Culture

Les livres à offrir ou à s’offrir

Sublimes découvertes, succès inattendus, retour de grands noms. On trouve dans la nouvelle cuvée littéraire de quoi faire plaisir à ses proches… et même à soi.

Faire les sucres

Il y a près de cinq ans que la talentueuse dramaturge et écrivaine Fanny Britt ne nous avait pas offert de nouveau roman. C’est donc avec grand bonheur que nous avons plongé dans l’univers à la fois tendre et cinglant de Faire les sucres, une vaste œuvre chorale où un couple bousculé par le succès et l’argent s’étiole peu à peu. De Montréal à Martha’s Vineyard, en passant par Oka, l’autrice contraint le lecteur à s’interroger sur ses privilèges et sur les liens qui l’unissent aux autres, ceux qu’il aime comme ceux qu’il exploite. Révélateur.

Par Fanny Britt, Le Cheval d’août

Méduse

Méduse n’a jamais osé se regarder dans un miroir. Difforme, elle circule toujours tête baissée et à l’abri des regards pour éviter de choquer les autres. Dans les abysses de l’institut où elle est enfermée, elle découvre peu à peu que, sous ses défauts, se camouflent de redoutables facultés vengeance et destruction seront donc au programme. Avec ce roman incendiaire, Martine Desjardins nous convie dans un nouvel univers aux accents gothiques dont elle seule a le secret. À travers sa poésie s’esquisse une réflexion bouleversante sur la honte du corps, les rapports de force entre individus et le pouvoir de la féminité.

Par Martine Desjardins, Alto

Fille, femme, autre

L’année dernière, l’écrivaine britannique et nigériane Bernardine Evaristo est devenue la première femme noire à mettre la main sur le prestigieux prix Booker. Multipliant décors et points de vue, Fille, femme, autre réunit 12 personnages féminins et non binaires de tous âges presque tous noirsracontant leur expérience et leur vision du monde en autant de chapitres. Trop souvent invisibles et privées de voix, ces héroïnes témoignent chacune à leur façon de l’exil, du racisme, du sexisme, de la violence et de l’amour. La plume rythmée, presque incantatoire, impose sa pertinence de page en page.

Par Bernardine Evaristo, Éditions Globe

Pleurer au fond des mascottes

Qui se dissimule derrière la fourrure chaleureuse et le sourire factice des mascottes ? C’est la question que pose le prolifique auteur Simon Boulerice, dans sa nouvelle œuvre Pleurer au fond des mascottes. Dans cette autofiction, l’écrivain revisite trois souvenirs liés à l’arrivée lumineuse du théâtre dans sa vie. Avec sa candeur et sa sincérité habituelles, il va au-delà des apparences pour exposer les meurtrissures, les mémoires et les apprentissages qui se cachent sous son énergie communicative et son sourire perpétuel.

Par Simon Boulerice, Québec Amérique

Abandon

À mi-chemin entre le récit et le reportage, Abandon est une incursion personnelle et saisissante au cœur des vastes territoires de l’Ouest américain. À l’aube de la ménopause, en deuil de ses deux parents, la Britannique Joanna Pocock s’est établie pendant deux ans au Montana, où elle a découvert d’autres modes de vie liés à la nature et développé une fascination pour les environnementalistes radicaux. Dans une narration nuancée, elle témoigne des dérives écologiques de l’humanité et de la fragilité de paysages encore sauvages dont l’avenir est pour le moins incertain.

Par Joanna Pocock, Mémoire d’encrier

Des souris et des hommes

Des souris et des hommes, œuvre phare de l’Américain John Steinbeck, renaît grâce au crayon et à la gouache de l’illustratrice française Rébecca Dautremer. Sa sublime version graphique nous transporte dans une Amérique aux prises avec la Grande Dépression, où les rêves de succès et de richesse côtoient une misère et une injustice criantes. En nous plongeant dans ce passé peu glorieux, l’adaptation soulève plusieurs questions sensibles sur la condition des Afro-Américains dans un pays en proie à une crise sans précédent et polarisé au sujet du problème racial. Bouleversant.

Par John Steinbeck, Illustrations de Rébecca Dautremer, Alto

La course de Rose

Établies au cœur de la communauté autochtone de Wendake, les Éditions Hannenorak se donnent depuis 10 ans la mission de faire découvrir les écrits des auteurs des Premières Nations. Cette saison, l’écrivaine crie Dawn Dumont nous raconte les mésaventures de Rose Okanese, une mère de famille qui se lance le défi de courir le marathon annuel organisé dans sa réserve, et ce, même si elle fume comme une cheminée et n’a pas enfilé de souliers de course depuis 20 ans. Au menu : un roman aux dialogues acérés, un humour cinglant et un talent fou pour mettre le doigt sur ce qui nous rassemble.

Par Dawn Dumont, Éditions Hannenorak

Les 40 hommes de ma vie – Couchés sur le papier

Octogénaire débordante de vitalité et dotée d’une impressionnante faculté d’émerveillement, Michelle Labrèche-Larouche offre un véritable pied de nez à l’âgisme dans son nouveau récit Les 40 hommes de ma vie. Avec empathie et autodérision, cette ancienne journaliste de Châtelaine revient sur les rencontres amoureuses qui ont marqué son existence, et propose par le fait même un survol fascinant des changements qui ont modelé le mode de vie, la liberté et les droits des femmes à travers les années. Une ode au moment présent et à l’importance d’être fidèle à soi-même.

Par Michelle Labrèche-Larouche, Éditions La Presse

Fascinante Lhasa

Avec sa voix feutrée, son style éclectique et sa présence envoûtante sur scène, elle a séduit les mélomanes du monde entier. Une décennie après avoir été emportée par un cancer du sein à 37 ans, Lhasa de Sela revit sous la plume admirative de Fred Goodman. Le journaliste new-yorkais retrace la trajectoire singulière de l’artiste, s’attardant notamment à un séjour à Montréal qui s’est révélé crucial dans sa vie. À la lecture de cet ouvrage captivant comprenant les témoignages émouvants de Bïa, Yves Desrosiers, Patrick Watson et autres , on perçoit sous un éclairage nouveau la carrière d’une créatrice dont les chansons résonnent encore dans le cœur des Québécois.

Par Fred Goodman, Boréal

Tout ce que nous avons vu

Le talent de la grande poète torontoise Anne Michaels, dont les recueils ont été traduits en plus de 45 langues, est célébré à travers le monde. Pourtant, aucune de ses œuvres n’avait encore été publiée au Québec. C’est désormais chose faite, avec Tout ce que nous avons vu, qui vient de paraître chez Les Herbes rouges. Avec une douloureuse intensité, Michaels interroge les limites de l’amour et contemple le moment tragique où le désir est tenu de se transformer en deuil. Ses mots toujours justes oscillent entre sobriété et passion pour explorer l’immensité du gouffre qui unit deux êtres qui s’aiment. À découvrir absolument.

Par Anne Michaels, traduit par Alain Bernard Marchand, Les Herbes rouges