Céline Galipeau: tête-à-tête avec une femme de tête et de coeur

À la barre du Téléjournal de Radio-Canada depuis 10 ans, Céline Galipeau entre tous les soirs dans notre salon pour nous raconter l’état du monde. Rigoureuse, intègre, entière, elle a fait du journalisme un mode de vie. Elle a accueilli Châtelaine, quelques heures avant d’être en ondes, pour partager avec nous ce qui, quand les caméras s’éteignent, continue de la faire vibrer…

 
Photo: Radio-Canada

Une passion qu’on ne me connaît pas
J’ai longtemps eu seulement l’actualité comme passion. Quand j’avais du temps libre, j’écoutais les nouvelles, je lisais, je regardais ce que les autres faisaient… J’ai appris à décrocher grâce à mon plus jeune fils, qui est un passionné de pêche. Un jour, il m’a emmenée dans une pourvoirie et j’ai découvert la vie, quoi. Qu’on me comprenne bien: je ne suis pas une pêcheuse! Mais pouvoir apprécier la quiétude des lacs et de la nature avec lui, c’est un très grand plaisir.

Ville ou campagne?
J’ai besoin de silence. Je m’éloigne donc de la ville pour me détendre. C’est la raison pour laquelle je fais aussi de la plongée sous-marine. Le silence…

Si je n’avais pas été journaliste, j’aurais aimé être…
J’ai toujours voulu être journaliste et je l’ai toujours été. Je n’ai rien connu d’autre. Jeune adulte, j’ai vécu un très court moment d’égarement où j’ai été attirée par la mode, les tissus, les couleurs… J’avais longtemps vu ma mère créer des vêtements pour nous et c’est une partie de moi que j’étais alors tentée d’explorer. Mais je suis rapidement revenue au journalisme.

On dit de moi que je suis…
Discrète. À une époque où l’on valorise énormément le charisme, les gens qui sont extravertis, qui parlent beaucoup, surtout dans mon domaine…Eh oui, je suis là, moi, l’introvertie! C’est un trait de personnalité qu’on a même sévèrement jugé à mes débuts dans le métier. Depuis que j’ai lu La force des discrets [de Susan Cain, éditions JC Lattès], je préfère dire « discrète ». Ce livre m’a fait réaliser que nous avons des forces, nous, les introvertis, qui ne se voient pas nécessairement tout de suite! [Rires]

L’artiste qui m’émeut le plus
J’ai une sœur handicapée qui fait partie d’une troupe de théâtre. Récemment, j’ai assisté à une pièce dans laquelle elle jouait. Ça m’émeut beaucoup de voir ces personnes, avec une déficience, être des acteurs aussi merveilleux. Ma sœur m’a fait rire, pleurer… Je l’ai trouvée extraordinaire.

La femme la plus formidable qui soit
Spontanément, j’ai une pensée pour ma mère, qui va avoir 90 ans. Elle a tout abandonné au Vietnam pour venir ici, très jeune, et elle a reconstruit sa vie en nous élevant, nous soutenant, nous aimant…

Un livre important dans ma bibliothèque
Toujours celui que je suis en train de lire! Mais le dernier qui m’a vraiment jetée par terre, c’est la série L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante. Pour mon travail, je lis surtout des essais. Ça faisait des années que j’avais lu un roman aussi touchant. J’avais envie de le lire du matin au soir, puis le lendemain encore du matin au soir! C’est l’histoire de deux femmes, des amies: l’une est visiblement plus réservée, travaille fort, mais peine à arriver où elle veut, alors qu’à l’autre tout réussit. Et pourtant, ce n’est pas celle qu’on pense qui va être la plus heureuse dans sa vie…

Un pays (ou une ville) où j’irais vivre demain matin
J’ai beaucoup voyagé et j’ai souvent vécu ailleurs. L’endroit qui m’a le plus émue, dans le monde, c’est la vieille ville de Jérusalem. M’asseoir, le soir, sur le mont des Oliviers, regarder le soleil se coucher… Oui, j’y vivrais volontiers.

Une journée satisfaisante, c’est une journée…
Qui se termine avec un bulletin de nouvelles qui me ressemble, dans lequel je peux parler de sujets qui me tiennent à cœur, en proposant des angles différents. Ça, et passer du temps avec les gens qui sont les plus précieux pour moi.

Le parfum que je porte
Je suis très, très, très fidèle! Ça fait vraiment longtemps que c’est Eau Verte de Chanel, et pendant près de 25 ans, j’ai porté Eau de Givenchy, qui n’est plus vendu. Je me souviens, je faisais le tour des petits kiosques dans les centres commerciaux, et parfois – oh la chance! – un commerçant me sortait son «dernier flacon»!

Une odeur naturelle dont je raffole
La mer. Je suis une fille de mer.

Je me sens privilégiée…
D’être née fille dans un pays comme le nôtre. J’ai été trop souvent témoin du sort des femmes dans une grande partie du monde, qu’il s’agisse des Afghanes qui sont brûlées ou des Chinoises dont on rapetissait les pieds pour satisfaire les fantasmes sexuels des hommes… C’est tellement horrible! Tout cela me fait dire que je suis très privilégiée.

Le film qui m’a marquée
Roméo et Juliette, de Franco Zeffirelli (1968), que j’ai vu alors que j’étais adolescente. Cette grande histoire d’amour, tout ce romantisme, mais aussi ce désespoir immense… J’avais lu le livre, oui, mais cette œuvre au cinéma m’avait soulevée! Ça m’a fait réaliser à quel point l’amour peut être fort, et à quel point on n’est jamais si fort que ça.

Ma cuisine préférée
Vietnamienne, sans aucune hésitation. Et bien sûr, j’ai appris à la préparer en regardant ma mère. Mais c’est spécial, parce que nous habitons maintenant une maison intergénérationnelle, et ma mère cuisine à nouveau pour moi… comme si j’étais redevenue une enfant!

 Une expression que je dis trop souvent
Depuis quelque temps, je dis fréquemment «hallucinant», un mot qui veut à la fois tout dire et ne rien dire du tout! Ça me fait mal au cœur de le dire, mais c’est plus fort que moi. C’est hallucinant! [Rires]

Les mots que je n’oublierai jamais
Souvent, on se demande ou on se fait demander, en tant que journaliste, pourquoi on couvre certains événements, pourquoi on décide d’aller dans des zones de conflit. Le photographe de guerre James Nachtwey a déjà expliqué que, si tout le monde voyait une fois dans sa vie ce que peut faire une bombe au phosphore au visage d’un enfant, ou encore la douleur d’un père qui vient de perdre son petit, par exemple, on réaliserait qu’on ne peut pas faire cela à des êtres humains. Mais comme nous ne pouvons pas tous le voir ni nous rendre là-bas, ça prend des photographes et des correspondants pour le montrer… Ça a marqué ma façon de travailler.

J’aimerais que les gens se souviennent de moi comme de quelqu’un qui…
Était authentique. Comme beaucoup de femmes, j’ai longtemps essayé d’être toutes sortes de choses en même temps, et de répondre à ce que les autres attendaient de moi. Mais à un moment donné, il faut accepter ce que l’on est. C’est aujourd’hui un trait de caractère, une force que j’ai. 

Journaliste depuis 1983, Céline Galipeau devient rapidement correspondante à l’étranger pour Radio-Canada, ce qui la mène entre autres à Londres, Pékin et Moscou. En 2003, elle prend la barre du Téléjournal du week-end, jusqu’en 2009, où elle devient chef d’antenne du Téléjournal.

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