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Culture

Choix Châtelaine de l'automne 2025: «Je n'ai personne à qui dire que j'ai peur» de Véronique Marcotte

Le huitième roman de la Québécoise Véronique Marcotte est en partie inspiré par l’histoire de Gisèle Pelicot. Un livre sur l’apaisement de la colère et sur le rétablissement.
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Choix Châtelaine de l'automne 2025: «Je n'ai personne à qui dire que j'ai peur» de Véronique Marcotte

Photo de Véronique Marcotte: Julie Artacho

Désirant faire la paix avec une trentaine tortueuse, Rachel s’isole dans une cabane, dans les bois, pour écrire et exhumer les vestiges d’un passé chaotique. Dans la noirceur de la nuit, les souvenirs se bousculent: les soirées enivrantes du milieu artistique, la tournée des bars, la coke, les relations sexuelles pas toujours désirées. Rachel se sent perdue. Elle repense à ces années où D. dirigeait sa vie, l’implorant, au gré de ses envies, d’aller lui chercher une bouteille de blanc ou une jeune femme pour se désennuyer. D. sera un catalyseur pour Rachel, qui finira par comprendre sa propre histoire, celle d’une femme à qui l’on a volé son enfance et qui a été manipulée pendant sa trentaine.

Une nuit, alors qu’elle hésite devant sa page blanche, Rachel entend des pas dehors; une femme muette et un enfant apparaissent à sa porte. Se fiant à son intuition (sentiment fondamental chez l’autrice), elle décide de les accueillir. En parallèle, deux hommes sont retrouvés morts à quelques kilomètres de là. Une alerte AMBER est déclenchée dans tout le Québec: une mère en fuite avec son garçon est soupçonnée d’avoir commis les homicides.

Une enquête est ouverte. Au village, les gens parlent très peu, mais pour Josée, qui est chargée du dossier, ce meurtre a des allures de vengeance. Parcourant les livres trouvés sur la scène du crime, l’enquêtrice sera secouée par la violence de ce qu’elle lit. C’est grâce à ces mêmes lectures que Rachel remontera le fil de sa propre histoire. Dans un élan maternel, elle protégera le jeune fugueur, qui lui rappelle celle qu’elle était jadis, et elle deviendra le lien entre cette famille brisée et la police qui la traque.


Véronique Marcotte publie depuis 25 ans. Avec son précédent livre, La géographie du bonheur, elle a amorcé un tournant vers ce qu’elle appelle le «thriller autofictif». Un fait divers en est chaque fois le déclencheur. L’étincelle de son nouveau roman – qui fait écho à l’histoire hyper médiatisée de Gisèle Pelicot – est la révolte. «C’est à l’écoute d’une entrevue avec Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot, que ma colère a pris forme», raconte-t-elle. «Cette colère m’a donné l’impulsion nécessaire pour écrire le livre. Je me disais : ‘‘Mais pourquoi?’’ Et je me suis mise à réfléchir à ma propre histoire. J’ai essayé de comprendre.»

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La romancière avoue s’identifier au personnage de la mère, Jade, victime silencieuse qui tente d’échapper au bruit ambiant, et à celui de Josée, l’enquêtrice, qui découvre, grâce à ses lectures, l’origine de sa propre blessure. «Je n’entre pas facilement dans le moi profond. J’ai réalisé que chaque fois que je parlais des agressions que j’ai subies, c’était pour me justifier. Jade a besoin de silence pour se rétablir; elle a besoin de ne penser qu’à elle.»



Alternant entre enquête policière et enquête sur l’intime, la romancièremet le doigt sur des questions encore sensibles: les femmes sont-elles toutes meurtries? Et s’il existait plusieurs façons de guérir L’autrice se rallie à des écrivaines comme Martine Delvaux, Natalie-Ann Roy, Clarissa Pinkola Estés et Phoebe Waller-Bridge, qui marient convictions et humour.

Véronique Marcotte construit un récit captivant. Maintenant un habile suspense, qui s’appuie sur des dialogues percutants et des personnages complexes, elle nous entraîne là où elle veut et réussit à nous faire oublier son objectif initial: sa propre dénonciation. L’important, ici, n’est pas de dénoncer, mais de comprendre: «Grâce à la justice réparatrice, je comprends un peu mieux, mais je n’accepte pas pour autant. Comprendre, c’est une des voies vers la guérison.»

Malgré un sujet lourd, Véronique Marcotte nous offre une histoire bien rythmée et étonnamment amusante, car, comme elle se plaît à le dire, «se révolter, ça peut aussi être divertissant».

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