Culture

5 questions à Jean-Marc Vallée

Le réalisateur nous parle de Dallas Buyers Club, son premier film hollywoodien.

Son premier film hollywoodien – Dallas Buyers Club, mettant en vedette un Matthew McConaughey méconnaissable ainsi que Jennifer Garner – sort le 22 novembre à la grandeur du Québec. Il nous en parle.

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Vingt ans après Philadelphie, est-ce plus facile de débloquer des fonds pour faire un film sur le sida?

Ce n’est pas plus facile aujourd’hui de faire un film qui traite du sida. Le projet est né en 1992 et été tourné en 2012, ça fait donc 20 ans que Dallas Buyers Club existe et passe entre différentes mains. Le scénariste original a rencontré Ron [Woodroof, l’homme sur lequel le film est basé] en 1992 avant sa mort et il a enregistré la rencontre. J’avais 25 heures de tape : j’ai pu écouter, voir le gars parler. Nous, on a fait le film de façon indépendante, on n’avait pas de distributeur, on y croyait. C’est le parcours de quelqu’un qui n’a pas de moyens et qui doit se battre contre le système. Le sujet est délicat. Notre productrice, Robbie Brenner, de Relativity Media, a pris le projet sous son aile et c’est elle qui a trouvé les investisseurs. Mais on a eu 4,9 millions de budget, ce qui est très peu, et on a tourné en 25 jours. Pour l’amour du cinéma!

Qu’est-ce qui vous attirait dans l’histoire de Ron Woodroof?

Je me suis reconnu un peu dans ce gars, je me suis projeté dans son histoire : on lui annonce qu’il a le sida, qu’il lui reste 30 jours à vivre, et lui répond : « Vous allez voir qu’il n’y a rien sur cette planète qui va me tuer en 30 jours. » C’est une belle leçon de vie, une détermination à vivre, c’est ça qui m’a touché. J’avais envie de la raconter cette histoire belle, mais un peu choquante, car vraie. Ça nous rappelle un moment un peu sombre de l’histoire de cette maladie, une époque où les compagnies pharmaceutiques poussaient pour vendre un médicament très toxique, l’AZT, et le gouvernement américain a bloqué tous les autres médicaments. Toutefois, ce n’est pas Ron qui a inventé les « buyers clubs » [des patients qui se mettent ensemble pour acheter des médicaments alternatifs non approuvés par l’administration fédérale], ça avait déjà commencé à New York.

Vous avez dit en entrevue qu’au départ, vous ne voyiez pas Matthew McConaughey dans le rôle, parce que vous le trouviez trop sexy. Comment avez-vous réagi quand vous l’avez vu s’investir au point de perdre 40 livres?

Il avait lu le scénario et était super intéressé, mais je me disais : « Ah non, simonac, il est trop musclé, c’est difficile de l’imaginer jouer ce cowboy-là qui a l’air d’un sidéen! » Quand je l’ai finalement rencontré, j’ai bien vu qu’il était prêt à faire la transformation. C’est un acte de confiance, il s’est donné corps et âme, il était en mission. Il était à une place dans sa vie et sa carrière où il était à la recherche de défis. Il le fait pour lui en premier, et en même temps, il nous montre qu’il est plus qu’un beau gosse, c’est un grand acteur. J’ai assisté à la plus grande performance d’acteur de mon humble carrière; c’est géant, il nous a inspirés, tous. On s’est donnés autant que lui. On veut être à la hauteur de son investissement. J’avais l’impression de retourner à mes débuts : Liste noire a été tourné en 23 jours. Là, on a transformé La Nouvelle-Orléans en Texas, j’ai tourné à 100 % en éclairage naturel, je filmais les répétitions, le premier assistant cadre, celui qui a la responsabilité de faire le focus, Nicolas Marion, c’est incroyable ce qu’il a fait, tout ça a donné son style au film.

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Quand on tape « Dallas Buyers Club + Oscar » dans Google, on obtient des centaines de milliers de résultats, alors que bien sûr les nominations ne sont même pas encore annoncées. Tout ce buzz, ça met de la pression?

Ça ne met pas de pression, ça fait sourire. Ça semble être écrit dans le ciel que Matthew va se retrouver en nomination. Avec cette transformation physique à la De Niro, à la Charlize Theron, étonnante, pleine de vérité, d’humilité, d’abandon. Le gars n’a pas essayé d’être beau. Recevoir un Oscar, c’est autre chose, il y a bien des enjeux, de la politique, du lobbyisme.

La musique est toujours importante dans vos films, et celui-ci se déroule dans les années 80. Aura-t-on droit à un revival de vieux hits?

Pas beaucoup, contrairement à C.R.A.Z.Y., où il y avait 60 minutes de musique, et à Café de Flore, où il y en avait 70. Là, j’en ai 22 minutes seulement, mais de la musique bien choisie, qui fait partie du récit, que les personnages écoutent. Et Ron tripe sur le country.

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