Le vent reprend ses tours, de Sylvie Germain: le saltimbanque et l’enfant

De sa plume sensible, Sylvie Germain nous entraîne sur les traces d’un artiste de rue et d’un ado esseulé.

 
Photo: iStock.com / AleksandarDickov
Le vent reprend ses tours, Albin Michel, 224 pages.

L’histoire

Paris, 2015. La photo d’un vieil homme est affichée sur un avis de recherche collé dans un abribus. Pour échapper à la pluie, un passant s’y arrête et, l’apercevant, est bouleversé. Il reconnaît ce visage… C’est celui du magicien qui a enchanté son enfance. Ce fabuleux artiste de rue se baladant sur des échasses avait su déceler toute la solitude de ce petit bonhomme de neuf ans pendu à ses basques. Ils avaient sillonné la ville dans un tourbillon de fête, apprenant l’un de l’autre. Huit années de joie, puis le saltimbanque avait disparu. Et on avait dit à l’adolescent qu’il était mort. Plus d’un quart de siècle plus tard, celui-ci sait qu’on lui a menti. Il part donc à la recherche du vieil homme…

Les personnages

Gavril Krantz, né en Roumanie peu avant la Seconde Guerre mondiale, élevé par son grand-père après la déportation de ses parents. «Sauvé, mais pas indemne», il ira de goulags en prisons avant de s’échapper et d’émigrer en France où il vit de petits boulots «minables et grandioses» et refuse l’esprit de vengeance. Nathan, élevé par sa mère, enfant esseulé avant sa rencontre providentielle avec Gavril. À 17 ans, à la fin de ces années de légèreté, le garçon retrouve la solitude, jusqu’au jour où le destin le mène à la photo de son vieil ami. Elda, dont la jeunesse et les promesses d’amour ont été anéanties par la naissance inopinée de «l’intrus», son fils, Nathan. Elle veille à ses besoins, mais est incapable de gestes de tendresse. Hawa Gwezhennec-Yazarov, assistante sociale, lien entre Nathan et le disparu.

On le lit

Parce que c’est une belle histoire, lumineuse, et sombre aussi. Sylvie Germain ose les bons sentiments tout en évitant le piège de la mièvrerie. Sous le signe de la fantaisie et de la poésie, cette fable rappelle la barbarie des guerres passées et les incessants conflits actuels tout en rendant grâce à la résilience, l’amitié, la rédemption.

Sylvie Germain (Photo: Tadeusz Kluba)

L’autrice

Sylvie Germain

Naissance en France en 1954. Études de philosophie auprès d’Emmanuel Levinas, mémoire de maîtrise sur la notion d’ascèse dans la mystique chrétienne. Fonctionnaire au ministère de la Culture à Paris, elle publie en 1984 Le livre des nuits, saga s’étalant sur un siècle – 1850-1950 – et explorant le mystère. Son écriture singulière s’impose. Elle vit ensuite à Prague (1986-1993), où elle enseigne le français et la philosophie, et y rédige Jours de colère, prix Femina 1989. De retour en France, elle poursuit une œuvre exigeante, hors des modes, récompensée par de nombreux prix. Aujourd’hui, elle se consacre uniquement à sa carrière d’écrivaine.

Élue en 2013 à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au siège de Dominique Rolin, elle reçoit en 2016 le prix mondial Cino del Duca.

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