Alexandre Jardin: ma vie en cinq livres

Alexandre Jardin: ma vie en cinq livres

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Célèbre depuis Le zèbre (prix Femina 1988), amoureux du Québec, où se déroule Juste une fois (Grasset), il a fait pour nous le tri de ses lectures marquantes.

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Les découvreurs - Daniel Boorstin (1983)
Daniel Boorstin a été le bibliothécaire de la Bibliothèque du Congrès américain. Il raconte ici l’histoire de tous les dingues qui ont modifié notre perception du monde en pensant hors du cadre. Notamment celle d’un Portugais du 14e siècle qui a financé une expédition pour franchir le cap de la Peur, au large de la Mauritanie. Depuis l’Antiquité, tous étaient convaincus que, au-delà de ce cap, on tombait dans le vide. Quand le capitaine est revenu, les Portugais ont compris qu’ils avaient un avantage sur le reste de l’Europe, et ils sont partis à la découverte du globe. C’est un bouquin jouissif, qui donne la sensation que notre monde tel que nous le connaissons va encore changer.

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Un thérapeute hors du commun : Milton H. Erickson - Jay Haley (1973)
Ce livre de Jay Haley a eu une influence sur ma manière d’aimer, de communiquer. Il porte sur le père de la communication indirecte et de la programmation neurolinguistique. Sa pensée est applicable à toutes les activités humaines. Au lieu de dire les choses directement, on crée des situations. Par exemple, j’étais dans un taxi, et le chauffeur proférait des trucs racistes. Au lieu d’argumenter, je lui ai dit : « Vous avez raison, ce qu’il faudrait, c’est tous les mettre dans un train et s’en débarrasser... » Je lui ai foutu la trouille. Et il m’a répondu : « Quand même pas ! » Erickson aurait été fier de moi !

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La princesse de Clèves - Madame de La Fayette (1678)
Au lycée, ce roman de Madame de La Fayette a été une absolue révélation. Une femme lutte contre sa passion jusqu’à la porter à un degré d’incandescence et de folie. Pour la première fois, j’ai compris qu’on pouvait aimer comme ça, et c’est ainsi que j’avais envie de vivre. Il y avait dans cette retenue un érotisme extraordinaire. Je me suis mis à faire la cour, en prenant mon temps jusqu’à rendre les filles folles !

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La série des Lucky Luke - Goscinny et Morris
Très vite, je me suis rendu compte que ces BD n’avaient rien à voir avec les États-Unis ! Il s’agit plutôt d’une représentation infiniment plus séduisante et drôle. Selon moi, Le pied-tendre est peut-être le mieux écrit. Que Goscinny et Morris aient suffisamment cru en leur vision pour soutenir, album après album, que c’était ça, l’Amérique, suppose une foi totale en leur création. Et j’ai trouvé ça très rassurant ; ça veut dire qu’on peut devenir un créateur plus puissant que le réel, qu’on n’a pas à composer avec la réalité. En plus, ils ont l’élégance d’être hilarants.

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La confession d’un enfant du siècle - Alfred de Musset (1836)
Alfred de Musset est infiniment moins retenu que Madame de La Fayette ! Chez lui, tout est enflammé. De nouveau, j’ai senti que c’était ainsi qu’il fallait aimer, et depuis, je crois n’avoir jamais cessé d’être en feu. Pour moi, Musset est un grand frère, c’est celui qu’il faut lire lorsqu’on s’égare dans la tempérance et le calme. Il parle de l’amour comme on doit en parler.
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