la police et des services sociaux. Le vol à l’étalage a vite mené à d’autres délits. J’ai grandi en accumulant les accusations : recel, vol de voiture, effraction. Parfois condamnée, parfois relâchée. Dans un quartier où les adultes étaient des survivants traumatisés des pensionnats et où les enfants se débrouillaient seuls, le crime était presque banal.

Jeffrey, mon frère aîné, était mon héros. Il avait dix ans de plus que moi. Il se battait bien, faisait des arts martiaux, et avait la grâce de Bruce Lee. Il était notre gardien. Et ça comptait pour beaucoup, parce qu’autour de nous, la douleur des autres enfants tournait souvent à la violence.

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Un soir, alors qu’il était dans la mi-vingtaine, Jeffrey faisait du bénévolat pour la Bear Clan Patrol, une patrouille communautaire gérée par des Autochtones visant à assurer leur sécurité, il a appris que quelqu’un avait besoin d’aide dans une résidence du nord de Winnipeg. Il s’y est précipité. Peu après, des voisins ont rapporté avoir entendu des appels à l’aide. La police a retrouvé le corps de Jeffrey, lacéré et perforé de multiples coups de couteau, à un pâté de maisons de là. Il s’était vidé de son sang, seul, dans la nuit.

J’avais 13 ans, incarcérée au Centre manitobain pour la jeunesse pour une petite infraction. Sa mort m’a changée à jamais. À partir de là, je me suis fermée. Je suis devenue insensible, froide. En détention, je rejetais toute autorité, me battais sans raison. Libérée, je retombais aussitôt. À 16 ans, j’ai été condamnée comme adulte pour deux voies de fait graves à la suite d’une violente bagarre. J’ai été incarcérée dans une prison fédérale en 1995. Ma première vraie prison.

Dans le système carcéral canadien — qui gère les personnes purgeant une peine de  deux ans ou plus —, on est souvent déplacé d’un établissement à un autre. J’ai d’abord été détenue au Centre de détention provisoire de Winnipeg, puis à Portage la Prairie, au Manitoba, avant d’être transférée par autobus au Centre psychiatrique régional de Saskatoon.

À ce moment‑là, on fermait la sinistre Prison des femmes de Kingston (P4W), en Ontario, et ses détenues étaient transférées vers de nouveaux établissements dans le cadre d’une réforme nationale du système carcéral féminin. Certaines d’entre elles, endurcies par les conditions brutales de la P4W, m’ont trouvée là: terrorisée, recroquevillée dans une cellule d’isolement de l’aile de sécurité maximale, enveloppée dans une lourde couverture anti-suicide. Elles m’ont défendue, comprise, reconnue. Elles savaient que je perdais pied pour une raison. J’étais l’enfant du système des pensionnats. Les autorités, elles, ne voyaient que mes gestes, jamais leurs causes.

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Par exemple, j’avais 17 ans, en prison, quand une psychologue m’a interrogée sur mon parcours. Pendant longtemps, elle a fouillé les zones sensibles de mon histoire personnelle — mon éducation, le rapport de ma famille à l’alcool, les êtres chers que j’avais perdus — et m’a invitée à explorer les émotions douloureuses que j’avais appris à taire. J’ai fini par lui parler des morts dans ma vie. Au bout de quarante-cinq minutes, elle a arrêté d’écrire, m’a regardée dans les yeux et a dit: «Je ne te crois pas.» Rien dans mon dossier ne corroborait mon récit. Plutôt que de remettre le dossier en question, elle a douté de moi — balayant d’un revers de main des expériences qui avaient façonné qui j’étais. Trahie, j’ai renversé son bureau.

À 19 ans, j’ai enfin été libérée. Mais quatre mois plus tard, un incident violent et tragique a tout fait basculer. Les circonstances de cet incident sont contestées. Selon la police, j’ai participé à un vol à main armée au cours duquel une personne a été tuée. Mon coaccusé a reconnu les faits et a été déclaré coupable de meurtre au deuxième degré, ce qui, à mes yeux, confirmait que je n’avais tué personne. Pour moi, cela signifiait une chose : je n’avais tué personne. Néanmoins, la poursuite a soutenu que j’étais complice d’un vol ayant entraîné la mort — ce qui rendait les accusations portées contre moi beaucoup plus graves. J’ai plaidé non coupable, mais j’ai été inculpée puis reconnue coupable d’homicide involontaire, et condamnée à la prison à vie, avec possibilité de libération conditionnelle après sept ans.

La Cour suprême du Canada a pourtant statué à maintes reprises que les juges doivent tenir compte des effets du colonialisme lorsqu’ils évaluent le crime d’une personne autochtone. Or, rien de tout cela n’a été pris en compte dans mon procès: ni la mort violente de mes parents, ni le passage de ma famille dans les pensionnats, ni mon enfance marquée par le traumatisme — ni par la poursuite, ni par le juge, ni même par mon propre avocat.

Je tiens à être claire: j’assume l’entière responsabilité de mes actes. Mais juger, c’est aussi chercher à comprendre — et comprendre, c’est reconnaître une histoire. Comme la psychologue avant lui, le juge a choisi d’ignorer le traumatisme qui a façonné mes gestes, sans pour autant les excuser.

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Peut-être était-il plus simple de me réduire à une personne violente. C’est en tout cas ainsi que m’ont perçue les gardiens de l’Établissement Joliette pour femmes, au Québec, où j’ai été transférée en 1999. J’avais 21 ans. Je n’oublierai jamais le jour où ils m’ont menottée pour m’escorter hors de ma cellule de l’unité de sécurité maximale afin que je puisse aller m’entraîner. Une fois dehors, j’ai remarqué que la détenue blonde qui faisait de l’exercice avec moi ne l’était pas. Puis je l’ai reconnue: c’était Karla Homolka. J’ai alors compris qu’ils me jugeaient plus dangereuse qu’une tueuse en série.

Ma vie en liberté conditionnelle
Sheri Pranteau a été mise en liberté conditionnelle en 2010 et doit se présenter régulièrement à un agent de libération conditionnelle. Même les infractions mineures aux conditions de libération peuvent entraîner un retour en prison. (Photo: Christie Vuong)

Au fil des 15 années passées en prison, quelque chose a fini par céder en moi. Puis à se reconstruire. J’ai commencé à guérir. Lentement, imparfaitement. Beaucoup de choses m’ont aidée à tenir le coup: les lettres de ma famille et de mes amis, les longues conversations téléphoniques avec mes cousins et mes frères incarcérés ailleurs, la sagesse de mes Aînés, les heures passées à lire et à étudier. Mais surtout, il y avait la promesse que j’avais faite à mon grand-père.

Durant mon enfance, il a été l’un des rares hommes à ne jamais lever la main sur moi. Alors que ma vie partait en vrille et que je passais de plus en plus de temps derrière les barreaux, il me disait toujours: «Arrête de fuir et rentre à la maison.»

Peu avant mon transfert à Joliette, j’ai appris qu’il était gravement malade et se trouvait aux soins intensifs à Winnipeg. On m’a accordé une permission de sortie pour lui rendre visite – sous escorte, bien sûr, et sans pouvoir dire à qui que ce soit que j’étais là. Il était conscient, un tube dans la gorge, incapable de parler. Quand j’ai écarté le rideau, il a vu les menottes et il s’est mis à pleurer. Je ne l’avais jamais vu pleurer. Je me suis excusée de ne pas l’avoir écouté, de ne pas être rentrée à la maison. Je lui ai dit aussi qu’il n’avait pas à s’inquiéter pour moi: je ferais de meilleurs choix et je prendrais mieux soin de moi. Je n’ai pas pu assister à ses funérailles — ça a été dévastateur — mais j’ai fait la paix avec lui.

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Des années plus tard, je me suis accrochée à cette promesse. J’ai travaillé fort pour la tenir. Pourtant, peu importe à quel point j’avais changé, on continuait de me voir de la même façon: comme une menace.  À la moindre montée d’émotion, même justifiée, on me renvoyait suivre un cours de gestion de la colère. Encore et encore.

Lorsque j’ai manifesté mon intérêt pour la libération conditionnelle, les gardiens ont commencé à me prendre à part pour me lire des rapports d’informations protégées — des accusations officielles et anonymes formulées par d’autres détenues — à mon sujet. Parfois, ces rapports étaient déposés par simple esprit de revanche, ou pour provoquer. Je soupçonne que les gardiens savaient qu’ils n’étaient pas vrais, mais ils les lisaient à voix haute et me renvoyaient en population générale pour voir comment j’allais réagir. Je ne réagissais pas. À ce moment-là, je n’étais plus la jeune fille impulsive qu’ils avaient arrêtée plus de dix ans auparavant. Mais, comme un collage grotesque, ces rapports finissaient par donner de moi une image fausse et régressive.

À cause de ces rapports d’informations protégées, mon agente de libération conditionnelle a refusé de soutenir ma demande. Mais j’étais déterminée à me présenter devant la commission quand même. Une audience m’a été accordée le 20 mai 2010. Il s’agissait d’une audience de libération conditionnelle autochtone, officiellement appelée «audience adaptée à la culture» (AAC). Le cadre restait le même: la commission, le processus décisionnel, la présence de mon agente. Mais cette fois, les personnes présentes étaient assises en cercle, et j’étais accompagnée d’un Aîné, qui me conseillait et plaidait en ma faveur. La famille de la victime était également présente. Lors de mon premier procès, je n’avais pas dit un mot. Je n’avais jamais témoigné, jamais fait de déclaration. Cette fois, j’ai raconté mon histoire. J’ai dit à la commission qu’elle pouvait me laisser mourir en prison, ou me laisser vivre autrement, dehors.

Puis, j’ai remis mon sort entre les mains du Créateur.

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Contrairement à plusieurs responsables du système pénal avant eux, les membres de la commission m’ont écoutée. Ils m’ont crue. Ils m’ont donné une chance.

J’aimerais pouvoir dire que j’ai été libérée, mais purger une peine à perpétuité hors de prison n’est pas synonyme de liberté. Ma peine prendra fin à ma mort. D’ici là, ma vie ne m’appartient pas entièrement. Et ce que j’ai accompli importe peu. J’ai travaillé comme coordonnatrice des services aux victimes au Centre de justice des premiers peuples de Montréal. J’ai participé à un projet d’accompagnateurs autochtones et défendu les droits des personnes incarcérées au sein de la Société Elizabeth Fry d’Ottawa. J’ai élevé mon fils dans un environnement aimant, entouré d'aînés autochtones, à l’abri de la violence et de la souffrance que j’ai endurées. Malgré mes réussites, je pourrais être réincarcérée à tout moment, pour la moindre infraction aux conditions de ma libération conditionnelle.

Quand une personne apprend que je purge une peine à perpétuité, elle peut se sentir inquiète — jusqu’à ce qu'elle apprenne à me connaître. Une aînée, adoptée lors de la «rafle des années soixante» et élevée dans la méfiance envers les personnes ayant un casier judiciaire, m’a dit que me connaître lui avait fait comprendre qu’un casier judiciaire ne rend pas quelqu’un intrinsèquement mauvais. En réalité, mon enfance difficile et mon passage dans le système pénal sont devenus des atouts dans mon travail auprès des Autochtones sans domicile fixe, qui y reconnaissent une sorte d’expérience commune.

Malgré tout, je crains chaque jour d’être réincarcérée.

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En juillet dernier, mon nouvel agent de libération conditionnelle a reçu un signalement:  j’avais perdu du poids, j’avais l’air en mauvaise santé, et on soupçonnait que je consommais de la drogue. Je souffre de la maladie d’Addison et de celle de Basedow, qui peuvent entraîner une perte de poids soudaine. J’ai néanmoins passé près d’une semaine dans une maison de transition, où j’ai été étroitement surveillée. Les tests de dépistage de drogues se sont révélés négatifs, comme prévu, mais je dois désormais rencontrer mon agent de libération conditionnelle toutes les deux semaines — une source d’angoisse constante, puisqu’un simple écart pourrait compromettre ma liberté.

Mais parmi toutes les restrictions, la plus difficile est celle-ci: je ne peux pas rentrer chez moi. Le Service correctionnel du Canada ne m’autorise à quitter Montréal pour retourner à Winnipeg qu’après une tragédie. Et des tragédies, il y en a eu. Au cours des six dernières années, j’ai perdu 19 membres de ma famille. Depuis 2021, sept de mes nièces et neveux sont morts d’overdoses de fentanyl. C’est comme si je ne pouvais leur rendre visite qu’après leur départ.

L’article 10 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones stipule que «les peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres et territoires». Mais à cause de ma condamnation, je ne peux pas rentrer chez moi.

Je ne peux pas rentrer chez moi.

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La version originale (en anglais) de cet article a été traduite par l’équipe de Châtelaine en avril 2026.

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