Vie pratique

Le départ pour la maison de retraite: comment aider ses parents

Abandonner son chez-soi peut être déchirant. Qu’ils soient malades ou bien portants, nos parents auront besoin de notre appui pour traverser cette étape de leur vie. Tour d’horizon de ce qu’il est bon de savoir.

On le constate parfois avec tristesse, souvent avec impuissance. Notre mère se déplace avec difficulté dans sa grande maison ou notre père ne mange plus beaucoup et sort de moins en moins… Le temps est peut-être venu pour eux de «casser maison» pour emménager dans une résidence pour aînés. Et tout au long du processus, nos parents auront besoin de soutien. Comment aborder ce sujet délicat avec eux et, surtout, quand le faire?

Plus tôt que tard

Le plus tôt sera le mieux, estime Nathalie Blanchard, travailleuse sociale spécialisée en gérontologie. «Si on a déjà abordé le sujet avec eux, on sera plus à l’aise de prendre une décision qui correspond à leurs souhaits advenant un accident ou une maladie», dit-elle. Et le fait qu’ils aient été partie prenante de la suite des choses facilitera la transition, peu importe leur état de santé. «Il est important qu’ils aient leur mot à dire et qu’ils participent aux visites, poursuit-elle. Ils pourront ainsi mieux se projeter dans leur futur environnement.» Nos parents hésitent? Refusent d’en parler? Une visite informelle des lieux pourrait aider à déconstruire quelques-unes de leurs idées préconçues, indique Marie Gamache, conseillère en résidences pour aînés chez Visavie. «Bien souvent, ils ont en tête les centres d’accueil où ont vécu leurs propres parents, il y a des dizaines d’années. Mais les résidences ont beaucoup changé!» dit-elle.

On s’y rend de préférence juste après l’heure des repas, suggère Nathalie Blanchard. «Davantage de résidants se trouvent alors dans les aires communes. Nous pourrons leur demander s’ils aiment l’endroit, l’ambiance, la nourriture, le personnel. Ils sont les mieux placés pour nous informer.»

Durant la visite, notre présence aidera nos proches à se concentrer sur les aspects plus humains et émotifs sans craindre d’oublier toutes les questions de logistique à poser. Nous pouvons même proposer de prendre des notes pour eux, de nous charger des détails.

Des signaux à surveiller

Comment déterminer que le moment est venu pour nos parents de quitter leur domicile? Difficile à dire. «Tout dépend du sentiment de sécurité de la personne concernée et de ses proches. Quand l’inquiétude devient trop grande, c’est signe qu’on doit agir», dit l’ergothérapeute Pier-Luc Turcotte.

Certains changements peuvent toutefois nous mettre la puce à l’oreille et indiquer qu’un nouveau milieu de vie sera bientôt nécessaire. «L’hygiène personnelle semble déficiente, la maison est moins bien entretenue, le frigo ne se vide pas… Ces indices parlent beaucoup», précise Nathalie Blanchard. Il faudra peut-être devancer le déménagement dans le cas de couples où l’un des partenaires est proche aidant.

«Cette responsabilité peut être très lourde à porter. Pour le proche aidant, le fait de vivre en résidence et de pouvoir compter en permanence sur quelqu’un pour l’assister en cas de besoin lui enlève tout un poids», indique la travailleuse sociale.

Photo: Getty Images/Maskot

Des critères à évaluer

Choisir un endroit adéquat comporte son lot de défis, on l’imagine bien. Qu’on s’oriente vers un complexe résidentiel pour aînés actifs, une pension familiale ou un centre de soins prolongés, plusieurs critères sont à considérer avant de signer un bail.

Première étape, établir son budget. Les prix varient beaucoup selon des facteurs comme les services inclus, la superficie de la chambre ou de l’appartement, la région. «Dans le Grand Montréal, on trouve des studios sans services à 900 $ par mois aussi bien que des chambres en centre de soins de longue durée privé à 6 000$ par mois. Pour une chambre avec trois repas par jour, les prix tournent plutôt autour de 1 800 $ à 2 000 $ par mois», dit Marie Gamache. Les moins fortunés, quant à eux, peuvent obtenir une place dans le réseau public, où l’on tiendra compte de leur capacité de payer. Le loyer sera prélevé à même leurs pensions de retraite. Un montant de 260 $ leur sera laissé chaque mois pour leurs dépenses personnelles.

Les activités offertes pèsent aussi dans la balance, selon Pier-Luc Turcotte. «Le bingo, la danse sociale ou la pétanque, par exemple, sont souvent considérés comme superflus. Mais ce n’est pas un luxe. La socialisation est déterminante pour l’état de santé des aînés. Ils ont besoin de loisirs qui leur donnent envie de se lever le matin et de participer.»

Quels sont les besoins?

Il faut bien sûr se soucier des préférences de la personne: rester dans sa communauté, se rapprocher de ses enfants… Mais on doit aussi veiller à bien cerner ses besoins.

Dans la plupart des habitations pour personnes autonomes, des services de repas, de ménage et de buanderie peuvent être ajoutés – à la carte – au bail de base. Mais attention, la facture peut grimper rapidement. «Lorsque la perte d’autonomie s’accentue, d’autres soins comme l’aide au bain peuvent être pris en charge par le CLSC de la région», indique Pier-Luc Turcotte. Il importe de se renseigner sur les services qui peuvent être fournis au résidant si son état de santé se détériore et à partir de quel moment il devra déménager dans un centre offrant davantage d’assistance.

La question est plus importante qu’il n’y paraît. «Chaque déracinement peut entraîner une perte de repères et nuire à l’autonomie de la personne âgée, surtout si elle est déjà affaiblie», soutient Nathalie Blanchard. Une résidence offrant, dans le même établissement, une aile pour les personnes en perte d’autonomie présente un grand avantage.

Enfin, on s’attarde à l’environnement. Une résidence est d’abord et avant tout un milieu de vie, et ceux avec qui on le partage en sont le cœur, estime Nathalie Blanchard. «La qualité des relations est l’élément qui facilitera le plus l’adaptation. Si le personnel est bienveillant et que nos parents s’entendent bien avec les autres pensionnaires, ils ont plus de chances d’être heureux», dit-elle. Et c’est ce à quoi on aspire, non?