Magie glamour : je te jetterai des sorts...

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On ne nous enseigne pas assez qu’un premier accouchement est une expérience qui s’apparente à la
mort : celle, à la fois symbolique et littérale, de la jeune fille.
Comme cela arrive fréquemment, quelques mois après avoir donné naissance, j’ai perdu beaucoup de cheveux. Puis tout s’est mis à ramollir. Et j’ai commencé à m’aimer de moins en moins.
Il y a, dans le monde de la spiritualité contemporaine, un courant appelé « Glamour Magic », ou « magie glamour », qui s’inspire de la sorcellerie pour transformer nos routines de soins en rituels visant à enchanter notre apparence et à démultiplier notre capacité à attirer ce qu’on veut, ou même à repousser ce qu’on ne veut pas.
Pour essayer de me réapproprier mon corps, j’ai décidé de m’inscrire à un cours de six semaines animé
par une jeune femme qui maîtrise les codes de la sorcellerie. Tous les jeudis après-midi, j’ai joint en ligne
un cercle de femmes de tous âges et je me suis laissé guider dans des séances de méditation ou d’écriture, afin de mieux cerner mes peurs et mes croyances autour de la notion de beauté.
Quel était, au juste, le problème avec mon corps de mère ? Quels mauvais sorts avais-je internalisés ? Qu’est-ce que je cherchais, au fond, à invoquer ?
Au sens spirituel, la beauté est une énergie rayonnante qui se ressent bien avant de se voir. Le philosophe chrétien saint Augustin en parlait même comme de l’expression ultime de l’amour divin – pensez à la beauté des enfants ou à celle des centenaires. À l’origine, le mot anglais glamour, que nous utilisons aujourd’hui en rapport avec quelqu’un ou quelque chose de séduisant, avait d’ailleurs le sens d’un envoûtement.
La magie glamour joue sur cette double signification en nous invitant à entrer en relation avec l’énergie de la beauté et à formuler des sortilèges qui l’amplifient. Elle diffère de la « psycho-pop » en ce sens qu’elle fait appel à la dimension mystique de ce qu’elle cherche à convoquer.
Il s’agit de savoir quels sorts on a véritablement envie de se jeter.
Au début, je me sentais vraiment ridicule lorsque, en m’enduisant d’huile d’amande douce, je me répétais : « Mon essence rayonne à travers mes pores »… Mais après quelques semaines passées à faire le tri dans mes croyances (divulgâcheur : ça allait être plus long que prévu), à me connecter à la fréquence spirituelle de la beauté et à retrouver mes sœurs de combat pour en discuter, quelque chose a commencé à changer.
D’abord, plutôt que de prendre mécaniquement ma douche ou d’écouter un balado en me maquillant, j’étais forcée à ressentir la présence : dans quelle énergie avais-je envie de baigner ce jour-là ?
Ensuite, mes sorts se sont mis à se transformer. Il m’est apparu lentement que la beauté, la vraie, n’a rien à faire de nos tentatives de maîtrise : elle prend vie dans les espaces de jeu et de liberté. C’est cette force sous-jacente que j’invoque désormais quand je me masse le visage avec ma crème de nuit en chuchotant que je suis « une femme sauvage ».
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Véronique Chagnon est autrice et éditrice. Elle a été rédactrice en chef adjointe du magazine Nouveau Projet et a dirigé les sections politique, actualités et culture du quotidien Le Devoir. Son essai Au revers du monde (Atelier 10, 2024) explore le pouvoir de la spiritualité dans un monde en crise.

